À l’occasion de la célébration des 30 ans de relations diplomatiques (1996-2026) entre le Sénégal et l’Azerbaïdjan, l’ambassadeur Nazim Samadov dresse, dans cet entretien, le bilan d’une coopération jugée solide. Il esquisse les perspectives d’un partenariat appelé à se renforcer, notamment dans les domaines économique, énergétique et culturel.
Le Sénégal et l’Azerbaïdjan célèbrent cette année 30 ans de relations diplomatiques. Quel bilan tirez-vous de ces trois décennies de coopération entre les deux pays ?
Le Sénégal et l’Azerbaïdjan célèbrent cette année le 30 ᵉ anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques, une étape symbolique qui nous invite à dresser un bilan à la fois lucide et optimiste de notre coopération.
Tout d’abord, je tiens à souligner que, depuis l’établissement de nos relations diplomatiques en 1996, nos deux pays ont su construire un dialogue politique empreint de respect mutuel, de confiance et de solidarité. Malgré la distance géographique, le Sénégal et l’Azerbaïdjan partagent des valeurs importantes : l’attachement au droit international, au multilatéralisme, à la souveraineté des États et à la coopération Sud-Sud.
Au cours de ces trois décennies, nous avons progressivement renforcé nos échanges politiques à travers des contacts réguliers entre responsables gouvernementaux et une coopération active au sein des organisations internationales. Nos deux pays se soutiennent mutuellement dans différentes instances multilatérales, ce qui reflète la qualité de notre partenariat et la convergence de nos positions sur de nombreuses questions internationales.
Sur le plan institutionnel, quelques accords de coopération ont été signés, jetant les bases d’une collaboration dans des domaines variés tels que la douane, le soutien du service public et les médias.
L’Azerbaïdjan accorde également une grande importance au développement des relations humaines et culturelles avec le Sénégal. Les échanges académiques, la participation d’étudiants sénégalais à des programmes éducatifs en Azerbaïdjan, ainsi que les initiatives culturelles contribuent à mieux faire connaître nos sociétés respectives et à rapprocher nos peuples.
Par ailleurs, l’Azerbaïdjan, en tant que pays engagé dans le dialogue interculturel et la coopération internationale, souhaite renforcer davantage sa présence et sa coopération avec les pays africains, dont le Sénégal, qui joue un rôle clé en Afrique de l’Ouest et sur la scène diplomatique africaine.
Je considère que nous avons posé des bases solides pour un partenariat durable. La prochaine étape consiste à transformer davantage cette relation politique de qualité en projets concrets, notamment dans les domaines économiques, éducatifs et technologiques.
Quels sont les principaux secteurs dans lesquels la coopération entre le Sénégal et l’Azerbaïdjan peut être renforcée ?
Dans la continuité de ce qui a été accompli au cours des trois dernières décennies, je pense que la prochaine étape de la relation entre le Sénégal et l’Azerbaïdjan doit être marquée par un approfondissement de la coopération dans plusieurs secteurs stratégiques.
Tout d’abord, l’économie et le commerce constituent un domaine prioritaire. Nos deux pays disposent d’économies dynamiques et complémentaires. Le Sénégal représente une porte d’entrée importante vers l’Afrique de l’Ouest, tandis que l’Azerbaïdjan occupe une position stratégique entre l’Europe et l’Asie. Cette complémentarité peut favoriser le développement des échanges commerciaux, mais aussi des partenariats entre entreprises, notamment dans les domaines de l’agro-industrie, de la transformation alimentaire et des infrastructures.
L’agriculture et la sécurité alimentaire représentent un autre secteur prometteur. Les deux pays peuvent échanger leurs expériences en matière d’irrigation, de technologies agricoles, de transformation des produits et de gestion durable des ressources.
Nous voyons également un potentiel important dans les domaines de l’éducation et de la formation. Le tourisme et la culture constituent des secteurs qui méritent d’être davantage développés. Le Sénégal et l’Azerbaïdjan possèdent tous deux un riche patrimoine historique et culturel.
Enfin, la coopération dans les organisations internationales et dans les enceintes multilatérales reste un pilier important de notre partenariat. Nos deux pays peuvent continuer à coordonner leurs positions et à soutenir des initiatives visant à promouvoir le dialogue interculturel, le développement durable et la paix.
Les perspectives de coopération entre le Sénégal et l’Azerbaïdjan sont nombreuses et prometteuses. Notre objectif est de transformer ce potentiel en projets concrets et en partenariats durables qui bénéficieront à nos deux peuples et contribueront au développement de nos économies.
Le Sénégal explore le secteur des hydrocarbures, domaine dans lequel l’Azerbaïdjan possède une longue expérience. Quelles opportunités concrètes voyez-vous pour un partage de savoir-faire et d’expertise ?
Le développement du secteur des hydrocarbures au Sénégal ouvre des perspectives très intéressantes de coopération avec l’Azerbaïdjan, un pays qui possède plus d’un siècle d’expérience dans l’industrie pétrolière et gazière. Cette expérience ne concerne pas seulement l’exploration et la production, mais aussi la gestion des ressources, la formation des spécialistes, les infrastructures énergétiques et le transport des hydrocarbures.
Dans ce contexte, l’un des domaines les plus prometteurs est le partage d’expertise technique et institutionnelle. L’Azerbaïdjan peut contribuer à travers des programmes de formation, des échanges d’experts et la coopération entre institutions spécialisées afin d’accompagner le développement des capacités nationales dans le secteur énergétique sénégalais.
Il existe également des opportunités de coopération entre entreprises. La compagnie nationale azerbaïdjanaise, Socar, possède une vaste expérience internationale dans l’exploration, la production et les services pétroliers. Le développement de partenariats entre entreprises pourrait permettre d’explorer des projets communs, notamment dans les services techniques, la gestion des infrastructures et la formation professionnelle.
Nous voyons un potentiel réel pour une coopération mutuellement bénéfique. Le partage de savoir-faire, la formation des ressources humaines et les partenariats entre institutions et entreprises pourraient constituer des bases solides pour accompagner le développement du secteur énergétique sénégalais dans les années à venir.
Vous avez récemment souligné l’importance des médias pour mieux faire connaître l’Azerbaïdjan au Sénégal. Quelles initiatives comptez-vous mettre en place pour atteindre cet objectif ?
Les médias jouent un rôle fondamental dans le rapprochement entre les peuples et dans une meilleure compréhension mutuelle entre les pays. Dans ce contexte, nous attachons une grande importance au développement de la coopération avec les médias sénégalais afin de faire mieux connaître l’Azerbaïdjan, son histoire, sa culture, ainsi que ses réalisations économiques et technologiques.
Parmi les initiatives que nous envisageons, l’une des plus importantes consiste à organiser des visites de journalistes sénégalais en Azerbaïdjan. Ces voyages de presse permettront aux professionnels des médias de découvrir directement la réalité du pays, de rencontrer des responsables, des experts et des représentants de la société civile, et de mieux comprendre les transformations que connaît l’Azerbaïdjan aujourd’hui. L’expérience montre que le contact direct avec le pays constitue le moyen le plus efficace de transmettre une image objective et complète.
Par ailleurs, nous sommes ouverts au développement de partenariats entre institutions médiatiques des deux pays, qu’il s’agisse d’échanges d’expériences, de programmes de formation ou de coopération entre agences de presse et plateformes médiatiques.
Dakar et Bakou sont liées par un jumelage depuis 1970. Comment la diplomatie des villes et la coopération culturelle peuvent-elles contribuer à rapprocher nos peuples ?
Le jumelage entre Dakar et Bakou, établi en 1970, constitue un symbole fort de l’amitié qui unit nos deux peuples bien avant même l’établissement officiel des relations diplomatiques entre le Sénégal et l’Azerbaïdjan. Cette relation entre nos capitales montre que la diplomatie ne se limite pas uniquement aux relations entre États, mais qu’elle peut également se développer au niveau des villes, des institutions culturelles et des sociétés civiles.
Dans cet esprit, j’ai effectué en février dernier une visite à Dakar au cours de laquelle j’ai eu le plaisir de rencontrer le maire de la Ville, M. Abass Fall. Cet échange a été très constructif et nous a permis d’évoquer les perspectives de relance et de dynamisation du jumelage entre nos deux capitales. À cette occasion, le maire de Dakar a également été invité à participer au World Urban Forum 13, qui se tiendra en mai prochain à Bakou. Nous espérons que cet événement international offrira une nouvelle opportunité de renforcer les contacts et d’ouvrir une nouvelle phase de coopération entre nos villes.
Ce jumelage se reflète également dans l’espace urbain de nos capitales. À Bakou existe une Place de Dakar, tandis qu’à Dakar se trouve une Place de Bakou. Ces symboles visibles de notre amitié témoignent de la volonté de nos villes de perpétuer et de valoriser les liens historiques qui les unissent.
Le partenariat entre Dakar et Bakou pourrait être davantage dynamisé à travers des programmes d’échanges entre responsables municipaux, urbanistes, architectes et spécialistes du développement urbain.
Entretien réalisé par
Aliou Ngamby NDIAYE


