Des milliers d’hectares de végétation réduits en cendres, des villages évacués, des pompiers mobilisés jour et nuit face à des incendies de plus en plus difficiles à contenir… la France brûle. Ces feux qui frappent régulièrement le bassin méditerranéen sont devenus l’une des manifestations les plus visibles du dérèglement climatique.
En 2025, un incendie majeur dans l’Aude a ravagé plus de 17.000 hectares, causant la mort d’une personne et devenant l’un des feux les plus importants enregistrés en France ces dernières décennies. Au-delà des pertes humaines et matérielles, ces catastrophes rappellent qu’avec la hausse des températures et l’allongement des périodes de sécheresse, le risque incendie progresse partout dans le monde. Le Sénégal doit regarder ces images avec attention. Car si notre pays ne possède pas les vastes forêts méditerranéennes françaises, il connaît une autre forme de crise du feu : celle des feux de brousse qui ravagent chaque année les zones pastorales, les savanes et les terres agricoles. Selon la Direction des eaux et forêts, des chasses et de la conservation des sols (Defccs), 5.990.142 tonnes de biomasse herbacée ont été détruites par les feux de brousse durant la campagne 2024-2025. Cette perte représente une valeur économique estimée à 499 milliards de FCfa en ressources fourragères.
En France, les incendies de forêt provoquent une mobilisation nationale en raison de leur impact sur les populations et les territoires. Au Sénégal, les feux de brousse restent encore trop souvent considérés comme un phénomène saisonnier presque ordinaire. Pourtant, leurs conséquences sont lourdes : destruction du couvert végétal, perte de biodiversité, appauvrissement des sols et accélération de la désertification.
Cette réalité sénégalaise s’inscrit dans une crise mondiale. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), le monde a perdu environ 420 millions d’hectares de forêts depuis 1990. Les incendies de végétation contribuent également à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, renforçant davantage le changement climatique.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) alerte sur une augmentation des incendies extrêmes dans les prochaines décennies, favorisée par la hausse des températures, les sécheresses prolongées et la dégradation des écosystèmes. Le Sénégal n’échappe pas à cette menace. L’allongement des saisons sèches, la raréfaction du couvert végétal et la hausse des températures créent des conditions propices à la propagation des flammes. Chaque hectare brûlé réduit la capacité des sols à stocker du carbone, à retenir l’eau et à soutenir les activités agricoles et pastorales.
La lutte contre les feux de brousse ne peut donc plus être une simple opération saisonnière. Elle doit devenir une priorité nationale associant services forestiers, collectivités territoriales, communautés rurales, agriculteurs, éleveurs et citoyens. Prévention, surveillance des zones à risque, entretien des pare-feux, sensibilisation des populations et restauration des terres dégradées doivent désormais être au cœur des politiques publiques.
Les flammes qui ravagent aujourd’hui la France doivent servir d’avertissement au Sénégal. Le feu ne connaît ni frontière ni continent. Lorsqu’une terre brûle, c’est une partie de notre biodiversité, de notre sécurité alimentaire et de notre avenir collectif qui part en fumée.
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