Comment construire au Sénégal une « École-Monde » typiquement sénégalaise : un système enraciné dans ses langues et ses territoires, capable de révéler tous les talents et de répondre aux défis du Sénégal de 2050 ? Quelques pistes.
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PLAN:
Un référentiel et quelques principes généraux
Une démarche possible au niveau du préscolaire, de l’élémentaire et du moyen secondaire
Nécessité absolue d’appliquer hic et nunc les textes qui régissent l’université et à terme réformer l’enseignement supérieur
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I-Un référentiel et quelques principes généraux :
La réforme curriculaire au Sénégal vise à construire une école ancrée dans les réalités locales tout en étant ouverte sur le monde. La perspective est d’ouvrir des pistes pour un système éducatif à la fois souverain et compétitif. Voici une proposition de réforme qui intègre les principes clés alliant flexibilité et excellence.
Philosophie de la réforme : une école de la souveraineté et de l’orientation
L’objectif est de dépasser l’héritage d’un système académique parfois déconnecté des réalités sénégalaises. Pour réancrer l’école dans son milieu, la réforme doit viser à créer les conditions qui :
Place l’élève au cœur du système en reconnaissant la diversité des talents et des parcours.
Prépare à une citoyenneté active et à l’emploi en valorisant autant les compétences pratiques que théoriques.
Se réancre dans les territoires et les langues nationales, faisant du Sénégal le sujet et non l’objet de son éducation.
Autonomie et flexibilité
Notre école doit aller vers une grande autonomie pour organiser l’intégration des méthodes pédagogiques et les emplois du temps. Cette flexibilité doit être encadrée par une culture de la coopération entre les enseignants, les parents et la direction.
Compétences pour le 21e siècle
Notre système éducatif doit mettre l’accent sur le développement de l’autonomie, de la pensée critique et de la collaboration. L’apprentissage n’est pas seulement la mémorisation de contenus, mais la capacité à apprendre par soi-même et à résoudre des problèmes.
1. Refonder l’école primaire sur le Multilinguisme et l’éveil aux talents
Avant toute orientation, il est crucial de consolider les apprentissages fondamentaux.
Instaurer au Sénégal un modèle multilingue harmonisé : S’inspirer du nouveau modèle sénégalais qui prévoit, dès la rentrée, une introduction progressive des langues nationales. Par exemple, 80% du temps d’enseignement en langue nationale et 20% en français au cours préparatoire. Cela favorise un ancrage culturel solide tout en ouvrant à l’international.
Pédagogie active: Introduire des méthodes qui valorisent l’observation, l’expérimentation et la collaboration, en phase avec la philosophie de l’apprentissage autonome.
2. Créer un secondaire diversifié et connecté aux territoires :
Après un premier cycle d’observation, le secondaire pourrait proposer des parcours différenciés.
Un tronc commun préscolaire – élémentaire (04-11 ans) :
Trois voies complémentaires (dès 12-15 ans) :
Voie Académique (Pré-universitaire) : Pour les élèves poursuivant de longues études. Les programmes seraient enrichis en langues et en culture scientifique.
Voie Générale et Technologique (Préprofessionnelle supérieure) : Un parcours équilibré entre théorie et pratique, préparant à des études techniques supérieures (type BTS).
Voie Professionnelle (Qualifiante) : C’est une piste majeure pour le Sénégal. Cette voie offrirait des spécialisations en lien avec les bassins d’emploi locaux. Par exemple, un pôle « Agriculture et Agroforesterie » en Casamance, ou « Mines et Énergie » au Sénégal oriental. Cela permettrait de lutter contre le chômage des jeunes en formant directement aux métiers porteurs des territoires.
3. Instituer un test national d’orientation
Un examen national en fin de primaire (et peut-être en fin de premier cycle secondaire) pourrait guider l’orientation. Cet outil, combiné à l’avis du conseil de classe, aiderait à placer chaque élève dans la voie la plus adaptée à son profil, dédramatisant ainsi l’orientation et luttant contre l’échec scolaire.
4. Renforcer la gouvernance participative et territoriale
Pour que la réforme soit durable et acceptée, elle doit être construite collectivement.
Ouvrir le comité scientifique : Comme le soulignent les experts, il est essentiel d’associer les universités régionales, les syndicats d’enseignants, les associations de parents d’élèves et les acteurs économiques à la conception des curricula.
Donner une autonomie aux établissements : Encourager les lycées et collèges à adapter une partie de leurs programmes (par exemple, 20%) aux spécificités de leur environnement (économie locale, patrimoine culturel).
Conditions de réussite et points de vigilance
Pour que cette réforme réussisse au Sénégal, plusieurs conditions sont essentielles :
Investir massivement dans la formation des enseignants : On ne peut pas demander aux professeurs d’enseigner en langues nationales ou d’adopter de nouvelles pédagogies sans une formation initiale et continue de qualité. L’effet « maître » est déterminant dans le processus qui mène vers la réussite de l’apprenant.
Produire des ressources didactiques adaptées : Cela implique un travail éditorial et de recherche important pour créer des manuels en langues nationales et des supports pour les nouvelles filières professionnelles.
Éviter l’écueil de l’orientation précoce comme une voie de garage : L’objectif n’est pas de créer une hiérarchie entre les filières, mais de valoriser également tous les parcours. La voie professionnelle doit offrir des perspectives réelles d’emploi ou de poursuite des études.
Finalement, cette proposition de réforme vise à construire une « École-Monde » sénégalaise : un système enraciné dans nos langues et nos territoires, capable de révéler tous les talents et de répondre aux défis du Sénégal de 2050.
Les savoirs endogènes et la professionnalisation :
Une voie professionnelle pertinente ne peut ignorer les savoirs endogènes, et l’intégration de ces savoirs donne tout son sens à une formation pratique ancrée dans les territoires.
Approfondissement de l’organisation de la professionnalisation
L’objectif est de construire une voie professionnelle qui ne soit pas une voie de garage, mais une filière d’excellence, reconnue et attractive, connectée aux bassins d’emploi.
Architecture en trois piliers
Pour que cette voie soit structurante, elle doit reposer sur une organisation claire et progressive.
1. Un socle commun d’exploration (12-15 ans) :
Après un premier cycle d’orientation, les élèves entrent dans la voie professionnelle par un tronc commun pluridisciplinaires. L’objectif est de leur faire découvrir plusieurs familles de métiers (agriculture, bâtiment, artisanat, services, etc.) à travers des ateliers pratiques et des projets concrets, avant de choisir une spécialité.
2. Des filières définies par bassins d’emploi (15-17 ans) : C’est le cœur du dispositif. Plutôt que des programmes nationaux uniformes, on définirait des spécialisations en fonction des réalités économiques des territoires. Par exemple :
Zone des Niayes et vallée du fleuve : Filière « Agriculture durable et agroforesterie » (maraîchage, gestion de l’eau, transformation agroalimentaire).
Région de Thiès et zone côtière : Filière « Économie bleue et artisanat » (techniques de pêche durable, construction et réparation navale artisanale, transformation des produits de la mer).
Sénégal oriental : Filière « Mines et environnement » (techniques d’extraction, gestion des ressources, restauration des sites).
Zones touristiques (Saly, Petite Côte, Sine-Saloum) : Filière « Hôtellerie-tourisme et culture » (gestion hôtelière, guide-interprète du patrimoine, arts culinaires locaux).
3. Périodes de formation en milieu professionnel : Sur le modèle néerlandais de l’apprentissage, chaque année de spécialisation inclurait des stages longs et obligatoires en entreprise, artisanat ou exploitation agricole. Ces stages seraient co-évalués par le maître de stage et l’enseignant.
Une pédagogie de l’alternance et du projet
Au-delà de la structure, ce sont les méthodes pédagogiques qui feront la différence.
Pédagogie de projet : Les apprentissages seraient organisés autour de projets concrets, comme la création d’une micro-entreprise agricole, la construction d’une infrastructure locale ou l’organisation d’un événement culturel. Cela développe l’autonomie, la collaboration et le sens des responsabilités.
L’enseignant comme facilitateur : Le rôle de l’enseignant évolue. Il n’est plus seulement un transmetteur de savoirs théoriques, mais un guide qui accompagne les élèves dans leur projet, en les aidant à mobiliser les connaissances nécessaires (qu’elles soient académiques ou traditionnelles).
Intégration des savoirs endogènes dans les curricula
Il ne s’agit pas de folkloriser les savoirs locaux, mais de les considérer comme des connaissances à part entière, complémentaires des savoirs académiques. L’objectif est de former une génération « techniquement compétente mais également culturellement sensible».
Les savoirs à intégrer
Certaines valeurs cardinales pourraient irriguer l’ensemble du système :
Jom (courage, dignité, force de caractère) : À valoriser dans les défis scolaires et la persévérance.
Kersa (pudeur, respect, discrétion) : À intégrer dans l’éducation à la citoyenneté et aux relations sociales.
Teranga (hospitalité, générosité) : À mettre en œuvre dans la vie de l’école et les projets collectifs.
Mun (endurance, patience, résilience) : À cultiver face aux difficultés d’apprentissage.
Mais aussi des savoir-faire techniques dans des domaines précis comme l’architecture et les matériaux de construction, où des recherches montrent le potentiel des techniques endogènes pour un développement durable et économiquement viable.
Stratégies d’intégration pédagogique
L’intégration doit se faire à plusieurs niveaux pour être efficace et profonde.
Exemples concrets :
En sciences de la vie et de la terre, étudier les techniques de conservation des sols ou la pharmacopée traditionnelle.
En mathématiques, utiliser des problèmes basés sur la gestion des récoltes ou la construction traditionnelle.
En histoire-géographie, étudier les routes commerciales précoloniales et l’organisation sociale des terroirs.
Création de nouveaux modules Introduire un module obligatoire sur « Éthique et valeurs citoyennes » centré sur les concepts comme le Jom et la Teranga.
Créer des ateliers optionnels sur les savoirs artisanaux (teinture, travail du cuir, vannerie) animés par des maîtres artisans. Une nouvelle relation école-communauté Inviter des détenteurs de savoirs (griots, maîtres artisans, agriculteurs, guérisseurs) à intervenir dans les classes. Organiser des sorties pédagogiques dans les villages et les ateliers pour une immersion dans les pratiques locales.
Un cadre théorique : le « tiers-espace » éducatif
Maguette Diame propose le concept de « tiers-espace » (Third Space) emprunté à Homi K. Bhabha pour penser cette intégration. Il ne s’agit pas de superposer deux systèmes (occidental vs. traditionnel), mais de créer un espace hybride, un lieu de rencontre et de dialogue où les savoirs s’enrichissent mutuellement. Par exemple, un cours sur la construction ne devrait pas opposer le « moderne » (béton, fer) au « traditionnel » (banco, bois), mais chercher les complémentarités : comment les principes bioclimatiques des constructions en banco peuvent-ils inspirer l’architecture contemporaine ? Comment les techniques modernes peuvent-elles améliorer la durabilité des matériaux locaux ?
En définitive, professionnalisation et savoirs endogènes sont les deux faces d’une même pièce. La première ancre l’école dans l’économie réelle et les défis de l’emploi. La seconde plonge l’ecole dans la culture, l’histoire et l’identité du pays. Ensemble, elles construisent une école à la fois utile et signifiante pour les jeunes Sénégalais.
II-Une démarche possible au niveau du préscolaire, de l’élémentaire et du moyen secondaire
La réforme des curricula au Sénégal est une excellente opportunité pour bâtir un système plus flexible, inclusif et orienté vers les compétences.
1. Principes clés :
Notre système doit reposer sur :
Une approche par les compétences plutôt que par une accumulation de contenus et des connaissances
Une forte valorisation de la formation professionnelle.
Une autonomie des établissements
Un lien étroit école et monde du travail
2. Un modèle pour le Sénégal
A. Un tronc commun fondamental solide (Primaire + début secondaire)
Objectif :
Garantir à tous les compétences suivantes : Maîtrise du français – Renforcement des langues nationales – Mathématiques appliquées – Culture scientifique de base-Éducation civique et citoyenne – Compétences numériques – Compétences socio-émotionnelles – Résolution de problèmes – Travail collaboratif -Projets interdisciplinaires – Moins de mémorisation mécanique.
B. À partir de la 5e, introduction de trois parcours modulaires souples :
1-Parcours académique général : Préparation aux études longues à travers : les Sciences approfondies, Les lettres et l’économie.
2-Parcours technologique avec l’enseignement des disciplines suivantes : Le numérique -Les énergies renouvelables – L’Agro-industrie – La Maintenance industrielle – Parcours professionnel intégré – Agriculture moderne – Métiers artisanaux modernisés -Tourisme-BTP-Économie bleue.
Nb/Les passerelles doivent rester ouvertes pour éviter la stigmatisation.
C. Revalorisation massive de la formation professionnelle en mettant l’accent sur les options suivantes : Alternance école – entreprise obligatoire – Partenariats avec PME locales-Certification modulaire – Diplômes progressifs capitalisables – Incubateurs scolaires.
D. Autonomie encadrée des établissements : 30 % du curriculum adaptable localement – Projets communautaires intégrés – Gestion participative (enseignants, parents, collectivités).
E. Mettre en place plusieurs types d’évaluation : Évaluations continues par compétences – Certification par blocs de compétences – Examens certificatifs.
F. Formation des enseignants : pilier central : Formation pédagogique renforcée- Culture de recherche-action – Formation continue obligatoire – Communautés d’apprentissage professionnel.
G. Spécificités à intégrer : Le modèle doit rester culturellement enraciné avec : Intégration des langues nationales – Éducation à l’entrepreneuriat local – Agriculture intelligente face au climat – Éducation religieuse et citoyenne harmonisée – Numérique adapté aux zones rurales.
H. Mise en œuvre progressive (réaliste)
Phase 1 (2 ans)
Expérimentation dans des régions pilotes
Formation des inspecteurs et chefs d’établissement
Phase 2 (5 ans)
Généralisation progressive
Création de centres professionnels régionaux
Phase 3 (10 ans)
Réforme complète des écoles.
Intégration forte au tissu économique
CONCLUSION : Pourquoi ce modèle serait pertinent pour le Sénégal ?
Réduction du chômage des jeunes
Moins d’abandon scolaire
Valorisation des métiers techniques
Meilleure adéquation formation-emploi
III-Nécessité absolue de reformer l’enseignement supérieur et les universités au Sénégal :
L’UCAD en crise : plaidoyer pour une réforme structurelle urgente
L’université sénégalaise, et tout particulièrement l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), fut jadis un phare du savoir en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, ce fleuron est en perdition. Loin des idéaux de méritocratie et d’excellence, l’institution est devenue le théâtre d’un malaise profond qui exige une refonte radicale et immédiate. Sous le poids d’effectifs pléthoriques, de pratiques déviantes et d’un système syndical qui paralyse toute velléité de changement parce quasiment trop orienté vers la quête de privilèges et de gains, l’université publique ne remplit plus sa mission : former l’élite de demain.
1. L’asphyxie par le nombre et l’absentéisme pédagogique
Avec des amphithéâtres bondés accueillant parfois plusieurs milliers d’étudiants pour une seule filière, la massification de l’enseignement est devenue une fin en soi, au détriment de la qualité.
Dans ce chaos numérique, le face-à-face pédagogique a disparu. Trop souvent, le professeur, submergé et parfois démobilisé par des conditions de travail dégradées, se mue en un simple « donneur de cours » furtif. Pire, une partie du corps enseignant semble avoir délaissé la salle de cours pour se consacrer à des activités lucratives parallèles.
La vente obligatoire de fascicules, devenus le seul support de cours accessible, s’apparente à une marchandisation du savoir qui exclut les plus démunis. Le temps passé à rédiger et à écouler ces polycopiés est du temps volé à une pédagogie vivante et interactive.
2. La dérive commerciale : le privé au détriment du public
Le détournement de la mission de service public ne s’arrête pas là. On observe un glissement inquiétant : de nombreux enseignants-chercheurs, forts de leur légitimité académique acquise dans le public, consacrent l’essentiel de leur énergie à des formations privées et payantes.
Ces « cours du soir » ou ces cycles parallèles, souvent organisés au sein même des facultés, créent une université à deux vitesses. D’un côté, la masse des étudiants du public, livrée à elle-même avec des enseignements squelettiques ; de l’autre, une minorité capable de payer pour bénéficier d’un encadrement de qualité.
Cette logique de rente, où le privé vampirise le public, sape les fondements républicains de l’université. Pis, certains professeurs « désertent » littéralement l’UCAD pour aller enseigner dans des instituts privés concurrents, affaiblissant encore davantage l’institution qui les emploie.
3. Le sabotage du calendrier académique et la baisse du niveau
Les conséquences de ce système vicié sont catastrophiques.
L’année académique, qui devrait être un cycle régulier de dix mois, s’étale désormais sur plusieurs années. Grèves à répétition, absence d’évaluation continue, retards dans l’organisation des examens : le temps universitaire s’est disloqué. Sans contrôle effectif des connaissances tout au long de l’année, l’étudiant, souvent désœuvré, perd ses repères.
Les semestres s’enchaînent sans validation, allongeant artificiellement les parcours. Dans ce marasme, le niveau général ne peut que s’effondrer. Comment exiger l’excellence d’étudiants qui n’ont pas été encadrés, évalués, et dont l’année a été hachée par des perturbations permanentes ?
4. Le syndicalisme : un pouvoir de veto contre l’État
Au cœur de cette paralysie se dresse le syndicalisme enseignant. Doté d’une force de frappe redoutable, il est devenu un État dans l’État.
Face à des revendications parfois légitimes, son mode d’action repose sur une stratégie de tension permanente. En menaçant ou en déclenchant des grèves illimitées à la moindre réforme, le syndicalisme enseignant terrorise en réalité un pouvoir politique souvent pusillanime. L’État, craignant une année blanche ou une escalade sociale, recule systématiquement devant l’obstacle. Il n’ose imposer des mesures pourtant vitales : rendre les enseignements et les évaluations effectifs, conditionner la rémunération des enseignants à leur présence effective en cours, ou lutter contre le commerce des fascicules. Cette mainmise syndicale empêche toute gestion rigoureuse et toute tentative de remise à niveau.
Conclusion : Réformer ou sombrer
L’université sénégalaise est malade de ses dérives. Elle ne pourra se relever sans une réforme courageuse et systémique. Il est impératif de :
Revoir le modèle de gouvernance pour limiter le pouvoir de blocage des syndicats et responsabiliser les acteurs.
Conditionner le paiement des salaires à la tenue effective des cours et des évaluations.
Valoriser le métier d’enseignant-chercheur par une revalorisation salariale en échange d’un service public exclusif et d’un strict respect des horaires, interdisant de fait le cumul abusif avec le privé.
Repenser la carte universitaire pour désengorger l’UCAD par un rééquilibrage des filières et des investissements massifs dans les ISEP et les universités régionales.
Il ne s’agit pas de détruire l’université, mais de la sauver. Si l’État continue de céder au chantage et de laisser pourrir la situation, il ne faudra pas s’étonner de voir sortir de ses amphithéâtres des générations entières sacrifiées, mal formées et désespérées.
L’avenir du Sénégal se joue aussi dans ses facultés.
Il est temps d’agir et d’écouter l’ancien Recteur de l’UCAD le Professeur Ibrahima Thioub qui écrivait dans une récente tribune que je m’autorise à citer longuement : « Voulons-nous une université de masse sans exigence, fragile, financièrement, et instable académiquement ? Ou une université régulée, différenciée, assumant pleinement la complémentarité entre filières académiques longues et formations professionnelles et entrepreneuriales courtes ?
La bourse universitaire ne doit pas être un droit abstrait détaché de toute responsabilité, encore moins un instrument politique visant à faire accepter la pérennité du statut d’étudiant.
Elle doit redevenir ce qu’elle est censée être : un investissement collectif dans la compétence, la discipline et l’excellence. Réformer la bourse, c’est en réalité réformer l’université elle-même. Et réformer l’université, c’est préparer l’avenir du pays. Dès lors il urge de régulariser strictement les années universitaires car le calendrier académique doit redevenir intangible. Il y a donc lieu de contrôler réellement l’effectivité des enseignements.
Assurer l’effectivité des enseignements passe par un contrôle réel de la délivrance des cours.
Pour ce faire, il est plus que nécessaire d’exiger un emploi du temps réel pour chaque enseignant, dans chaque établissement, recensant l’ensemble de ses cours, leurs heures et lieux de délivrance, de la L1 au séminaire doctoral, le cas échéant. Cet emploi du temps sera connecté au syllabus obligatoire pour chaque cours et au cahier de textes électronique de la classe. Ainsi sera assuré le suivi institutionnel du volume horaire effectué, la détection en temps réel des éventuels retards dans le calendrier universitaire, la mise en évidence des déficits en personnels, en infrastructures et équipements, le suivi des enseignements en temps réel, l’intégration d’un dispositif d’évaluation anonyme des enseignements par les étudiants, conformément à l’article 7bis de la loi 94-76 du 24 novembre 1994 et, last but not least, la prise de mesures immédiates de remédiation. Les outils numériques existent pour opérationnaliser la connexion de ces différents outils de suivi pédagogique du calendrier universitaire.
Dans un premier temps, il sera nécessaire de rendre contraignant l’usage de ce dispositif, jusqu’à ce qu’il entre dans la culture institutionnelle, ainsi qu’il en est dans les universités qui suivent à minima les principes de base de l’assurance-qualité. Il est également nécessaire de réaffirmer la primauté du service public.
Les formations payantes ne doivent pas concurrencer le cœur du service public de l’enseignement. Il est sûr qu’en termes de formation, elles rendent des services importants.
Toutefois, des pratiques pernicieuses les rendent en partie contreproductives à bien des égards. La sélection par l’argent ne peut devenir un principe structurant de l’université publique. Un audit exhaustif de ces formations est aujourd’hui d’utilité publique pour les conformer à l’esprit de la loi qui les a instituées ».
Contribution de l’Inspecteur de l’Enseignement Moyen
Secondaire Masseck Birane Seck-Lanceur d’alertes-Magi Pastef Tel : 77.785.27.71


