Le 17 avril 1963, un laboratoire pas comme un autre voit le jour à Dakar, au sein de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire Cheikh Anta Diop (IFAN). Il s’agit du laboratoire de datation au radiocarbone, une innovation majeure pour l’époque.
À l’origine de cette avancée, deux figures de la science, le professeur Cheikh Anta Diop, historien et penseur majeur, et le professeur Théodore Monod, explorateur et spécialiste du Sahara. Ensemble, ils contribuent à doter l’Afrique de l’Ouest d’un outil scientifique capable de dater les vestiges archéologiques avec précision.
Mais de quoi parle-t-on exactement lorsqu’on évoque le radiocarbone ? Le radiocarbone, ou carbone 14 (C14), est un isotope naturel du carbone présent dans tous les organismes vivants. Tant qu’un être vivant est en vie, il échange du carbone avec son environnement. À sa mort, cet échange s’arrête, et le carbone 14 commence à se désintégrer progressivement à un rythme connu. En mesurant la quantité restante de C14 dans un objet organique (os, bois, tissus, charbon), les scientifiques peuvent estimer son âge.
Son utilité est décisive, il permet de dater des vestiges archéologiques et historiques avec une grande précision, jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’années. Cela a profondément transformé la recherche en archéologie, en histoire ancienne et en étude des civilisations, en offrant aux chercheurs un moyen fiable de reconstruire les chronologies du passé.
Avec ce laboratoire, les chercheurs africains ne dépendent plus uniquement des centres étrangers pour analyser leurs propres découvertes. Une nouvelle autonomie scientifique se met progressivement en place, notamment dans l’étude du patrimoine et des civilisations anciennes.
Plus de soixante ans plus tard, cet héritage continue de vivre. Le laboratoire poursuit ses activités au sein de l’IFAN, aujourd’hui placé sous la responsabilité du professeur Maurice Ndeye, confirmant la continuité d’une ambition, faire de la science un levier essentiel de compréhension du passé africain.
Papa Abdoulaye Sy


