Le parkia biglobosa (« néré » ou « nété ») et le moringa oleifera (« nébéday » ou « saapsaap » en w), sont les deux parrains de la 43e édition de la Journée nationale de l’arbre. Le choix de ces deux espèces ligneuses rappelle que la préservation du patrimoine forestier est indissociable de la sécurité alimentaire et sanitaire.
Parkia biglobosa ou « néré » sont des noms qui ne signifient pas grand-chose aux yeux de Samba Ndiaye. Par contre, « nété » ou « woul », le marchand ambulant connaît très bien. « C’est un arbre qui pousse, de façon naturelle, dans les zones semi-arides et peut mesurer jusqu’à 25 mètres de haut avec des fruits jaunes contenus dans des gousses. Une fois la pulpe jaunâtre consommée ou transformée, la graine peut servir à produire le « nététou », très prisé par les femmes en cuisine », explique le jeune Saloum-Saloum (habitant de la région de Kaolack). Le « nété » ou « néré » (parkia biglobosia) et le « nébéday » ou « saapsaap » en wolof (moringa oleifera), très connu des Sénégalais, sont les deux arbres parrains de la 43e édition de la Journée nationale de l’arbre. Elle sera célébrée, ce dimanche 9 août, à Darou Salam, dans le département de Nioro du Rip (Kaolack), sur le thème : « Des plants aux arbres : la responsabilité aux communautés ».
Pour le Dr Mamadou Diop, sociologue-environnementaliste spécialisé en gestion des forêts, le choix de ces deux espèces est particulièrement pertinent. Cependant, il a tenu à préciser que la bonne appellation du parkia biglobosa est « nété » en mandingue et « woul » en wolof. Selon l’enseignant-chercheur, ces deux espèces, bien que très différentes, sont des piliers de l’écosystème, surtout la première, et de l’économie rurale au Sénégal en raison de leurs multiples bienfaits. Il souligne que « le parkia biglobosa est un arbre emblématique des parcs agroforestiers, volontairement conservé dans les champs pour ses nombreux services ». « Il est bien adapté aux zones semi-arides et subhumides d’Afrique de l’Ouest, un élément clé des systèmes de production agricole, notamment en Basse-Casamance », explique l’enseignant-chercheur à l’Institut des sciences de l’environnement (Ise). Le parkia, poursuit-il, reste une des espèces privilégiées, dont la présence est remarquable aussi bien dans les forêts secondaires que dans les parcelles cultivées. « Ce privilège qui remonte à plusieurs générations semble être un choix délibéré. Il est motivé par l’intérêt pour ses multiples usages, lesquels profitent grandement aux populations locales. Des racines jusqu’aux feuilles, le « nété » arrive à satisfaire des besoins », soutient M. Diop.
Sur le plan alimentaire, le spécialiste renseigne que « la pulpe du parkia est très appréciée (boisson rafraichissante) et ses graines fermentées et moulues permettent d’obtenir un condiment traditionnel : le « nététou », très prisé par les Sénégalais, car donnant un goût particulier aux plats comme les sauces et le riz ».
Le moringa, « l’arbre vie »
Ses fruits (gousses), indique-t-il, sont une ressource économique importante pour les populations rurales, en particulier pour les femmes qui les commercialisent. Le parkia joue également un rôle important dans la pharmacopée traditionnelle. « L’espèce est utilisée notamment contre la conjonctivite, les brûlures de la peau et la fièvre jaune (feuille), ainsi que contre la dysenterie et les vers intestinaux (écorce). En agroforesterie, à l’instar de faidherbia albida (« kadd » en wolof), il fixe l’azote atmosphérique comme beaucoup de légumineuses ; ce qui fertilise naturellement les sols des champs où il est présent. D’ailleurs, c’est l’une des raisons de sa présence remarquée en zone de terroir », fait savoir le Dr Mamadou Diop. Malgré son importance, la dynamique des peuplements de parkia biglobosa subit une régression due à l’effet combiné de plusieurs facteurs, en particulier la surexploitation des fruits, les feux de brousse, la perturbation de la régénération naturelle, les faibles pluviométries et la dégradation des sols. « Toutefois, pour conserver durablement le parkia biglobosa au Sénégal, la stratégie doit reposer sur une approche intégrée combinant protection in situ, conservation ex-situ et implication communautaire », préconise l’universitaire. Sur le terrain, précise-t-il, il s’agit de préserver les arbres adultes dans les parcs agroforestiers en sensibilisant les agriculteurs à leur maintien, de protéger la régénération naturelle contre le pâturage et les feux de brousse et de renforcer la gestion des aires protégées qui servent de réservoirs génétiques. Parallèlement, renchérit M. Diop, la collecte et le stockage de semences dans des banques locales sont essentiels pour sauvegarder la diversité génétique.
Arbre réputé
« Enfin, la viabilité de ces efforts repose sur la valorisation économique des produits (« nététou », pulpe, usages médicinaux) et sur des programmes d’éducation et de sensibilisation, afin que les communautés rurales deviennent les actrices principales de la gestion durable de cette ressource précieuse », suggère le sociologue-environnementaliste. Concernant le moringa oleifera, surnommé « l’arbre de vie » ou « never die » en anglais, devenu « nébéday » en wolof, d’après plusieurs études, c’est une plante originaire des contreforts de l’Himalaya, mais qui pousse aujourd’hui dans de nombreuses régions du monde, surtout en Afrique. « C’est un arbre réputé pour sa résistance exceptionnelle et sa valeur nutritionnelle hors du commun. Il pousse dans des conditions difficiles, résistant à la sécheresse et s’adaptant à des sols pauvres. Ceci fait que l’espèce est présente presque partout au Sénégal, même en milieu urbain où elle fait partie de la flore présente dans les maisons », explique Dr Mamadou Diop. Le moringa oleifera est utilisé presque partout à travers le monde, et ce, dans plusieurs domaines : santé, nutrition, cosmétique, agriculture. « Au Sénégal, ses feuilles et ses fleurs vont dans l’alimentation humaine, en milieu rural comme en milieu urbain, où de nombreuses familles les consomment sous forme d’une sauce accompagnant le couscous (« cere mbum »). Les feuilles du « nébéday » sont aussi un fourrage de choix pour le bétail, surtout dans l’alimentation des petits ruminants (caprins et ovins) dans les zones arides et semi-arides du pays. Grâce à l’usage répandu du mixeur, une boisson à base de feuilles moringa oleifera s’invite désormais jusque dans les recoins les plus reculés du pays », mentionne le Dr Mamadou Diop. Pour Souleymane Niane, un praticien de la médecine traditionnelle, le moringa peut soigner beaucoup de maladies. « Si les Sénégalais savaient tous les bienfaits de cette plante, ils allaient s’y intéresser davantage », dit-il. Des propos corroborés par le Dr Diop. À en croire l’enseignant-chercheur, en médecine traditionnelle, les populations locales utilisent plusieurs produits de l’espèce contre le paludisme, l’hypertension artérielle, le diabète, les maladies liées aux affections digestives et la sinusite. « En médecine moderne, des produits de moringa oleifera (poudre, huile, sirop) sont de plus en plus visibles sur les rayons des pharmacies », constate-t-il. Pour le Dr Diop, face au déclin du « nété » et à l’essor du moringa, la responsabilité des communautés, thème de cette journée, est plus que jamais engagée. « En effet, un arbre planté aujourd’hui est un héritage pour les générations futures. À nous tous, citoyens, de faire en sorte que ces plants deviennent des arbres durables pour le renforcement de la résilience de nos écosystèmes forestiers », invite le spécialiste en gestion des forêts.
Par Ndiol Maka SECK

