L’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (Ansts), en collaboration avec l’Académie nationale des jeunes scientifiques du Sénégal (Anjss), a organisé, hier, à Dakar, une rencontre intitulée « Paroles de Femmes de Science : Voir, comprendre, transformer ». Scientifiques confirmées et jeunes chercheuses y ont partagé leurs parcours et réfléchi sur les moyens de renforcer la présence des femmes dans la recherche
Donner la parole aux femmes scientifiques, valoriser leurs contributions et inspirer les jeunes générations. Tel était l’objectif de la rencontre organisée, hier, à Dakar, par l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (Ansts). L’initiative entre dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes. À travers des témoignages et des échanges intergénérationnels, les participantes ont évoqué les obstacles rencontrés, mais aussi les perspectives ouvertes pour une plus grande présence des femmes dans la recherche scientifique.
La rencontre a rassemblé ministres, universitaires, chercheurs et partenaires autour d’une réflexion sur la place des femmes dans les sciences. Les discussions ont mis en avant la persévérance, la solidarité et la conviction comme des facteurs essentiels pour favoriser l’ascension des femmes dans les carrières scientifiques.
Membre de l’Ansts et ancienne rectrice de l’Université Iba Der Thiam de Thiès, la professeure Ramatoulaye Diagne Mbengue a rappelé que cette initiative vise à créer des passerelles entre générations et à rapprocher la science de la société. « L’académie a pour mission de construire des ponts entre les générations et entre la science et la société », a-t-elle souligné, insistant également sur l’importance de la famille et du mentorat dans l’accompagnement des jeunes femmes scientifiques.
Selon elle, la rencontre a aussi permis de formuler plusieurs recommandations visant à renforcer la visibilité des femmes dans les milieux scientifiques. Parmi celles-ci figure la création d’un annuaire des femmes scientifiques afin de mieux valoriser leurs contributions et faciliter leur identification dans les réseaux académiques et de recherche.
Miser davantage sur le mentorat
La professeure Anta Tal Dia, pédiatre, professeure de santé publique et membre de l’Ansts, a, pour sa part, rappelé que la science ne saurait être l’apanage d’un seul genre. « La science n’a pas de genre. L’apport des femmes à la recherche scientifique est considérable », a-t-elle déclaré, évoquant également l’histoire marquée par l’invisibilité de nombreuses femmes scientifiques dont les découvertes ont parfois été attribuées à des hommes. Elle a toutefois noté que la tendance évolue progressivement, les femmes occupant aujourd’hui une place de plus en plus visible dans la production scientifique. Selon elle, les chercheuses apportent souvent une approche plus globale de la recherche, intégrant les dimensions sociales, éthiques et environnementales.
Les témoignages recueillis au cours de la rencontre ont également mis en lumière plusieurs défis auxquels les femmes scientifiques restent confrontées. Les contraintes sociales, les responsabilités familiales ou encore les obstacles économiques figurent parmi les principaux freins évoqués. « La science a longtemps été conjuguée au masculin, a rappelé la professeure Anta Tal Dia, soulignant que les femmes doivent souvent concilier leurs ambitions scientifiques avec les attentes sociales qui leur sont assignées. Dans la même lancée, Fatou Ndoye, enseignante-chercheure à l’Université du Sine Saloum El Hadji Ibrahima Niass (Ussein), a insisté sur l’importance du mentorat pour encourager les jeunes filles à embrasser les carrières scientifiques.
Pape Abdoulaye Seck, ancien ministre de l’Agriculture et membre de l’Ansts, a rappelé l’importance stratégique de l’intégration des femmes dans les processus de production et de développement. Pour lui, l’égalité des droits et l’intégration des femmes dans les circuits économiques constituent des facteurs déterminants. Au terme des échanges, les participants ont réaffirmé la nécessité de renforcer la solidarité entre générations et d’encourager davantage de jeunes filles à s’engager dans les sciences. Une dynamique que l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal entend inscrire durablement dans son agenda afin de promouvoir une science plus inclusive et plus représentative de la diversité des talents.
Daouda DIOUF

