Ils ont osé ! Nos frères d’Afrique du Sud, armés de bâtons et boucliers traditionnels zoulous, ont organisé, le mardi 30 juin, cette fameuse journée de mobilisation nationale d’une campagne aux relents xénophobes qui a déjà poussé 25.000 immigrés à l’exode. Une véritable démonstration de hordes humaines dans les villes de Johannesburg et de Durban, respectivement poumon économique et plus grande ville portuaire du pays. Les images sont impressionnantes. Elles reflètent l’indicible. L’incompréhensible. Les étrangers sont accusés, entre autres maux, de prendre le travail des Sud-Africains.
Le pays vivait, depuis plusieurs semaines déjà, au rythme d’un compte à rebours à mesure que s’approchait le 30 juin, date fatidique d’un ultimatum « fixé en dehors de tout cadre légal » par des groupes de citoyens structurés pour intimer l’ordre aux étrangers sans papiers de quitter le pays. C’est parce que l’Afrique du Sud est le pays de l’apartheid, un système de ségrégation raciale institutionnalisé en Afrique du Sud et en Afrique du Sud-Ouest (actuelle Namibie) de 1948 à 1990, qu’il fait mal de regarder, impuissants, cette tragédie contre des frères Africains comme si l’apartheid ne suffisait pas pour faire récuser, à jamais, aux frères toute forme de domination où de discrimination.
Ce système a été caractérisé durant toute la période de son implémentation par une culture politique autoritaire fondée sur le baasskap (littéralement « pouvoir » ou « autorité »), qui garantissait la domination politique, sociale et économique de l’Afrique du Sud par la minorité blanche. Ainsi, les citoyens blancs occupaient le statut le plus élevé, suivis des Indiens, des Métisses et des Africains noirs. L’héritage économique et les conséquences sociales de l’apartheid perdurent encore aujourd’hui, notamment les inégalités qui pourraient être l’origine des maux des frères d’Afrique du Sud et non les mouvements de populations. L’Afrique du Sud est aussi le pays de Nelson Mandela, l’une des plus grandes figures de ce siècle et bâtisseur de la Nation Arc-en-ciel.
Célébré dans le monde entier, Mandela a su, dès son accession au pouvoir en 1990, après un emprisonnement de 28 ans, mettre toute son énergie à la réconciliation des fils du pays. L’Afrique tout entière s’était mobilisée avant la fin de l’apartheid pour mettre fin à cette ignominie. Inspirant musiciens, plasticiens, écrivains, dramaturges…, le système de cloisonnement sera combattu, barrière après barrière, pour une libération totale qui sonnera non pas comme une revanche sur l’histoire, mais une célébration de la famille humaine.À l’heure où les frontières se rétrécissent, les visas se font rares, le président Trump s’est heurté à un refus de la Cour suprême pour remettre en cause le droit de sol tandis qu’un probable candidat à l’élection française de 2027, Bruno Retailleu, promet d’y mettre fin. C’est à ce moment que de vieilles velléités contre les étrangers refont surface pour combattre les étrangers en Afrique du Sud.
Dans ce contexte, l’appréciation d’un ami, suite à l’élimination de l’Afrique du Sud en 16e de finale de la présente Coupe du Monde, le 28 juin dernier, est plus que partagée par de nombreux Africains : « Plus que content de la défaite de l’Afrique du Sud ! Un pays aussi raciste ne mérite pas de gagner devant le Canada, pays multiculturel par essence. Retour au Ghetto et de grâce ne reprenez pas la chasse aux Noirs africains ! »
Il faut rappeler que la première économie du continent a déjà connu de violents débordements xénophobes, notamment en 2008 et 2015, mais de manière inédite, plus de 25.000 ressortissants de plusieurs pays africains, Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Nigeria, Ghana, etc., ont fui ces dernières semaines par leurs propres moyens ou à bord de bus affrétés par leur pays ou par l’Afrique du Sud. Et selon les statistiques officielles, quelque 3 millions d’étrangers, soit 5,1% de la population, vivent au pays de Nelson Mandela.
Bien que Nation arc-en-ciel, le modèle sud-africain est en parfaite opposition au multiculturalisme canadien. Ce dernier modèle est une « vision nationale des rapports entre, d’une part, les immigrants et citoyens issus de l’immigration et, d’autre part, l’État et la population nationale, soutenue par un ensemble de politiques gouvernementales adoptées dans les années 1970 et 1980 et ayant toujours cours au Canada ».
Ainsi, la politique du gouvernement fédéral en matière de multiculturalisme consiste à « reconnaître le fait que le multiculturalisme reflète la diversité culturelle et raciale de la société canadienne et se traduit par la liberté, pour tous ses membres, de maintenir, de valoriser et de partager leur patrimoine culturel » et « à reconnaître le fait que le multiculturalisme est une caractéristique fondamentale de l’identité et du patrimoine canadiens et constitue une ressource inestimable pour l’avenir du pays, ainsi qu’à sensibiliser la population à ce fait ; […]. » nous pouvons bel et bien reprocher au Canada sa propension à s’enrichir d’une certaine élite de pays tiers pour laquelle elle n’a pas participé à la formation de base, mais son multiculturalisme prône donc la coexistence de différentes cultures au sein du pays, par opposition à l’intégration et à la constitution d’une identité commune. Aussi, le Canada, avec ses 41 millions d’habitants, est l’un des pays les moins densément peuplés avec ses 9, 98 millions de km2, deuxième plus grand pays du monde.
La bêtise sud-africaine actuelle provient plutôt de l’ignorance que d’une quelconque enquête fouillée. Et pourtant, Mandela disait que l’« éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ».
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