Retards de langage, difficultés d’apprentissage, exclusions répétées de la maternelle, incompréhensions des enseignants et stigmatisation dans les quartiers, derrière ces situations se cachent parfois des troubles neurodéveloppementaux encore mal diagnostiqués au Sénégal. Dans de nombreuses familles, les premières inquiétudes surgissent à l’entrée à la maternelle. L’enfant ne parle pas comme les autres, ne reste pas assis en classe, ne répond pas aux consignes ou peine à interagir avec ses camarades. Très vite, l’école devient un espace de tension pour lui. La question de l’inclusion scolaire, reconnait la pédopsychiatre Dr Awa Dièye, se pose avec acuité, notamment sur la nécessité de l’intégration de ces enfants sur le système ordinaire ou dans des centres spécialisés. « Certains enfants autistes peuvent aller à l’école comme tout le monde. D’autres ne peuvent pas réussir dans le système ordinaire et ont besoin d’un cadre spécialisé », explique-t-elle. Il existe également des parcours évolutifs. « Certains commencent en structure spécialisée et, avec le suivi, peuvent rejoindre l’école ordinaire », précise Dr Dièye. L’essentiel, selon elle, est d’éviter les décisions hâtives. Elle regrette toutefois que « beaucoup d’enfants arrivent très tardivement à l’hôpital ». « Les enfants qui bénéficient d’un suivi régulier et dont le projet thérapeutique est respecté progressent », assure-t-elle. L’environnement familial, selon la spécialiste, influence fortement l’évolution. « Un environnement stimulant, où l’on parle à l’enfant et où l’on interagit avec lui, favorise le développement », rappelle-t-elle. Au-delà des aspects médicaux et scolaires, la pédopsychiatre alerte sur la stigmatisation sociale. « La stigmatisation renforce le sentiment d’infériorité et diminue l’estime de soi », explique Dr Dièye. Même si certains pensent que ces enfants ne comprennent pas, « ils perçoivent très bien le regard porté sur eux », insiste-t-elle. Le travail thérapeutique vise précisément à restaurer l’estime de soi. « Nous leur montrons qu’ils ne valent pas moins que les autres », affirme-t-elle. Pour elle, l’inclusion ne peut se construire dans un climat de moquerie ou d’exclusion. « La stigmatisation va à l’encontre d’une société inclusive », précise-t-elle. « Lorsqu’un enfant est suivi tôt, il peut mener une vie presque normale », conclut-elle, rappelant que la réussite scolaire et l’inclusion sociale dépendent autant de la médecine que du regard que la société choisit de porter sur ces enfants.
Daouda DIOUF

