Le conflit opposant la coalition israélo-américaine à l’Iran est au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux. Selon plusieurs analystes, le choix des États-Unis de mener une opération de changement de régime en Iran vise à faire basculer l’entité perse et ses immenses réserves énergétiques dans le camp occidental. Un moyen pour les États-Unis de mettre la pression sur la Chine, principale cliente du pétrole iranien, et de freiner la volonté chinoise d’aller vers une dédollarisation du commerce international
L’attaque israélo-américaine contre l’Iran dans le cadre de l’opération « Epic Fury » apparaît comme un moyen de préserver l’hégémonie américaine dans le domaine économique et géopolitique au Moyen-Orient. En effet, cette attaque a débuté dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 février avec des frappes de missiles « Tomahawk » et des missiles de croisière contre les principaux centres névralgiques en Iran (centre de commandements, radars, bases de gardiens de la Révolution entre autres) et les leaders iraniens.
Une situation qui a abouti à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei et de plusieurs autres hauts responsables tués à la suite d’une frappe ciblée manifestement sur la base de renseignements pertinents. Cette volonté américaine de provoquer un « régime change » en Iran est motivée par la volonté de préserver la place du pétrodollar dans les échanges commerciaux. En effet, depuis le durcissement des sanctions contre l’Iran par l’administration Trump en 2018 qui avait décidé de l’accord sur le nucléaire iranien, la République islamique a pris l’option d’aller vers une dédollarisation de son économie. En effet, dans le cadre d’un accord commercial avec la Chine, l’Iran qui est le sixième producteur mondial (4,6 millions) de barils peut désormais vendre son pétrole en « Yuans » se passant ainsi du dollar.
Une démarche encouragée par la Chine dans le cadre des accords de l’organisation des Brics qui promeuvent un commerce international basé sur les monnaies de chaque partenaire. Des accords de swap (entente conclue en vue de procéder à un échange de devises) entre les banques centrales viendront régler les différences des taux d’intérêt.
Offensive pour le pétrodollar
Une situation qui, à terme, pourrait remettre l’hégémonie du dollar dans le commerce international. Dans la cadre d’un accord avec les pays de l’Opep (organisation des pays exportateurs de pétrole) en 1974, les États-Unis ont pu imposer le dollar comme monnaie de référence pour les transactions énergétiques donnant ainsi naissance aux pétrodollars. De ce fait, toutes les banques centrales ont été obligées de faire du dollar leur monnaie de réserve pour le commerce international garantissant ainsi la prééminence du billet vert dans le commerce mondial. Ce « privilège impérial » du dollar est fortement contesté par l’émergence de la Chine et des Brics qui veulent mettre fin à cette suprématie du dollar dans les transactions internationales.
Face à cette volonté de remise en cause de l’hégémonie américaine, les États-Unis ont multiplié les opérations « coup de poing » contre les pays réfractaires à l’usage du dollar. Ainsi, après l’enlèvement du Président Nicolas Maduro et l’initiative américaine de reprendre en main la production pétrolière au Venezuela allié de la Chine, cette opération miliaire en Iran vise aussi à prendre possession de possibles réserves iraniennes. L’empire du Milieu consomme près de 14 millions de barils par jour et la Chine absorbe plus de 80 % à 95 % des exportations de brut de l’Iran en 2025-2026, malgré les sanctions américaines. L’installation d’un régime pro-américain à Téhéran et le retour des majors occidentaux en Iran pourrait permettre à Washington de disposer de moyens de pression sur Pékin dans le cadre de prochaines négociations sur les tarifs commerciaux. Le basculement de l’Iran vers un pouvoir pro-occidental priverait Pékin d’un approvisionnement pétrolier bon marché et pourrait porter un coup d’arrêt à sa volonté d’oeuvrer vers une dédollarisation progressive de l’économie mondiale. Les restrictions chinoises dans l’exportation des terres rares et des minéraux critiques chinoises ont donné à Xi Jinping un moyen de pression efficace contre les États-Unis dans la guerre des tarifs douaniers engagée par le locataire de la Maison blanche.
Par Mamadou Makhfouse NGOM

