Il a été un brillant intellectuel, un pédagogue d’exception et un militant infatigable de la cause africaine. Né le 1ᵉʳ mars 1948 à Fatick, plus particulièrement à Diakhao, le professeur Sémou Pathé Gueye, philosophe et journaliste, qui fut un ancien enseignant au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), est décédé à l’âge de 61 ans, le 4 mars 2009 à Paris.
4 mars 2009 et 4 mars 2026, cela fait 17 ans que le professeur Sémou Pathé Gueye a quitté cette vie d’ici-bas. Mais, comme l’a écrit le poète sénégalais Birago Diop : « Ceux qui sont morts ne sont jamais partis : Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire ».
Et le philosophe Sémou Pathé Gueye fait partie des morts qui continuent d’éclairer la pensée de jeunes universitaires et chercheurs sénégalais plus d’une décennie après sa disparition. D’ailleurs, son ouvrage intitulé « Du bon usage de la démocratie en Afrique » fera date dans l’histoire de la citoyenneté en Afrique et sera gravé en lettres d’or dans les annales du processus de démocratisation sur le continent.
Le natif de la région naturelle du Sine a, sur le plan éducatif, joué un rôle clé au Sénégal. D’abord en sa qualité d’enseignant dans les lycées, de 1973 à 1981, puis au département de Philosophie de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Ucad où il fut recruté en 1991.
Promu professeur titulaire des universités à partir du 1ᵉʳ octobre 2001, il a su inspirer plusieurs générations d’étudiants et d’élèves, grâce à ses aptitudes pédagogiques.
Professeur admiré par ses étudiants
« Grand philosophe, brillant intellectuel, professeur admiré par ses étudiants, militant engagé, homme d’une grande générosité et d’une rare intégrité morale : il est difficile de décrire toutes les facettes de cette personnalité hors pair », a témoigné Robert Hue, un homme politique français, à la disparition de son ami.
Très attaché à la philosophie postmoderne, il est bien connu dans les milieux universitaires du monde entier pour être l’auteur de plusieurs publications sur le devenir de l’humanité et de l’Afrique.
Enseignant dans plusieurs universités européennes, il a tenu à garder ses cours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Très engagé au Parti de l’indépendance et du travail du Sénégal, il était considéré comme, selon M. Hue comme « un idéologue, un stratège talentueux fidèle » aux idéaux de l’émancipation des peuples.
Militant communiste et de la cause africaine, le Pr Sémou était homme de lettres, philosophe, journaliste et grand débatteur. Il était, d’après l’écrivain et docteur en droit public sénégalais Amadou Bal Ba, « un esprit brillant » et surtout particulièrement « attachant ».
Ayant partagé des moments fraternels avec le philosophe et journaliste, M. Ba a affirmé que Sémou Pathé Gueye avait cette grande aptitude de synthèse et de conciliation entre des principes apparemment contradictoires.
Un partisan d’Épictète
« Il était partisan d’Épictète, c’est-à-dire rigoureux et intraitable dans les grands principes auxquels il croyait. Il était aussi un admirateur d’Épicure, ce goût de la vie et des choses. Ce qui me frappait en lui, c’est sa profonde humanité », a-t-il écrit.
Cet humanisme l’aurait poussé à militer en faveur de la cause enseignante. a défendu avec constance l’école sénégalaise et la dignité du corps enseignant. D’ailleurs, il fut membre fondateur en 1976 du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes), dont il était le secrétaire général adjoint.
« Sémou, par sa démarche intellectuelle, était en permanence envahi d’un sentiment de doute, et vous étonnait dans son étonnement, face à la complexité des choses. Il avait abandonné toute forme de manichéisme et de dogmatisme ; l’autre est toujours une occasion de se retrouver et de s’enrichir », a renchéri l’écrivain.
Il convient de rappeler que c’est à la suite des événements de mai 1968 qu’il est parti en France, où il obtint son baccalauréat avec mention. D’abord orienté vers les études helléniques, il choisit finalement la philosophie, sa véritable passion.
En dehors de la philosophie, le Pr Sémou Pathé est distingué dans le journalisme au Sénégal. Journaliste et analyste politique averti, il intervenait également au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), où il dispensait des cours de communication politique.
Mariama DIEME


