Maguèye Diallo devrait avoir une carrière de journaliste en tant que diplômé de la 35ᵉ promotion du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti). Cependant, l’homme, à la quarantaine bien sonnée, qui confesse ne s’être jamais senti à l’aise dans une salle de rédaction, a choisi l’enseignement. Il est professeur d’anglais au collège de Loumpoul depuis 13 ans.
LOUMPOUL – Il a un parcours atypique. Maguèye Diallo, professeur d’anglais-français au collège de Loumpoul, dans le département de Kébémer (région de Louga), est notre contact dans la localité, en ce 1ᵉʳ décembre 2025. L’homme au corps frêle, habillé d’un pantalon jean, d’une chemise Lacoste recouverte d’une jaquette noire, vient allégrement à notre rencontre.
Une casquette bleue couvrant la tête pour bien tenir face à la fraîcheur et à la poussière qu’il y a dans cette localité considérée comme la porte du désert sénégalais, il est tout souriant. Maguèye Diallo, camarade de promotion d’un membre de notre équipe, notamment le journaliste Abdoulaye Diallo, nous reçoit dans son lieu de travail, le collège d’enseignement moyen (Cem) de Lompoul, situé à l’entrée de ladite localité.
L’homme est très calme avec une gestuelle lente, voire hésitante. Toujours souriant, affable, il est très content de recevoir l’équipe du « Soleil ». Âgé de 49 ans, Maguèye Diallo est enseignant depuis près de 13 ans, même s’il a eu une formation de journaliste. Diplômé de la 35ᵉ promotion du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de l’Ucad, il n’a pas eu une carrière en journalisme.
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C’est durant l’année universitaire 2004-2005 qu’il a rejoint le Cesti après avoir réussi à un concours très sélectif. « Notre formation au Cesti s’est bien passée. J’ai fait mon stage obligatoire au journal “Le Quotidien”. Quand tu es nouveau dans une grande salle de rédaction, tu vois les doyens concentrés chacun devant son ordinateur, tu es un peu dépaysé », se rappelle-t-il.
Le premier contact avec les salles de rédaction ne s’est pas bien passé. Son camarade de promotion Abdoulaye Diallo du « Soleil » nous confie : « Il m’a dit après son premier passage dans une salle de rédaction qu’il ne pouvait pas évoluer dans ce milieu. Je pensais qu’il n’était pas sérieux, mais il n’a pas voulu continuer dans le journalisme ».
Malgré ses difficultés, il a poursuivi sa formation au Cesti jusqu’à décrocher son diplôme supérieur de journalisme et de communication (Dsjc) en 2007-2008. Après ce sésame, Maguèye Diallo fait un autre stage à l’Agence de presse sénégalaise (Aps) dirigée à l’époque par le formateur au Cesti Mamadou Koumé. Le choix du journalisme ne l’a pas éloigné de son autre passion, qui est l’enseignement. En parallèle de son métier de journaliste, il n’hésitait pas à distiller des cours dans les écoles privées de Dakar.
De cette expérience, il chope définitivement le virus de la transmission du savoir. « Après le Cesti et quelques cours dans le privé comme enseignant, je suis venu à Louga dans le cadre d’un projet appelé Mvp (projet des villages du millénaire) lancé par le Millenium Challenge Account (Mca). C’est là que j’ai eu l’information, de la part d’un ami, qu’il y avait de nouveaux collèges qui avaient besoin de professeurs », se souvient-il.
La flamme du reporter s’étant déjà éteinte, il décide de claquer les salles de rédaction pour celle des classes. Maguèye Diallo dépose son dossier au ministère de l’Éducation nationale et est recruté en tant que professeur contractuel (Pc). Il démarre ainsi sa nouvelle carrière dans l’enseignement pendant l’année scolaire 2011-2012 au Cem Djily Mbaye de Louga en tant que professeur d’anglais et de français.
Le journaliste est passé aussi par le Cem Diélérou à 5 kilomètres de Louga, où il est resté juste quelques mois. Depuis décembre 2012, il fut redéployé au Cem de Loumpoul dans le département de Kebémer. Le principal du Cem de Loumpoul, Modou Mbaye, confirme les qualités humaines de son collègue Maguèye Diallo.
Il reconnaît qu’à première vue « Maguèye a l’air très timide, introverti ». Mais, poursuit le principal, dès qu’il est mis à l’aise, le professeur d’anglais est « quelqu’un qui fait de très bonnes contributions pour le bien-être de l’établissement ». Avec sa culture générale de journaliste, il apporte aussi un plus aux élèves, ajoute-t-il.
« L’enseignement, plus concret que le journalisme »
Comparant l’enseignement au journalisme, M. Diallo estime que ce ne sont pas des métiers éloignés, car ce sont tous des professions qui exigent le savoir et la recherche. « Le background et les connaissances acquises dans le journalisme m’ont beaucoup aidé dans l’enseignement », dit Magueye Diallo. Cependant, il estime que l’enseignement « est beaucoup plus concret et exige une présence permanente avec les élèves ».
« Je suis passionné par l’enseignement. Le journalisme exige beaucoup plus de patience et est plus compliqué, à mon avis », reconnaît-il. À la question de savoir s’il pense un jour avoir une collaboration dans le journalisme, notre interlocuteur, avec grand sourire, hésite et lance qu’il a décidé de poursuivre sa carrière dans l’enseignement, métier qu’il a appris à aimer.
Depuis près de 15 ans, Maguèye Diallo, Dakarois de naissance (1976), s’est bien adapté à la vie dans le monde rural. Il se sent à l’aise à Lompoul, localité attrayante coincée entre l’océan Atlantique et le désert. De ses premières années à l’école élémentaire de la Légion de la gendarmerie d’intervention (Lgi) de Mbao en passant par le lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque où il décroche son baccalauréat en 1998, Maguèye garde de bons souvenirs de ses humanités qui l’ont forgé en tant qu’homme et intellectuel.
Après le baccalauréat, il s’est inscrit au département espagnol de la Faculté des Lettres et Sciences humaines (FLSH) de l’Ucad pour une année. Après ce passage, M. Diallo va faire une formation en management à l’Institut supérieur de gestion (Isg) de 2002 à 2003. C’est durant l’année universitaire 2004-2005 qu’il a rejoint le Cesti après avoir réussi au concours d’entrée.
Toutefois, même s’il se plaît bien dans l’enseignement, Maguèye Diallo confesse avoir un petit regret : celui de ne pas avoir mis en valeur sa formation au Cesti. « Peut-être que si c’était à refaire, après mon diplôme, je serais un peu plus patient dans le journalisme et que j’aurais fait une carrière dans la presse », dit-il stoïque et souriant.
Même de loin, Maguèye Diallo suit ce qui se passe dans la presse. Il estime que dans le métier, il y a « beaucoup d’intrus qui cherchent le buzz et qui écorchent l’image des journalistes ». Il se dit rassuré de voir que « le Cesti demeure cette école d’excellence et que ses produits défendent toujours les fondamentaux du journalisme ».
Par Oumar KANDE

