Pour mieux comprendre la maladie hémorroïdaire, ses formes, son impact sur la qualité de vie et les options thérapeutiques disponibles, nous avons interrogé le chirurgien Ousmane Thiam. Fort de son expérience clinique et de ses connaissances issues de la littérature médicale, il revient en détail sur les symptômes, l’évaluation des grades, les mesures préventives, les traitements médicamenteux et les indications chirurgicales. Cette interview éclaire, sans tabou, les patients confrontés à cette affection souvent douloureuse et répétitive.
Quand les hémorroïdes deviennent symptomatiques et que les crises se répètent, quelles peuvent être les conséquences sur la vie du patient ?
Les hémorroïdes, lorsqu’elles deviennent symptomatiques, notamment au stade de maladie hémorroïdaire, et quand elles se manifestent par des crises répétées, rapprochées, d’intensité variable et parfois croissante, peuvent altérer profondément la qualité de vie du malade.
La douleur est une perception nociceptive qui varie d’un individu à l’autre et peut être très difficile à supporter selon les personnes. Cette souffrance finit souvent par peser sur le quotidien. Elle peut avoir des répercussions sur le plan psychologique, professionnel, mais aussi relationnel et amoureux.
Avec le temps, ces crises répétées peuvent perturber la vie sociale et les interactions quotidiennes ; ce qui montre à quel point la maladie hémorroïdaire peut dépasser le simple cadre d’une douleur locale.
Avant de parler du traitement, comment évalue-t-on la gravité d’une maladie hémorroïdaire ?
Avant d’envisager le traitement, il est essentiel d’évaluer la gravité de la maladie hémorroïdaire. Lorsqu’un patient consulte pour des symptômes qui évoquent cette pathologie, comme des douleurs ou des saignements, il est souvent nécessaire de réaliser une anuscopie ou une rectoscopie.
Il s’agit d’un examen complémentaire qui consiste à introduire par l’anus un instrument permettant d’observer l’intérieur du canal anal. Cet examen permet de visualiser les hémorroïdes et surtout de les classer en 4 grades : le grade 1, le grade 2, le grade 3 et le grade 4.
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Cette classification est importante, car elle permet d’orienter la prise en charge. Le traitement médicamenteux peut être indiqué pour tous les grades, mais pour les grades 3 et 4, il s’agit souvent d’un traitement d’attente parce que la chirurgie ou d’autres techniques thérapeutiques peuvent être nécessaires.
Lors d’une crise hémorroïdaire, quelles sont les options pour soulager rapidement la douleur et que conseillez-vous aux patients ?
Pour soulager rapidement la douleur lors d’une crise hémorroïdaire, plusieurs moyens peuvent être utilisés. Il y a d’abord les mesures hygiéno-diététiques qui jouent un rôle important dans la prise en charge, notamment pour améliorer le transit et réduire les facteurs aggravants.
En parallèle, certains médicaments peuvent aider à diminuer la douleur et l’inflammation. On peut citer notamment les anti-inflammatoires et les veinotoniques qui agissent sur la circulation veineuse. Cependant, ces médicaments doivent être prescrits par un médecin spécialiste et ne doivent pas être pris en automédication.
En cas de crise, il est préférable de consulter un médecin, un chirurgien ou un gastro-entérologue qui pourra examiner le patient, apprécier le tableau clinique, poser le diagnostic et prescrire le traitement le plus adapté.
Une fois l’examen réalisé, comment se fait la classification des hémorroïdes et quels traitements correspondent aux différents grades ?
Après la réalisation de l’anuscopie ou de l’endoscopie, le médecin peut déterminer le grade de la maladie lorsqu’il s’agit d’hémorroïdes internes. Celles-ci sont classées en quatre grades.
Les grades 1 et 2 correspondent généralement aux formes les moins avancées et sont le plus souvent traités par un traitement médical associé à des mesures hygiéno-diététiques. Lorsque la maladie évolue vers les grades 3 et 4, la situation peut nécessiter d’autres types de traitements.
Dans ces cas, la chirurgie peut être envisagée pour traiter les hémorroïdes. Il existe d’autres techniques thérapeutiques, notamment instrumentales ou radiologiques, qui peuvent être utilisées dans certaines situations. Par exemple, pour les grades 2 très symptomatiques et même pour certains grades 3.
Beaucoup de personnes parlent de traitements naturels ou alternatifs contre les hémorroïdes. Que peut-on en dire, aujourd’hui, d’un point de vue médical ?
La question des traitements naturels ou alternatifs revient souvent dans les discussions autour de la maladie hémorroïdaire. Beaucoup de patients évoquent l’utilisation de plantes ou de remèdes traditionnels.
En tant que médecins, nous connaissons surtout les traitements médicamenteux, pharmaceutiques, chirurgicaux ou instrumentaux qui reposent sur des bases scientifiques et des études médicales.
En ce qui concerne les traitements alternatifs, nous disposons encore de peu de connaissances et de peu d’études scientifiques solides permettant d’évaluer leur efficacité de manière rigoureuse. Pour cette raison, il est difficile de donner une réponse claire ou de recommander ces méthodes dans la prise en charge médicale de la maladie hémorroïdaire.
Quelles mesures peuvent permettre d’espacer les crises d’hémorroïdes et d’améliorer l’état des patients ?
Il s’agit de l’exercice physique, de la lutte contre la sédentarité, de la prévention de la constipation et de la prise correcte du traitement qui peuvent réellement permettre d’espacer les crises, au point que certains patients ont même l’impression d’être guéris.
Ces mesures hygiéno-diététiques, associées au traitement médicamenteux, peuvent être très efficaces chez certains malades et contribuer à réduire la fréquence des crises.
Quelles sont concrètement les mesures hygiéno-diététiques et les traitements recommandés pour soulager les patients et éviter les récidives ?
Pour soulager le malade et éviter les récidives, le traitement est généralement multimodal. Il faut agir sur la sédentarité en encourageant l’activité physique, boire beaucoup d’eau, consommer davantage de fruits, notamment du jus d’orange, et limiter certains aliments comme les pâtes ou le pain, qui peuvent favoriser la constipation.
À cela s’ajoute un traitement médicamenteux reposant sur les veinotoniques, mais aussi sur les antalgiques, les anti-inflammatoires et les régulateurs du transit afin d’éviter la constipation. L’objectif est d’améliorer la circulation veineuse et de prévenir les complications.
Dans quels cas l’opération des hémorroïdes devient-elle nécessaire ?
L’opération des hémorroïdes, c’est-à-dire l’intervention chirurgicale, est indiquée surtout dans les hémorroïdes de grade 3 et de grade 4. Elle peut également être envisagée dans certains cas de grade 2, notamment en cas d’échec du traitement médical ou lorsque les patients présentent des saignements importants pouvant altérer la qualité de vie, voire menacer le pronostic vital.
Dans ces situations, certains malades de stade 2 peuvent aussi devenir des candidats à la chirurgie.
Quelles sont les principales techniques chirurgicales utilisées pour traiter les hémorroïdes ?
Il existe plusieurs moyens thérapeutiques. Pour ce qui est de la chirurgie, différentes techniques peuvent être utilisées. Il y a notamment la méthode de Longo, mais la technique la plus utilisée reste celle de Milligan-Morgan.
Elle consiste à réséquer les paquets hémorroïdaires. En général, on enlève trois paquets hémorroïdaires tout en laissant, entre les zones de résection, des ponts de tissus sains et de muqueuse. Cette technique est très efficace, mais elle peut entraîner une douleur post-opératoire assez intense ainsi qu’une constipation, surtout pendant les premiers jours d’hospitalisation. Malgré cela, elle reste l’une des méthodes les plus efficaces pour traiter la maladie hémorroïdaire.
Il existe également d’autres méthodes, comme la technique de Ferguson où l’on résèque les hémorroïdes tout en refermant les plaies opératoires. Il y a aussi la technique de Longo qui repose sur une résection circulaire. On peut également citer la méthode Hal-Rar qui utilise une sonde écho-Doppler pour réaliser une ligature sélective des pédicules artériels. Il existe, enfin, d’autres techniques de pexie.
Ces différentes méthodes sont choisies en fonction du stade de la maladie et de l’intensité des symptômes. La principale différence entre ces techniques réside souvent dans l’importance de la douleur post-opératoire, qui peut être plus marquée dans l’hémorroïdectomie selon Milligan-Morgan, même si cette méthode reste très efficace.
Quelles sont les complications possibles après une chirurgie des hémorroïdes ?
Comme toute intervention chirurgicale, la chirurgie hémorroïdaire peut comporter des risques. Parmi les complications possibles, on peut citer les saignements au niveau de l’anus, notamment des plaies opératoires.
Il existe également un risque sphinctérien, autrement dit une atteinte du sphincter qui permet de retenir les selles et les gaz. Toutefois, ce risque reste très faible et généralement bien maîtrisé par les chirurgiens.
Une autre complication possible est la sténose anale. Lorsque plusieurs paquets hémorroïdaires sont réséqués, il peut arriver que, lors de la cicatrisation, les ponts de tissus fusionnent. L’anus devient alors rétréci et c’est ce que l’on appelle la sténose anale.
Par Amadou KÉBÉ

