«Tu passes ton temps à nous parler du passé ! » Combien de fois ai-je entendu cette remarque, parfois teintée d’ironie ou de plaisanterie, parfois formulée de manière frontale, sans ambages. La quintessence du propos reste la même : le passé, c’est le passé. Laissons-le mourir de sa belle mort et fonçons vers l’avenir en nous appuyant sur le présent. Voilà, en filigrane, le sens des critiques qui me sont adressées. Ont-ils raison ?D’abord, Hérodote (v. 484 – v. 425 av. J.-C.), surnommé le « père de l’Histoire », est le premier à avoir conçu le récit du passé non comme un simple mythe, mais comme une enquête rationnelle. Son ambition était de consigner les exploits des hommes et d’expliquer les causes des grands conflits. Déjà, dans cette démarche tournée vers le passé, c’était bien l’avenir qui était en ligne de mire.
Sous nos cieux africains, où l’oralité régnait dans les royaumes sans être synonyme d’absence d’histoire, la mémoire collective constituait un véritable socle de transmission. Dans The Dream, Youssou Ndour donne à cette idée une résonance particulière : « Dëmb moo tax ñuy naan tey » (« Si nous pouvons parler aujourd’hui, c’est grâce à hier », pourrait-on traduire). Une manière pour l’auteur de l’album « History », sorti en 2019, de rappeler que le présent est toujours l’héritier du passé.
Cette thématique… que dis-je, cette vérité est demeurée immuable à travers les millénaires, les siècles, les décennies, les années, les mois, les semaines, les jours, les heures, les minutes, les secondes, voire les tierces. Restons-en aux semaines. Au cours des sept derniers jours, les développements de l’actualité politique, économique et même sportive nous invitent à replonger dans le passé. Qu’il s’agisse des bisbilles au sommet de l’exécutif, de la fameuse dette cachée désormais « révélée » ou du fiasco de l’équipe nationale sénégalaise lors du Mondial 2026, les échos d’hier ressurgissent avec force.
Concentrons-nous toutefois sur le sujet qui devrait susciter le moins de polémiques… quoique. Les suites de cette débâcle sportive rappellent inévitablement l’après-Caire 1986, lorsque le linge sale du football sénégalais fut lavé en public devant des millions de téléspectateurs de l’ancienne Orts, lors d’une émission diffusée en prime time quelques jours seulement après l’élimination des Lions à la Coupe d’Afrique des nations organisée en Égypte. L’un des principaux « accusés », Jules-François Bocandé, avait alors dû intervenir par téléphone depuis la France pour défendre son honneur face à des intervenants qui semblaient prendre un malin plaisir à le vouer aux gémonies.
À l’écoute de la conférence de presse de la Fédération sénégalaise de football, tenue le lundi 13 juillet, on aurait presque cru assister à un retour en arrière de quarante ans. Il n’aurait manqué qu’une intervention en visioconférence de Pape Thiaw ou du docteur… pardon, du « gynécologue » Fédior, pour parachever ce saisissant effet de miroir. Le passé éclaire le présent. Ce n’est plus une hypothèse, mais une évidence.
« Retour aux origines », cette chronique n’a pas d’autre ambition que de lire le présent à la lumière du passé. C’est un passé recomposé au temps du présent pour mieux éclairer l’avenir. Car, loin d’être une simple nostalgie, la mémoire est une boussole. Elle nous aide à comprendre les événements d’aujourd’hui et, peut-être, à mieux anticiper ceux de demain.
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