Avec près de 2.400 consultations et 3.500 ordonnances délivrées gratuitement en 13 jours, l’hôpital militaire de campagne déployé à Mbane connaît une affluence record. Dans cette zone historiquement oubliée par la carte sanitaire, l’intervention des équipes médicales des forces armées sonne comme un immense soulagement pour les populations, mais révèle surtout l’urgence de doter la commune d’un accès permanent aux soins.
DAGANA – Sous un ciel dégagé, la tribune en béton du stade municipal de Mbane est noire de monde. Des centaines de personnes, principalement des femmes en boubous colorés et des enfants, occupent les gradins. Assises ou debout, elles attendent leur tour dans la discipline. À première vue, on pourrait croire qu’un grand match de football va bientôt débuter, tant l’affluence est impressionnante. Pourtant, il n’en est rien. Il s’agit des consultations de l’hôpital militaire de campagne, fruit d’une initiative conjointe du ministère des Forces armées et de celui de la Santé et de l’Hygiène publique. Le terrain, transformé en un vaste centre médical de fortune, baigne dans une chaleur sèche et poussiéreuse. À gauche, une longue rangée de tentes militaires beiges s’étire sous le soleil, délimitée par des cordons rouges. Une grande bâche verte abrite le point d’enregistrement où les patients attendent leur tour. L’ambiance est à la fois calme et profondément humaine : murmures, pleurs d’enfants, conversations à voix basse et regards empreints de patience.
Des femmes vêtues de bleu, de vert vif ou de blanc immaculé traversent lentement l’esplanade ocre, tandis que d’autres restent assises sur les gradins, protégeant leurs enfants du soleil ardent. On sent une résignation sereine mêlée à une solidarité silencieuse. Dans cette poussière et cette organisation militaire, c’est surtout l’espoir d’un meilleur accès aux soins qui domine. Pour les habitants de Mbane et des villages environnants, cette présence médicale représente bien plus qu’une simple opération ponctuelle. Elle constitue une véritable bouffée d’oxygène dans une zone historiquement mal desservie. Elhadj Pape Maguette Wade, habitant de Mbane, ne cache pas son émotion. « Nous rendons grâce à Dieu, car cet hôpital militaire de campagne est d’une grande utilité. Les équipes nous accueillent avec beaucoup d’attention et les patients viennent de partout pour se faire consulter. Hier, je suis venu pour un problème de tension artérielle. Aujourd’hui, j’accompagne des membres de ma famille », confie-t-il. M. Wade exprime la satisfaction des populations. « Nous saluons l’implantation de cet hôpital de campagne.
Notre commune n’a jamais eu de médecin. Cette opportunité nous procure une immense joie. » Il souhaite cependant que le centre de santé local soit doté de personnel soignant qualifié. « Si seulement nous avions un centre de santé digne de ce nom, avec un médecin et une sage-femme, ce serait déjà un progrès. Vous avez vu vous-mêmes cette foule. Elle montre à quel point nous avons besoin d’une structure de santé permanente. À chaque fois que quelqu’un tombe malade, il faut l’évacuer vers Richard-Toll, Louga ou Saint-Louis », explique notre interlocuteur. Originaire du village de Ndimba, dans la commune de Keur Momar Sarr, Mbeugué Gaye partage le même sentiment de reconnaissance. « Je souffrais de douleurs corporelles et j’ai eu l’occasion de profiter de cette opportunité unique. J’apprécie la bienveillance des équipes et surtout la gratuité des médicaments. Je salue cette initiative », affirme-t-elle. Ces témoignages illustrent l’importance de cette action. Dans une région où l’accès aux soins relève souvent du parcours du combattant, l’hôpital militaire de campagne apporte non seulement des consultations, mais aussi une écoute, une organisation rigoureuse et des médicaments gratuits qui soulagent des familles entières. Le médecin-colonel Ibrahima Sall, chef de mission du déploiement à Mbane pour ce mois de juin 2026, explique le cadre de cette initiative.
Soulagement « Pour parler du concept, le ministère des Forces armées et celui de la Santé et de l’Hygiène publique ont signé une convention. Elle répond à un besoin et à un constat : certaines zones du pays sont insuffisamment desservies par les structures sanitaires. Cela apparaît clairement sur la carte sanitaire », dit-il. Le médecin précise qu’il s’agit du troisième déploiement après Médina Yoro Foulah et Goudomp. L’objectif est d’apporter une médecine spécialisée de niveau 2 dans les zones reculées. L’hôpital de campagne propose de la médecine générale, des consultations spécialisées (cardiologie, Orl, urologie), de la chirurgie, de la gynécologie-obstétrique, un laboratoire, un service d’odontostomatologie ainsi qu’une pharmacie qui offre gratuitement les médicaments. L’organisation est bien rodée. Les consultations sont assurées quasiment tous les jours, sauf le dimanche où seules les urgences sont prises en charge. Il y a aussi une répartition des patients par zone afin de fluidifier l’affluence. ;
Les inscriptions se font le matin avant l’orientation vers les différents services. Après 13 jours d’activité effective (le déploiement ayant commencé le 2 juin et les consultations le 6 juin 2026), les résultats sont éloquents. « En moyenne, nous consultons environ 250 patients par jour. En 13 jours, nous avons réalisé près de 2.400 consultations en médecine générale, accueilli plus de 500 patients en odontostomatologie, effectué plus de 1.400 actes de soins dentaires, réalisé plus de 1.600 examens de laboratoire et délivré gratuitement 3.500 ordonnances », détaille le colonel Sall. Les pathologies les plus fréquentes reflètent les réalités sanitaires de la zone : diabète, hypertension artérielle, arthrose, rhumatismes et maladies cardiovasculaires, notamment chez les personnes âgées. En gynécologie-obstétrique, l’activité est tout aussi soutenue. Une sage-femme assure en moyenne le suivi prénatal de 25 femmes par jour. Aussi, six naissances ont déjà eu lieu sur place. L’équipe chirurgicale a également réalisé plusieurs interventions importantes : la prise en charge d’un garçon de six ans victime de noyade, l’opération de goitres volumineux devenus très handicapants ainsi qu’une césarienne pratiquée en urgence dans la nuit pour une souffrance fœtale.
Le médecin-commandant Maguette Ndoye, qui dirige le laboratoire et la pharmacie, corrobore ces observations. Médicaments gratuits « Nous sommes ici pour faciliter l’accès aux soins. En plus des consultations et des analyses biologiques, nous mettons gratuitement des médicaments à la disposition des populations. Depuis le début de la mission, nous avons délivré 3.500 ordonnances. Les maladies chroniques restent les plus fréquentes, auxquelles s’ajoutent les infections », liste-t-il. M. Ndoye insiste sur la nécessité de renforcer durablement l’offre de soins. « Il faut renforcer les structures sanitaires, afin que les populations puissent se faire consulter sans effectuer de longs déplacements, notamment en cas d’urgence. Cette zone mérite d’être dotée d’un établissement capable d’accueillir les patients et de leur offrir des soins de qualité.
L’activité de cet hôpital de campagne constitue un véritable baromètre des besoins sanitaires de cette localité », soutient-il. Le médecin-colonel Ibrahima Sall révèle que, dès la première semaine, l’ampleur de la demande a conduit les autorités à prolonger le déploiement. Initialement prévue pour un mois, la mission se poursuivra au-delà de la date fixée. Ce constat, partagé par les autorités militaires, les équipes soignantes et les populations, résonne comme un appel : Mbane et les villages environnants ont un besoin urgent d’une offre de soins permanente.
Tidiane SOW (Correspondant)

