Le Sénégal aime les inaugurations, les plans, les stratégies, les ateliers, les séminaires et les discours. En revanche, nous avons beaucoup plus de mal avec la prévention. Chez nous, on préfère souvent réparer que prévoir. Pourtant, face au changement climatique, cette logique est devenue un luxe que le pays ne peut plus se permettre. Selon le Global Center on Adaptation (Gca), plus de 70 % des Sénégalais dépendent d’une agriculture essentiellement alimentée par les pluies, tandis que 60 % des terres arables sont déjà dégradées. Cette dégradation représente un coût économique estimé à près de 9 % du Produit intérieur brut (Pib). Autrement dit, le changement climatique n’est plus une menace future ; il ponctionne déjà notre économie. Et le scénario pourrait être encore plus lourd. Pour le Gca, sans adaptation, les pertes économiques pourraient atteindre 4 % du Pib dès 2030. La question n’est donc plus de savoir si le climat freinera notre développement. Elle est de savoir combien nous sommes prêts à payer pour notre imprévoyance. À chaque hivernage, les mêmes scènes : quartiers sous les eaux, routes coupées, familles sinistrées, cultures détruites. À chaque saison sèche, les mêmes scénarii : feux de brousse, mêmes pâturages qui disparaissent, mêmes éleveurs qui cherchent où faire paître leur bétail. La catastrophe est devenue une habitude. Et une société qui s’habitue aux catastrophes finit par ne plus voir ses propres erreurs. Les inondations illustrent ce paradoxe. Dans la région de Dakar, elles frappent chaque année des centaines de milliers de personnes. Urbanisation anarchique, drainage insuffisant, occupation de zones à risque… À qui la faute ? Lorsqu’on autorise 1 398 parcelles dans des zones non aedificandi à Dakar en 2024, construit-on une ville ou fabrique-t-on les sinistrés de demain ? L’émotion ne peut pas remplacer l’anticipation. Les secours ne doivent pas devenir la conséquence d’autorisations administratives hasardeuses.
Le Sénégal est lui-même un paradoxe climatique. Près de 67 % de sa population et 90 % de son appareil industriel sont concentrés sur un littoral de plus en plus vulnérable. Pourtant, selon le rapport d’évaluation du budget 2026, seuls 19,6 % des investissements publics intègrent réellement les enjeux climatiques. Nous savons où sont les risques, mais continuons-nous à investir comme s’ils n’existaient pas ?
Certes, le ministère de l’Environnement dispose, cette année, de 117,18 milliards de FCfa. C’est un signal fort. On augmente les moyens consacrés au climat, mais une grande partie de l’investissement public continue encore d’être pensée comme si le climat était une variable secondaire. De plus, le changement climatique ne relève pas uniquement du ministère de l’Environnement. Il concerne l’Agriculture, les Infrastructures, l’Habitat, la Santé, les Collectivités territoriales, les Finances… Donc, il faudra un élan unitaire pour contrer l’avancée ravageuse des conséquences du dérèglement climatique.
Chaque investissement dans un secteur devrait désormais répondre à une question simple : résistera-t-il au climat de demain ? Prévenir coûte toujours moins cher que réparer. Le véritable défi n’est plus de convaincre que le changement climatique existe. Il est de faire en sorte que chaque franc investi aujourd’hui évite d’en dépenser dix demain.
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