Les acteurs du secteur énergétique plaident pour une meilleure intégration du biogaz dans les politiques publiques. À l’horizon 2035, cette ressource pourrait devenir un levier majeur de l’économie circulaire, de la souveraineté énergétique et du développement industriel.
Le Sénégal dispose désormais d’une vision claire pour le développement du biogaz. Les acteurs de la filière ambitionnent d’en faire « un pilier de la transition énergétique et du développement industriel » à l’horizon 2035.
Selon les conclusions présentées, hier, à l’issue d’un atelier de quatre jours consacré au renforcement de capacités des acteurs de la filière, cette vision repose sur le passage d’un modèle centré sur le biogaz domestique à une filière industrielle intégrée.
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Au cours de cette rencontre organisée par le Conseil exécutif des transports urbains durables (Cetud), il a été établi que le biogaz permet de valoriser les déchets biodégradables issus des ménages, des industries agroalimentaires, des abattoirs et des exploitations agricoles. « L’objectif est de produire de l’électricité, de la chaleur et des biofertilisants tout en contribuant à la réduction des importations énergétiques et à l’atteinte des objectifs climatiques du Sénégal », indique l’un des rapports issus de l’atelier.
Les participants ont rappelé que le ministère en charge de l’Énergie demeure l’organe central de pilotage des actions relatives à la biodigestion. À travers la Lettre de politique de développement du secteur de l’énergie et la Stratégie nationale de développement du biogaz à l’horizon 2035, l’État entend favoriser l’intégration progressive du biogaz dans le mix énergétique national.
Au-delà du ministère de l’Énergie, plusieurs départements ministériels sont appelés à jouer un rôle déterminant. Il s’agit notamment des ministères chargés de l’Environnement et de la Transition écologique, de l’Agriculture, de l’Élevage, de l’Industrie, de l’Enseignement supérieur, des Finances, de la Formation professionnelle, des Transports, de l’Hydraulique et de l’Assainissement, ainsi que des Collectivités territoriales.
« Les universités, les centres de recherche, le secteur privé et les collectivités locales sont également considérés comme des maillons essentiels de la future chaîne de valeur », ont souligné les participants.
Une gouvernance renforcée à l’horizon 2035
Les échanges ont surtout mis l’accent sur la nécessité de renforcer les synergies entre les différents intervenants. « La filière repose sur un écosystème interconnecté », ont rappelé les acteurs, estimant qu’aucune institution ne peut, à elle seule, assurer le développement du biogaz industriel.
Les agences spécialisées, les structures de normalisation, les universités et les entreprises privées sont ainsi appelées à collaborer davantage dans les domaines de la recherche, du transfert de technologies, de la formation et de l’exploitation des installations.
Pour accélérer cette dynamique, plusieurs groupes de travail ont proposé de s’appuyer sur les mécanismes existants. L’une des principales recommandations consiste à élargir le mandat du Comité national de pilotage du Programme national biogaz afin qu’il prenne également en charge les problématiques liées au biogaz industriel. Cette évolution permettrait de fédérer les différents acteurs autour d’une vision commune tout en évitant la multiplication des structures.
À plus long terme, les réflexions portent sur la mise en place d’un cadre institutionnel renforcé, dans lequel l’État définirait les grandes orientations stratégiques et réglementaires, tandis que le Programme national biogaz assurerait la coordination opérationnelle, le suivi-évaluation et l’animation du dialogue entre les différentes parties prenantes.
Les collectivités territoriales seraient davantage impliquées dans la collecte et la valorisation des déchets, tandis que le secteur privé jouerait un rôle accru dans l’investissement et l’exploitation des infrastructures.
Pour les participants, l’enjeu dépasse largement la seule dimension technique. « La structuration d’une filière industrielle du biogaz au Sénégal à l’horizon 2035 ne constitue pas seulement un défi technique. C’est avant tout un projet de gouvernance partagée », ont-ils conclu.
Selon eux, la réussite de cette ambition dépendra de la capacité des institutions, du secteur privé, du monde académique et des collectivités territoriales à agir de manière complémentaire. Si cette coordination est effective, le Sénégal pourrait transformer ses contraintes de gestion des déchets en opportunités économiques et énergétiques, faisant du biogaz un moteur de l’économie circulaire et un instrument de souveraineté énergétique.
Babacar Guèye DIOP

