Bien que le Sénégal se trouve à la périphérie du Sahel, il est essentiel de renforcer son rôle central de médiateur dans la région.
Le rôle de Dakar dans le Sahel se trouve à un tournant décisif. La crise sécuritaire dans cette région ne cesse de s’aggraver. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger continue d’entraver les efforts de coopération régionale cruciaux de la Cédéao, dont ils faisaient autrefois partie, et dont le Sénégal prendra la présidence de la Commission en 2026.
Il n’est donc pas surprenant que les populations confrontées au conflit contre le terrorisme, ainsi que les experts, perdent espoir. Pourtant, la tenue du Forum international de Dakar, les 20 et 21 avril, a offert une plateforme rare de dialogue sur la sécurité et la paix à l’échelle internationale.
Deux messages principaux ont été portés tout au long de l’événement. Le premier est l’importance du respect des souverainetés, sous toutes leurs formes, des pays d’Afrique de l’Ouest par les acteurs régionaux et internationaux. Le second est la nécessité d’une approche régionale face à une crise essentiellement transfrontalière. « C’est là notre paradoxe, constate Joao Cravinho, représentant spécial de l’Union européenne pour la région du Sahel : l’exercice même des pouvoirs souverains nous oblige à partager cette souveraineté. »
La fragilité de cet équilibre est bien connue en Afrique de l’Ouest, à l’image de la rupture des États de l’AES avec la Cédéao. Cependant, M. Cravinho nous rappelle qu’en dépit de cette fragmentation, il s’agit d’une décision souveraine qui « doit être respectée », à l’instar du « Brexit ».
Cependant, la question de la souveraineté au Sahel doit être envisagée comme un processus fluide plutôt que comme une idéologie figée. Elle se complexifie en raison des conflits politiques, des innovations technologiques et des réalités géopolitiques, qui bouleversent des relations établies auparavant. Dans certains cas, il faut repartir de zéro.
Cela est une frustration dont le général Gaye, ancien chef d’état-major des armées du Sénégal, est bien conscient. Il a toutefois souligné que c’est grâce à la « volonté et à la vigilance » que le Sénégal parvient « jusqu’à présent à vivre ensemble », une réalité qu’il décrit comme « une des plus grandes réussites du pays ».
Cette expérience de la diversité et de la tolérance acquise au niveau national permet au Sénégal d’être bien armé pour faire face aux complications régionales. Il salue les « excellentes relations bilatérales » de son pays avec les membres de l’ AES, une « synergie sans laquelle il n’y aura pas de solutions durables ». Selon lui, des évènements comme le Forum International de Dakar sont des « laboratoires d’idées », dans lesquels des solutions peuvent être conceptualisées. Cependant, la conférence « ne peut pas dépasser ce rôle ». Cela est un point départ, pas une finalité.
C’est pourquoi la prochaine prise de fonction du Sénégal à la présidence de la Commission de la Cédéao offre une grande opportunité. Cela doit permettre de renforcer une coopération régionale durable, qui s’avère cruciale pour l’avenir de la région. Ses relations bilatérales avec les pays de l’AES, combinées à des approches multilatérales telles que le Forum, seront d’un appui important.
Seulement un effort collectif et inclusif permettra au Sahel de trouver un équilibre entre des conceptions de la souveraineté et de la coopération. Si Dakar saisit cette opportunité, le Sénégal pourrait confirmer son rôle de médiateur, dont la région a grandement besoin.
Par Felix Kind (stagiaire)


