Le 20 décembre 2017, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (Onu) a adopté à l’unanimité une résolution proclamant le 20 mai Journée mondiale des abeilles. La première célébration officielle a eu lieu en 2018. La date du 20 mai a été choisie en hommage à Anton Janša (1734-1773), pionnier slovène de l’apiculture moderne. Il est reconnu pour avoir révolutionné les techniques d’élevage des abeilles et mis en lumière l’importance de leur protection. Saisissant cette occasion, «Le Soleil» ouvre les portes de quelques ruchers de Casamance afin de mettre en lumière cette filière en pleine évolution et les acteurs qui la font vivre.
BIGNONA – L’apiculture est largement pratiquée en Casamance et constitue un levier important de résilience pour les ménages locaux. Cette activité contribue à la diversification des sources de revenus ainsi qu’à la sécurité alimentaire des populations. Cependant, même si la Casamance assure près de 70 % de la production nationale de miel, l’apiculture demeure une activité secondaire au sein de nombreux ménages agricoles.
« Bien que le miel de Casamance présente un potentiel certain pour renforcer sa position sur les marchés nationaux et accéder aux marchés internationaux, il se heurte à des obstacles liés à la faible structuration de la chaîne de valeur et aux défis croissants posés par les changements climatiques », analyse Malick Sada Sy, expert en apiculture.
En effet, les variations des précipitations, les phénomènes météorologiques extrêmes et la montée du niveau de la mer constituent des défis de plus en plus importants pour les apiculteurs locaux.
« Ces facteurs ont un impact direct sur la disponibilité et la qualité des ressources florales nécessaires à la production de miel », souligne l’expert.
Dans le sud du pays, les quantités de miel récoltées varient en fonction de la production des rayons de miel. Elles dépendent également des conditions climatiques, notamment de la chaleur, de la floraison et des vents violents qui provoquent la chute des fleurs, réduisant ainsi les ressources alimentaires disponibles pour les abeilles.
La Coopérative agroalimentaire de la Casamance (Cac/Miel), qui regroupe plusieurs Gie œuvrant dans l’apiculture, a commercialisé 6.661 litres de miel en 2022, 4.430,4 litres en 2023 et 4.456,75 litres en 2024. En termes de revenus, la coopérative a enregistré plus de 26,4 millions de FCfa en 2022, 16 millions de FCfa en 2023 et 17,5 millions de FCfa en 2024.
De manière générale, les apiculteurs et apicultrices utilisent des ruches de type Coro, Langstroth, kényane, Vautier, ainsi que des ruches traditionnelles. Ces dernières tendent toutefois à disparaître en raison de plusieurs contraintes, notamment les feux de brousse. Le rendement potentiel des ruches Coro et Langstroth est estimé entre 20 et 25 kilogrammes de miel lorsque toutes les conditions sont réunies, notamment lorsque les colonies sont suffisamment fortes avant le début de la floraison.
Les données de la Cac/Miel montrent cependant que le rendement moyen réel reste inférieur à ce potentiel. Selon Malick Sada Sy, les ruches Coro et Langstroth produisent en moyenne environ 10 kilogrammes de miel. « Les ruches Coro et Langstroth offrent une plus grande flexibilité d’utilisation dans le cadre du suivi apicole, car elles peuvent être déplacées vers des zones où la floraison est plus abondante », explique-t-il.
Il ajoute : « Les ruches Coro et Langstroth sont mieux adaptées aux fortes chaleurs. Elles sont conçues pour mieux résister aux températures élevées. Elles peuvent également être déplacées vers des endroits plus frais, à proximité d’un point d’eau ou dans des zones plus boisées ».
Des contraintes multiples
Selon l’expert, la faible production observée dans la plupart des Gie, malgré un nombre parfois important de ruches, s’explique essentiellement par un manque de suivi.
« On constate que de nombreuses ruches ne sont pas peuplées ou abritent des colonies trop faibles pour produire suffisamment de rayons de miel », poursuit-il. La baisse de la productivité des abeilles, la désertion des ruches, les feux de brousse, les termites, les parasites, la courte durée de floraison ainsi que le manque de formation des apiculteurs et apicultrices aux bonnes pratiques apicoles constituent autant de contraintes au développement de l’apiculture en Casamance.
À cela s’ajoutent les maladies des abeilles et l’insuffisance de formation sur la prophylaxie des colonies, en particulier pour les nouveaux Gie. Toutefois, selon Malick Sada Sy, la principale difficulté demeure la désertion des ruches, souvent liée à un suivi insuffisant des ruchers.
« Les Gie n’appliquent pas toujours le protocole de suivi enseigné lors des formations en champs-écoles, notamment les visites hebdomadaires des ruchers, l’approvisionnement en eau, la mise en place de pare-feux autour des ruchers ou encore l’installation de feuilles de cire dans les cadres », regrette l’expert.
Une autre contrainte majeure concerne les parasites, les maladies et les prédateurs. Toutefois, ces problèmes pourraient être atténués grâce à un suivi rigoureux et à un entretien régulier des ruches.
Par Kadidiatou SONKO (Correspondante)

