Alors que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, multiplie les sorties en Conseil des ministres sur la question, la réforme de la gestion de l’hydraulique rurale est à sa 11e année depuis le démarrage du délégataire de service public, Seoh. Depuis, les fermiers Aquatech, Seoh, Flexeau, Soges et Sder ont pris le relais des Associations des usagers des forages (Asufor) pour une professionnalisation de la gestion de l’eau. Si la réforme portée par l’Office des forages ruraux, créé en 2014, connaît des résultats probants, elle se heurte encore aux contestations populaires et l’accès universel à l’eau potable est loin d’être le cas. « Le Soleil donne la parole aux cinq délégataires du service public Seoh, Aquatech, Flexeau, Soges et Sder) au moment où le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement célèbre aujourd’hui, le 26 mars 2026, la Journée mondiale de l’eau.
Notto-Diosmone-Palmarin-Gorom-Lampsar: Seoh sur les vagues du progrès
La gestion déléguée de l’eau en milieu rural affiche des avancées notables pour la Société d’exploitation des ouvrages hydrauliques (Seoh), en charge de la gestion du périmètre Notto-Diosmone-Palmarin-Gorom-Lampsar (Ndp/Gl) depuis juillet 2015. Mais des contraintes techniques et structurelles freinent la performance du fermier.
Après dix années d’exploitation dans le périmètre Notto–Diosmone–Palmarin et Gorom-Lampsar (Ndp/Gl), la Société d’exploitation des ouvrages hydrauliques (Seoh) dresse un bilan globalement positif, tout en reconnaissant des défis importants à relever pour améliorer durablement le service. Pour son directeur général, Fallou Ndao, la première avancée majeure réside dans « la professionnalisation de la gestion de l’eau en milieu rural », avec à la clé « la création d’emplois stables et durables ». Seoh revendique plus d’une centaine de travailleurs permanents, couvrant un large éventail de profils, des ingénieurs aux ouvriers spécialisés. Sur le plan opérationnel, les performances sont également en progression. « La production d’eau a presque doublé en dix ans », souligne M. Ndao.
Une évolution qui a permis d’améliorer la desserte, notamment grâce aux programmes de branchements sociaux pour faciliter l’accès à l’eau potable des populations rurales les plus vulnérables. À cela s’ajoute « une nette amélioration de la qualité de service », marquée par une plus grande réactivité dans la maintenance des installations et la gestion des réclamations. Aujourd’hui, Seoh exploite un dispositif composé de six forages à gros débit, trois à débit moyen et douze unités de potabilisation d’eau de surface. « Tous les systèmes de production sont fonctionnels », assure Fallou Ndao. Malgré ces acquis, des difficultés techniques subsistent, en particulier sur les réseaux de distribution. L’absence de plans fiables, la vétusté ou la mauvaise qualité de certaines canalisations ainsi que des branchements non conformes affectent directement le rendement, estimé entre 60 et 70 % selon les sites. « L’objectif minimal est de 80 %, ce qui nécessite des investissements conséquents », précise-t-il. Des travaux d’identification des réseaux, de renouvellement des conduites et de mise à niveau des branchements sont ainsi jugés indispensables. Sur le plan de la qualité, Seoh s’appuie sur un laboratoire interne et un dispositif de contrôle rigoureux. En 2025, 910 analyses physico-chimiques et bactériologiques ont été réalisées, avec des résultats jugés conformes, en complément des contrôles effectués par l’Office des forages ruraux.
La continuité du service est globalement satisfaisante, même si des perturbations sont relevées en bout de réseau, notamment à Fimela et Palmarin, ainsi que dans certaines stations de l’axe Gorom-Lampsar arrivées à saturation. Au chapitre des enseignements, Fallou Ndao met en avant « la mise en place d’un service d’eau potable résilient, transparent et inclusif » comme principale réussite. En revanche, il pointe « le retard dans la mise à niveau des installations » et « l’absence de mécanisme formel d’ajustement de la tarification » comme des limites majeures. Un bilan qui reflète les avancées d’un secteur en mutation, mais aussi les efforts nécessaires pour garantir un accès durable et équitable à l’eau potable en milieu rural.
Babacar Gueye DIOP

