Médaillé de la dignité par la Ville de Thiès, Mayoro Fall incarne une vie de service et d’engagement, entre rigueur administrative et solidarité de proximité. À 102 ans, l’inspecteur principal du Trésor à la retraite garde intacte une mémoire exceptionnelle et un sens aigu du devoir, qui ont marqué durablement Thiès et bien au-delà.
Entouré de ses deux épouses, de ses enfants, petits-enfants et proches, Mayoro Fall reçoit une équipe du «Soleil», en cette matinée du 13 mars, dans sa maison du quartier Grand Standing. Drapé d’une écharpe aux couleurs nationales, il affiche une sérénité empreinte de dignité. Dans ses mains, un exemplaire du Coran. Dans sa voix, une émotion intacte. « Je rends grâce à Dieu, cette longévité n’est pas donnée à tout le monde », confie-t-il, avec humilité.
Sa mémoire, elle, impressionne. D’une précision rare, elle lui permet de se souvenir encore du numéro d’enregistrement de son acte de naissance, le 153, comme pour attester, avec humour, qu’il n’a jamais « retaillé » son âge. « Mon secret ? Je n’ai jamais fumé ou bu de l’alcool », glisse-t-il simplement.
Mémoire d’Etat
Petit-fils de Momar Fall Nahwou, moukhadame d’El Hadji Malick Sy, Mayoro Fall débute très tôt l’apprentissage du Coran, dès 1930. Quatre ans plus tard, il intègre l’école régionale de Thiès, avant de poursuivre des cours du soir au lycée Lamine Guèye. Animé par une soif d’apprendre constante, il suit des études de droit par correspondance (1953-1955), puis obtient, entre 1961 et 1963, le diplôme de l’Institut d’études administratives de l’Université de Dakar. Ce parcours le conduit à l’École nationale des services du Trésor de Paris, où il se forme avant d’effectuer un stage au Trésor public du Loiret, à Orléans.
Sa carrière débute pourtant bien plus tôt, en 1943, comme agent au service des statistiques de la Régie des chemins de fer du Sénégal. Major au concours de secrétariat d’administration de l’Aof, il gravira progressivement les échelons de l’administration. De retour au Sénégal en 1965, il est nommé inspecteur adjoint du Trésor à Diourbel, avant d’occuper successivement les fonctions de percepteur à Dagana et à Kaffrine, puis de payeur régional à Tambacounda, Thiès et Diourbel. Il prend sa retraite en 1982, après près de quatre décennies de service public.
Mais c’est à Thiès que son empreinte se fait la plus visible. Installé à Grand Standing, alors dépourvu d’eau et d’électricité, le centenaire fait partie des pionniers du quartier. Par son engagement et son sens du collectif, il encourage l’installation de nombreuses familles et contribue à structurer cet espace urbain naissant.
L’empreinte indélébile d’un centenaire
Homme de foi et de solidarité, l’inspecteur du Trésor à la retraite participe à la construction de la grande mosquée du quartier et soutient activement les ménages vulnérables. Conscient des défis liés à la croissance démographique, il plaide pour la création d’infrastructures éducatives.
Son action contribue à l’ouverture de l’école élémentaire Route de Dakar 2, aujourd’hui érigée en Cem.
Respecté pour sa probité, Mayoro Fall est porté à la tête de l’Association des habitants de Grand Standing et de la communauté musulmane. Toujours engagé, il facilite, avec l’appui d’acteurs économiques locaux, la construction du poste de santé du quartier, renforçant ainsi l’accès aux soins pour les populations.
Lucide et engagé, le patriarche adresse un message aux jeunes générations. « Je conseille aux jeunes fonctionnaires de se donner à fond pour servir la Nation, mais aussi leurs communautés », lance-t-il. Avant d’ajouter, reconnaissant : « Ma famille, notamment mes épouses, mes filles et mes fils, m’a beaucoup appuyé ».
Par Salla GUEYE

