Soutien de famille et technicienne agricole sans emploi, Mame Astou Mbaye mène un combat au quotidien : doter son village de Sambaye Karang (commune de Mont-Rolland) d’eau pour l’agriculture, l’élevage et les besoins domestiques. Diplômée en agrobusiness, elle multiplie les démarches auprès des autorités et des partenaires. Son rêve : créer une entreprise agricole pour retenir la jeunesse de Mont-Rolland.
TIVAOUANE – Il est 14 h 30. Vêtue d’une robe traditionnelle multicolore qui épouse sa taille moyenne, Mame Astou Mbaye porte un foulard noir noué avec soin. Le tissu couvre sa tête et descend jusqu’aux hanches, apportant sobriété et dignité à l’ensemble coloré. Elle s’affaire aux derniers réglages de sa cuisine.
Et dire que cette dame a une Licence en Agrobusiness. Après son bac, en 2020, des problèmes techniques l’ont empêchée de s’inscrire à l’université via la plateforme numérique Campusen. Elle s’est alors formée en agrobusiness. Faute de moyens pour le Master, Mame Astou est rentrée au village pour un stage rural.
Son ambition : devenir entrepreneuse agricole, créer des emplois et lutter contre l’exode rural des jeunes. En attendant, elle aide sa mère, malade, dans les travaux domestiques qu’elle partage avec sa petite sœur, élève en classe de Première.
« Sans eau, on ne peut rien faire »
Mame Astou Mbaye est inscrite au Pôle emploi. Elle postule sur les plateformes horticoles et a rencontré des structures d’accompagnement de porteurs de projets. Une demande de financement a aussi été déposée pour que le précieux liquide coule à Sambaye Karang. « Forer coûte trop cher », lui a-t-on répondu.
Pourtant, à quelques mètres, l’entreprise Pfo, en charge de l’Autoroute Dakar–Tivaouane–Saint-Louis, a réalisé un forage pour ses travaux. L’eau y coule à flots jour et nuit. Selon les informations recueillies par Mame Astou, Pfo serait prête à céder le forage après les travaux. Mais, seule la mairie pourra en assurer les frais d’entretien.
A lire aussi : Autoroute Dakar-Tivaouane-Saint-louis : des populations de Mont-Rolland isolées par le tracé
À Sambaye Karang, commune de Mont-Rolland, département de Tivaouane, l’eau est partout désirée. « Les femmes dans leurs foyers, les maraîchers dans leurs périmètres, les abreuvoirs du bétail, tous souffrent péniblement du manque d’eau. Les projets agricoles qui devaient servir d’échappatoire pour l’emploi des jeunes deviennent des épouvantails et sont quasiment tous abandonnés », témoigne la dame.
Le réseau de la Sen’Eau s’arrête à l’autre bout du village. Pas de forage, pas de robinet. Les habitants ont tenté une cotisation pour prolonger les tuyaux. Trop cher. Le projet a été abandonné. Le bassin agricole, réalisé dans le cadre du Projet de valorisation des eaux pour le développement de chaînes de valeur (Proval-Cv), en 2021, est lui aussi à l’abandon. Résultat : de nombreux jeunes ont quitté l’agriculture et l’élevage pour chercher du travail dans le chantier de l’autoroute ou à Dakar.
Malgré les blocages, Mame Astou Mbaye ne baisse pas les bras. Elle multiplie les appels aux autorités territoriales et étatiques, mais aussi aux partenaires techniques et financiers. « Sans eau, on ne peut rien faire », lance-t-elle. Son message aux jeunes de Sambaye Karang et de Mont-Rolland est clair : « Restez. Il y a du potentiel ici. On peut vivre de la terre si on a de l’eau ».
Pour elle, régler le problème de la disponibilité de cette ressource, c’est donner une chance à l’agriculture locale et à toute une génération. Pour l’heure, elle attend et espère voir le bout du tunnel. « Il faut que les autorités nous aident à fixer la jeunesse. Et cela passe par la disponibilité de l’eau, essentielle au développement de l’agriculture et de l’élevage, mais aussi l’allégement des travaux ménagers », souligne-t-elle.
Ibrahima NDIAYE (Correspondant)

