Les résultats du Pasec 2024, présentés jeudi 22 octobre à Dakar, révèlent une amélioration des apprentissages en début de primaire en Afrique. Mais les acquis s’érodent en fin de cycle, particulièrement en mathématiques. L’enquête, qui a mobilisé 170.520 élèves et 23.254 enseignants, met également en évidence d’importantes disparités.
Les progrès réalisés durant les premières années de scolarité ne se maintiennent pas toujours jusqu’à la fin du primaire. C’est l’un des principaux enseignements du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la Confemen (Pasec 2024), dont les résultats ont été rendus publics, hier, à Dakar. Cette édition met en évidence des avancées dans les apprentissages, mais aussi des difficultés persistantes qui appellent des réponses adaptées.
L’évaluation a concerné 170.520 élèves répartis dans 6.275 établissements scolaires, dont 3.892 écoles primaires et 2.383 établissements secondaires. Au primaire, 113.356 élèves ont été évalués, dont 27 004 en début de cycle et 86.352 en fin de cycle. L’enquête a également porté sur 57.164 collégiens. Au total, 23.254 enseignants ont participé à l’étude, dont 1.520 au Sénégal. La collecte des données s’est déroulée en 2025. Les résultats validés pour le primaire couvrent 16 pays d’Afrique subsaharienne.
Pour mesurer l’évolution des performances sur une décennie, le rapport compare huit pays ayant participé aux évaluations de 2014, 2019 et 2025. En début de primaire, la proportion d’élèves atteignant le seuil minimal en lecture est passée de 30 % en 2014 à 51 % en 2025. En mathématiques, elle a progressé de 55 % à 68 %, après avoir atteint 70 % en 2019. Ces résultats témoignent d’une amélioration globale, même si près d’un enfant sur deux n’atteint toujours pas le niveau attendu en lecture au début de sa scolarité.
Le constat devient plus préoccupant à la fin du primaire. Dans les huit pays comparés, la proportion d’élèves atteignant le seuil requis en lecture, passée de 45 % en 2014 à 49 % en 2019, est retombée à 38 % en 2025. En mathématiques, le recul est continu : de 43 % en 2014, cette proportion est passée à 39 % en 2019, puis à 30 % en 2025. Autrement dit, sept élèves sur dix quittent le primaire sans maîtriser les compétences mathématiques attendues. En outre, seuls 7 % atteignent désormais le niveau le plus élevé, contre 15 % dix ans auparavant.
Au Sénégal, des résultats contrastés
Au Sénégal, les résultats présentent un tableau contrasté. En début de primaire, le score moyen en lecture est passé de 557,1 points en 2019 à 596,2 points en 2025, soit un gain de 39,1 points. En mathématiques, il a légèrement reculé, passant de 563,4 à 555,3 points. L’amélioration des acquis en lecture ne s’accompagne donc pas d’une progression comparable dans l’apprentissage des nombres et le développement du raisonnement mathématique.
Le rapport souligne également une particularité de l’évaluation menée au Sénégal. En début de scolarité, 45 % des élèves ont passé les épreuves dans une langue nationale, notamment le wolof, le pulaar, le sérère ou le soninké, contre 55 % en français. En lecture, les élèves évalués dans une langue nationale ont obtenu un score moyen de 618,6 points, contre 577,6 points pour ceux évalués en français, soit un écart de 41 points. Cet écart ne permet toutefois pas, à lui seul, d’attribuer les différences de performance à la langue utilisée pour l’évaluation.
En fin de primaire, le Sénégal figure parmi les pays où une majorité d’élèves atteint le seuil retenu en compréhension de l’écrit, avec un taux de 62,5 %. Ce résultat ne doit cependant pas occulter les difficultés rencontrées par une partie des apprenants. Les moyennes nationales recouvrent en effet des réalités différentes selon le milieu de résidence, le sexe, le statut de l’établissement et les conditions socio-économiques des familles. Les enseignants au cœur de l’amélioration des apprentissages L’évaluation s’intéresse également aux enseignants, acteurs essentiels de l’amélioration des apprentissages.
Un rapport spécifique examine leurs connaissances disciplinaires en langue et en mathématiques, ainsi que leurs compétences didactiques. Il s’agit notamment de mesurer leur capacité à identifier les erreurs des élèves, à adapter les activités pédagogiques et à transmettre les notions fondamentales. Les conclusions de cette analyse doivent contribuer à mieux cibler la formation initiale et continue et à renforcer l’accompagnement pédagogique.
Le Pasec 2024 innove également par une analyse élargie de l’environnement scolaire. Les questionnaires adressés aux élèves, aux parents, aux enseignants et aux directeurs d’établissement permettent de mieux cerner les conditions dans lesquelles se déroulent les apprentissages. L’étude accorde aussi une attention particulière aux contextes multilingues et à certaines situations de handicap. Cette démarche permet de mettre en lumière des obstacles qui ne ressortent pas nécessairement des seuls résultats aux tests.
Pour la Confemen, ces résultats ne doivent pas servir à établir un palmarès entre les pays, mais à éclairer les politiques publiques. La comparaison des performances permet de suivre les progrès, de repérer les fragilités et de partager les pratiques susceptibles d’améliorer l’enseignement. Elle doit toutefois tenir compte des différences entre les systèmes éducatifs et des limites liées aux populations effectivement évaluées, souligne le rapport.
À l’approche de l’échéance de 2030 fixée pour l’Objectif de développement durable 4, consacré à une éducation de qualité pour tous, l’enjeu est désormais de traduire ces constats en décisions concrètes. Pour progresser vers cet objectif, le rapport préconise de renforcer les apprentissages fondamentaux, de soutenir les enseignants, de réduire les disparités et de mieux utiliser les ressources disponibles. Autant de priorités pour les États africains, appelés à faire de l’évaluation un véritable levier d’amélioration des systèmes éducatifs.
Daouda DIOUF

