L’hydrocéphalie demeure l’une des pathologies neurologiques les plus fréquentes chez l’enfant, mais aussi l’une des plus méconnues. Dans cet entretien, le neurochirurgien Mouhamed Faye revient sur les signes d’alerte, les causes de la maladie, les différentes options thérapeutiques et les conséquences d’une prise en charge tardive.
Qu’est-ce que l’hydrocéphalie ?
L’hydrocéphalie est une affection neurologique qui se caractérise par une accumulation anormale du liquide céphalo-rachidien (Lcr) dans les ventricules du cerveau. Ce liquide, qui circule normalement autour du cerveau et de la moelle épinière pour les protéger et les nourrir, ne s’écoule plus correctement ou est produit en excès. Son accumulation provoque une dilatation des ventricules et une augmentation de la pression à l’intérieur du crâne ; ce qui peut comprimer et endommager les tissus cérébraux.
Cette maladie peut être présente dès la naissance (hydrocéphalie congénitale) ou apparaître plus tard, à la suite d’une infection, d’une hémorragie, d’une tumeur ou d’un traumatisme. Chez les nourrissons, elle se manifeste souvent par une augmentation anormale du volume de la tête, tandis que chez les enfants et les adultes, elle peut entraîner des maux de tête, des troubles de la vision, des difficultés motrices ou des troubles cognitifs.
Quels sont les signes ou symptômes qui doivent alerter les parents ?
Chez le nourrisson, l’hydrocéphalie se manifeste souvent par une macrocânie, c’est-à-dire une augmentation anormale du volume de la tête liée à l’accumulation excessive de liquide céphalo-rachidien dans le cerveau. Les parents peuvent également observer une fontanelle bombée et tendue, des pleurs incessants, une irritabilité inhabituelle, des vomissements répétés, une somnolence excessive ainsi qu’un refus de téter ou des difficultés à s’alimenter.
Dans certains cas, l’enfant présente le « signe du soleil couchant », caractérisé par une déviation du regard vers le bas.
À mesure qu’il grandit, l’enfant peut développer des retards dans les acquisitions motrices, des troubles de l’équilibre, des difficultés d’apprentissage ou des maux de tête. Ces signes doivent conduire à une consultation médicale rapide afin de permettre un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée.
Quelles sont les causes de cette maladie ?
L’hydrocéphalie peut avoir plusieurs causes. Chez l’enfant, elle est souvent congénitale, c’est-à-dire présente dès la naissance. Elle peut résulter d’une malformation du système nerveux, comme une obstruction des voies de circulation du liquide céphalo-rachidien, empêchant son écoulement normal. Certaines anomalies génétiques peuvent également être en cause.
L’hydrocéphalie peut aussi être acquise après la naissance. Elle peut survenir à la suite d’une infection du système nerveux central, telle qu’une méningite, d’une hémorragie cérébrale, particulièrement chez les prématurés, ou encore à cause d’une tumeur cérébrale qui bloque la circulation du liquide. Des traumatismes crâniens ou certaines complications survenues pendant la grossesse ou l’accouchement peuvent également favoriser son apparition.
Quelle que soit son origine, l’hydrocéphalie résulte généralement d’un déséquilibre entre la production, la circulation et l’absorption du liquide céphalo-rachidien, entraînant son accumulation dans les ventricules du cerveau.
Existe-t-il des traitements ?
Le traitement de l’hydrocéphalie est essentiellement chirurgical et vise à évacuer l’excès de liquide céphalo-rachidien accumulé dans le cerveau.
La technique la plus courante est la dérivation ventriculo-péritonéale, qui consiste à implanter un système de cathéters et une valve permettant de drainer le liquide du cerveau vers l’abdomen où il sera absorbé naturellement par l’organisme.
Une autre approche est la chirurgie endoscopique, appelée ventriculo-cisternostomie endoscopique du troisième ventricule. À l’aide d’un endoscope muni d’une caméra, le neurochirurgien crée une petite ouverture qui permet au liquide de contourner l’obstacle responsable de son accumulation et de reprendre une circulation plus normale.
Le choix entre ces deux techniques dépend de la cause de l’hydrocéphalie, de l’âge de l’enfant et de sa situation clinique. Dans tous les cas, un suivi médical régulier est nécessaire pour surveiller l’évolution de l’enfant et le bon fonctionnement du traitement.
Si l’enfant est trop tôt diagnostiqué, l’hydrocéphalie n’est pas une fatalité.
Propos recueillis par Amadou KÉBÉ


