L’avortement médicalisé n’est pas abordé dans les textes islamiques comme une question réduite à un simple « permis » ou « interdit ». L’imam Moussé Fall, coordonnateur du Réseau Islam et population (Rip), revient sur les textes qui décrivent la formation de l’être humain avant de s’arrêter sur les différentes étapes de la grossesse et les divergences des écoles juridiques musulmanes.
Selon Imam Moussé Fall, coordonnateur du Réseau Islam et population (Rip), le Coran, « les hadiths » et le droit musulman se croisent autour d’une question centrale : à quel moment le fœtus acquiert-il un statut qui rend son interruption particulièrement grave ? Pour lui, le point de départ est dans le Coran. Le texte décrit plusieurs étapes de la création de l’être humain, notamment la « nutfah », la « alaqah » et la « mudghah ». « Le Coran nous montre que la création de l’être humain se fait par étapes », explique-t-il. Ces étapes constituent l’un des fondements sur lesquels les juristes musulmans ont construit leur réflexion sur le statut du fœtus. Imam Moussé Fall intervenait, le 18 août 2026, lors de l’atelier sur l’avortement médicalisé organisé par l’Association des journalistes en santé, population et développement (Ajspd), en collaboration avec Marie stops internationale Reproductive choices Sénégal. A l’occasion, il a partagé l’argumentaire islamique sur l’avortement médicalisé. Moussé Fall renvoie également aux enseignements du Prophète.
Un « hadith » rapporté, d’après Ibn Mas‘ud, décrit trois périodes successives de 40 jours. « Il y a trois étapes de 40 jours avant l’intervention de l’ange et l’insufflation de l’âme », rappelle-t-il. C’est de cette lecture que vient le fameux seuil des 120 jours, qui occupe une place importante dans la jurisprudence islamique relative à l’avortement. « Mais, 120 jours ne signifient pas que tout serait permis avant cette échéance. L’Islam est contre l’avortement sans contrainte », résume l’imam. L’interruption volontaire d’une grossesse parce qu’elle n’est simplement pas souhaitée ne bénéficie donc pas, dans son argumentaire, d’une autorisation générale. « C’est lorsque la contrainte apparaît que le raisonnement change », a-t-il soutenu. Le religieux cite singulièrement le viol, l’inceste et la menace pour la vie de la mère. « Lorsqu’il y a une contrainte grave, il faut regarder les circonstances et les principes de la jurisprudence islamique », a-t-il avancé.

Avant 120 jours, certaines autorités religieuses considèrent ainsi qu’une interruption peut être envisagée dans des situations exceptionnelles, surtout lorsqu’il existe un préjudice grave. Au Sénégal, où le malikisme est largement dominant, la position est généralement plus restrictive. « Certains juristes malikites considèrent que la protection de la grossesse intervient très tôt, c’est-à-dire dès la fécondation. Le seuil des 120 jours ne constitue pas, dans cette école, une autorisation automatique d’avorter avant cette date », a affirmé l’imam Fall. Les hanafites ont historiquement admis des positions plus ouvertes durant les premiers temps de la grossesse avec, là encore, des conditions et des divergences entre juristes. « Chez les chaféites et les hanbalites, les avis sont également multiples. Certains juristes prennent en compte le stade de développement du fœtus, le délai écoulé et la raison invoquée. Il faut faire la différence entre les écoles et ne pas dire que tous les musulmans ont exactement la même position », a-t-il souligné.
Cette diversité est essentielle pour comprendre le débat. « L’Islam dispose de textes de référence communs, mais leur interprétation juridique a produit des positions différentes », a affirmé Moussé Fall. Pour lui, cette nuance est fondamentale. « On ne peut pas parler de l’avortement en Islam sans parler des circonstances », a résumé l’imam. Le viol, l’inceste ou le danger vital ne peuvent être placés sur le même plan qu’une interruption décidée sans contrainte.
Amadou KÉBÉ


