La scène politique sénégalaise regorge parfois de symboles qui passent presque inaperçus. Pourtant, certains faits finissent par dessiner une tendance. La nomination de Yankhoba Diémé au poste de ministre des Forces armées, intervenue le 1er juin 2026 dans le gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, en est une parfaite illustration. Au-delà du changement d’équipe gouvernementale, cette nomination révèle une particularité devenue presque une tradition. Depuis l’alternance politique de l’an 2000, le ministère des Forces armées semble entretenir une relation singulière avec la Casamance. Avec l’arrivée de Yankhoba Diémé à la tête de ce département stratégique, le sud du Sénégal place, pour la quatrième fois, l’un de ses fils à ce poste stratégique. Une continuité qui renforce la place de la Casamance dans les plus hautes sphères de l’État. Originaire de Massara, dans la commune de Djibidione, arrondissement de Sindian, département de Bignona, Yankhoba Diémé n’est plus un novice de l’appareil gouvernemental.
Né le 12 août 1979, il a occupé plusieurs responsabilités ministérielles depuis l’accession au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye. D’abord ministre des Transports terrestres et aériens, puis ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens, il a également dirigé le ministère du Travail, de l’Emploi et des Relations avec les institutions dans le premier gouvernement d’Ousmane Sonko. Son arrivée au ministère des Forces armées constitue une étape particulière dans son parcours. Non seulement parce qu’il prend les commandes d’un département régalien parmi les plus sensibles de l’État, mais aussi parce qu’il s’inscrit dans une lignée de responsables casamançais qui, depuis plus de deux décennies, ont marqué l’histoire de cette institution. Yankhoba, 26 ans après Youba Le premier à ouvrir cette voie est Youba Sambou. Né en 1944 à Mlomp, dans le département de Bignona, il devient en 2000 le premier Casamançais à accéder au ministère des Forces armées. Nous sommes alors au lendemain de l’alternance historique qui porte Abdoulaye Wade au pouvoir.
Dans le gouvernement dirigé par Moustapha Niasse, Youba Sambou est choisi pour remplacer le socialiste Cheikh Hamidou Kane Mathiara. Cette nomination est loin d’être anodine. Elle intervient dans un contexte où la question casamançaise demeure au cœur des préoccupations nationales. Le choix d’un fils du Sud à la tête du département chargé de la défense est alors perçu par de nombreux observateurs comme un signal politique fort. Reconduit dans ses fonctions en mai 2001, Youba Sambou restera à ce poste jusqu’en octobre 2002. Toutefois, son passage à la tête du ministère sera marqué par l’une des plus grandes tragédies de l’histoire du Sénégal : le naufrage du bateau Le Joola, dans la nuit du 26 septembre 2002. Cette catastrophe maritime, qui coûta la vie à plus de 1.800 personnes, entraînera, quelques jours plus tard, la démission de la Première ministre Mame Madior Boye ainsi que celle du ministre des Forces armées. Pour lui succéder, le Président Abdoulaye Wade porte une nouvelle fois son choix sur un homme du Sud.
Bécaye Diop, un record de longévité
Bécaye Diop, originaire de Kolda, prend les rênes du département. Figure influente du Parti démocratique sénégalais (Pds) et proche du Chef de l’État, il s’impose rapidement comme l’un des ministres ayant exercé le plus longtemps à ce poste.
De 2002 à 2009, Bécaye Diop dirige les Forces armées sénégalaises. À son départ en 2009, la dynamique se poursuit.
Un troisième Casamançais lui succède : Abdoulaye Baldé. Originaire de Ziguinchor et cadre influent du Pds à l’époque, il est nommé ministre d’État, ministre des Forces armées. Bien que son passage soit relativement court, entre 2009 et 2010, il confirme néanmoins une tendance qui s’installe durablement. Trois ministres successifs issus du Sud auront dirigé le département des Forces armées en moins d’une décennie. Seize ans plus tard, l’histoire se répète avec la nomination de Yankhoba Diémé. Son arrivée réactive ce lien particulier entre la Casamance et l’un des ministères les plus stratégiques du pays. Avec Youba Sambou, Bécaye Diop, Abdoulaye Baldé et désormais Yankhoba Diémé, le ministère des Forces armées compte ainsi quatre ministres originaires du Sud depuis l’an 2000. Une statistique qui, à elle seule, raconte une partie de l’évolution politique du Sénégal et de l’intégration progressive de la Casamance dans les centres de décision du pays.
Par Gaustin DIATTA (Correspondant)

