De la simple chambre meublée au studio de haut standing en passant par les appartements entièrement équipés, les locations de courte durée connaissent un essor fulgurant à Dakar.
Alimenté par une clientèle en quête d’intimité, de confort ou d’un hébergement temporaire, ce marché s’est progressivement imposé comme un secteur économique à part entière. Propriétaires, courtiers, clients et riverains observent tous, à leur manière, l’expansion d’une activité qui prospère dans les quartiers les plus prisés de la capitale.
À Sacré-Cœur, il suffit de parcourir quelques rues pour tomber sur des panneaux indiquant « Chambres meublées disponibles », « Studio à louer », ou encore « Appartement meublé courte durée ». Sur les réseaux sociaux, les annonces défilent à longueur de journée. Une simple recherche sur Facebook ou dans les groupes WhatsApp spécialisés permet de découvrir des dizaines d’offres disponibles immédiatement. Dans une agence informelle installée dans un petit local à Ouest-Foire, Mamadou (nom d’emprunt), courtier immobilier depuis près de huit ans, ne cache pas l’ampleur du phénomène. « Aujourd’hui, les chambres passe-temps et les studios meublés représentent une bonne partie de nos demandes. Avant, les gens cherchaient surtout des locations mensuelles. Maintenant, beaucoup veulent juste quelques heures, une nuit ou quelques jours », explique-t-il. Selon lui, les demandes augmentent particulièrement les week-ends, les jours fériés et durant les vacances.
« Certains propriétaires gagnent plus avec une semaine de location courte durée qu’avec un mois de location classique. C’est ce qui explique que beaucoup se lancent dans cette activité ». Le marché s’est considérablement diversifié ces dernières années. À Grand-Yoff ou aux Parcelles assainies, certaines chambres meublées sont proposées à partir de 10.000 ou 15.000 FCfa pour quelques heures. Dans les quartiers intermédiaires comme Sacré-Cœur, Liberté 6 ou Nord Foire, les tarifs oscillent généralement entre 20.000 et 30.000 FCfa la nuit. Pour les studios meublés disposant d’une cuisine, d’une connexion internet et d’une climatisation, les prix varient entre 25.000 et 45.000 FCfa.
À Ngor, Virage, Mermoz ou aux Almadies, certains appartements de haut standing sont loués entre 50.000 et 120.000 FCfa la nuit, voire davantage, lorsqu’ils disposent d’une vue sur mer ou d’une piscine. Dans une résidence des Mamelles, Awa Sarr, gestionnaire de plusieurs logements meublés, affirme que la demande reste forte malgré la hausse des prix. « Nous avons pratiquement des réservations toute l’année. Les clients recherchent surtout la propreté, la sécurité et la discrétion. Quand ces critères sont réunis, ils sont prêts à payer plus cher ».
Une offre qui s’adapte à tous les budgets
Contrairement à l’image souvent associée aux chambres passe-temps, la clientèle est loin d’être homogène. À la sortie d’un studio à Cité Keur Gorgui, un jeune cadre rencontré raconte, sous le couvert de l’anonymat, y séjourner régulièrement. « Je travaille parfois tard et j’habite loin. Quand j’ai des réunions tôt le lendemain, il m’arrive de louer un studio plutôt que de faire des allers-retours », confie-t-il. À quelques mètres de là, Fatou (non d’emprunt), membre de la diaspora venue passer quelques semaines au Sénégal, explique avoir abandonné les hôtels. « Dans un appartement meublé, je me sens plus libre. Je peux cuisiner, recevoir ma famille et rester plusieurs jours sans les contraintes d’un hôtel ».
Pour d’autres clients, la motivation est plus simple.
Autrefois spécialisés dans les locations classiques, de nombreux courtiers se sont repositionnés sur le marché de la courte durée. À Nord Foire, un intermédiaire affirme gérer plus de 50 logements répartis dans plusieurs quartiers. « Les propriétaires nous confient les clés. Nous nous chargeons de trouver les clients, de faire visiter les lieux et parfois même du nettoyage après chaque passage ». Pour chaque réservation, les courtiers perçoivent une commission pouvant aller de 5.000 à 25.000 FCfa. C’est selon le montant de la location. « Certaines journées, je peux recevoir plus de 20 appels. Les demandes sont permanentes », assure-t-il. Pour les propriétaires, les chiffres sont souvent convaincants.
Dans un immeuble de quatre studios à Ouest Foire, le propriétaire estime ses recettes mensuelles à près de deux millions de FCfa lorsque le taux d’occupation est élevé. « Bien sûr, il y a les charges : le ménage, l’électricité et les réparations. Mais, cela reste plus rentable qu’une location classique », explique-t-il.
Les courtiers, nouveaux acteurs du secteur
Cette rentabilité pousse certains investisseurs à acheter ou aménager des logements spécifiquement destinés à la location de courte durée. La discrétion est devenue un véritable argument commercial. Certaines résidences proposent des entrées indépendantes, un enregistrement rapide et des paiements par transfert mobile. Les réservations se font souvent par téléphone ou WhatsApp, sans formalités complexes. Cette concurrence pousse également les gestionnaires à améliorer leurs prestations. Jacuzzi, télévision connectée, cuisine équipée, climatisation, connexion internet haut débit ou service de ménage figurent désormais parmi les équipements les plus recherchés.
Par Amadou KÉBÉ

