« La première étape du diagnostic de la pathologie hémorroïdaire consiste à identifier les signes visibles chez le patient, tels que la douleur, la tuméfaction externe de l’anus ou le suintement. Vient ensuite l’examen interne réalisé avec le patient en position genu-pectorale, à genoux, les coudes sur la table d’examen, le dos creusé et la joue reposant sur les avant-bras ou sur la table, et la région anale éclairée par un projecteur », nous renseigne Djibril Diallo dans son enquête réalisée au Cesti sur la maladie hémorroïdaire.
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L’étape suivante est le toucher anal, puis l’anuscopie. Cet examen est essentiel pour détecter les hémorroïdes internes, déterminer leur stade évolutif et identifier les manifestations inflammatoires associées. L’anuscope est introduit avec douceur dans le canal anal, l’embout maintenu par la paume des mains. Lorsqu’il est retiré, les parois du canal anal apparaissent clairement.
Selon le chirurgien Ousmane Thiam, ce moment est souvent psychologiquement éprouvant pour le patient. D’autres examens peuvent compléter le diagnostic. La rectoscopie, par exemple, consiste à introduire un tube rigide de 15 à 25 cm dans le rectum. La fibroscopie rectosigmoïdienne utilise un tube souple, facile à manier, qui permet de réaliser rapidement de multiples photographies et de constituer un document iconographique.
Une prévalence non encore cernée
Selon plusieurs sources médicales, il demeure difficile d’évaluer avec précision la fréquence de la maladie hémorroïdaire dans la population mondiale.
Une étude intitulée « La pathologie anale à Dakar : analyse de 2061 examens proctologiques », menée au Chu Aristide Le Dantec, apporte des éléments d’éclairage. Les chercheurs ont analysé rétrospectivement les comptes rendus d’anorectoscopies —un examen qui consiste à introduire un rectoscope dans l’anus afin d’observer le canal anal et le rectum— réalisés entre janvier 2002 et décembre 2006.
Les résultats montrent que les affections anales à Dakar concernent le plus souvent des sujets relativement jeunes, majoritairement de sexe masculin. Parmi les patients ayant consulté, les hémorroïdes représentaient de loin la lésion la plus fréquente, retrouvée chez 93 % des personnes examinées.
L’âge moyen des patients souffrant de maladie hémorroïdaire était de 41 ans. Dans cette population, les hémorroïdes internes constituaient 77 % des cas, contre 23 % pour les hémorroïdes externes. Les formes les moins avancées, les grades 1 et 2, représentaient 77,6 % des cas, tandis que les formes plus sévères, classées grades 3 et 4, comptaient pour 22,4 %.
Sur le plan anatomique, les hémorroïdes sont présentes chez la grande majorité des individus. Certains spécialistes estiment qu’environ 80 % des adultes possèdent ces formations vasculaires. Toutefois, leur présence ne signifie pas nécessairement qu’une personne est malade.
Comme l’explique le Dr Ousmane Thiam, elles peuvent rester totalement silencieuses pendant longtemps. Beaucoup de personnes vivent ainsi avec des hémorroïdes sans ressentir le moindre symptôme et leur découverte se fait parfois de manière fortuite lors d’un examen médical. On parle véritablement de maladie hémorroïdaire uniquement lorsque ces structures deviennent symptomatiques, provoquant des douleurs, des saignements ou d’autres troubles au niveau de la région anale.
Le site spécialisé « Ooreka Santé » souligne que les études disponibles donnent des résultats extrêmement variables, allant de 5 % à 85 % de la population. Malgré ces écarts, une tendance générale se dégage : les hémorroïdes sont très fréquentes et concerneraient environ une personne sur deux après l’âge de 50 ans. Toutefois, les premières crises peuvent apparaître bien plus tôt, parfois avant 30 ans, et leur fréquence tend à augmenter progressivement avec l’âge. Le pic de survenue est généralement observé entre 45 et 65 ans.
La plateforme médicale « Swiss Medical Forum » explique que la prévalence exacte de cette affection reste difficile à établir pour plusieurs raisons. D’une part, de nombreux patients hésitent encore à consulter un médecin lorsqu’ils présentent des troubles dans la région anale ; ce qui entraîne une sous-déclaration des cas. D’autre part, certaines manifestations, comme les saignements ou les gonflements au niveau de l’anus, sont souvent attribuées à tort aux hémorroïdes, alors qu’elles peuvent avoir d’autres causes.
Enfin, la simple présence d’hémorroïdes ne signifie pas forcément qu’une personne souffre de la maladie, car elles peuvent rester totalement asymptomatiques pendant longtemps. Selon les différentes études, la prévalence au cours de la vie se situerait ainsi entre 40 % et 70 %.
Contrairement à une idée répandue, les hémorroïdes ne sont pas uniquement liées au vieillissement. Elles peuvent apparaître à tout âge, y compris chez les enfants, et touchent aussi bien les hommes que les femmes. Néanmoins, la tranche d’âge la plus concernée reste celle comprise entre 45 et 65 ans.
En Afrique, les données disponibles proviennent surtout des recherches consacrées aux pathologies proctologiques, c’est-à-dire aux maladies de l’anus et du rectum.
A.KEBE

