Réunis mardi à Dakar dans le cadre d’un atelier organisé par l’Union syndicale pour une éducation de qualité, les acteurs de l’éducation, autorités publiques, syndicats et société civile ont échangé sur les défis du financement du système éducatif. Entre insuffisance des investissements, déficit d’enseignants et nécessité d’une fiscalité plus équitable, les interventions ont convergé vers un même impératif : repenser durablement le financement de l’école publique.
La question du financement de l’éducation a fait l’objet d’un échange, hier, à Dakar, à l’occasion d’un atelier placé sous le thème : « Les syndicats d’enseignants se mobilisent pour la justice fiscale et éducative ». Présidée par le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, la rencontre a été organisée par la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) en partenariat avec des syndicats du secteur de l’éducation et d’autres structures de la société civile éducative telles que l’Union syndicale pour une éducation de qualité, et Éducation International pour l’Afrique. Derrière les chiffres jugés rassurants, les acteurs ont mis en évidence les limites d’un modèle encore trop dépendant du budget de l’État et insuffisamment orienté vers l’investissement.
Moustapha Guirassy a saisi l’occasion pour appeler les acteurs à dépasser une lecture strictement financière de la problématique éducative. Selon lui, « on met souvent la question des moyens et des ressources en avant, mais il est tout aussi important de renouer avec le sens ». À l’en croire, même avec d’importants financements, les résultats resteront limités sans engagement humain fort, rappelant que « avec très peu de ressources, les anciens produisaient beaucoup plus et impactaient profondément les communautés ». Toutefois, le ministre n’a pas éludé les contraintes budgétaires. Il a pointé notamment la faiblesse des investissements dans le secteur. Une situation qu’il juge incompatible avec les ambitions affichées pour l’école sénégalaise. M. Guirassy a ainsi appelé à revoir les indicateurs habituellement utilisés, considérant que « se satisfaire de 20 % ou 25 % du budget est trop macro et ne renseigne pas sur la qualité des investissements».
Dans le même sillage, Denise Sinyolo, directrice régionale de Education International pour l’Afrique, a replacé le débat dans un cadre global. Elle a rappelé que « l’éducation est un droit humain fondamental et un pilier du développement humain et de la stabilité démocratique ». Tout en saluant les efforts du Sénégal, elle a souligné leurs limites, indiquant que « malgré les 20 % du budget consacrés à l’éducation, les besoins restent énormes, notamment en enseignants et en infrastructures ». Elle a plaidé pour « une augmentation des dépenses publiques et une fiscalité plus équitable afin d’élargir l’espace budgétaire ».
Pour Abdourahmane Guèye, président de l’Union syndicale pour une éducation de qualité, la réponse doit être structurelle. Il estime que « malgré des investissements significatifs, le Sénégal fait face à des défis persistants liés à la qualité de l’enseignement et au manque d’enseignants ». Dès lors, il plaide pour « un financement endogène et durable de l’école publique », tout en alertant sur « les effets négatifs de la privatisation sur la qualité de l’éducation ». Cheikh Mbow, coordonnateur de la Cosydep a insisté sur les limites des indicateurs actuels, estimant que « respecter les normes de financement ne suffit pas ». Il plaide pour une identification « de nouvelles niches de financement ».
Daouda DIOUF

