Fidèle à la vision du fondateur du mouridisme, le Khalife général, Serigne Mountakha Mbacké, a donné le coup d’envoi des travaux de rénovation de la Grande Mosquée de Touba, le 19 mars 2026. Ce chantier d’embellissement perpétue une tradition historique : sous chaque magistère, les successeurs de Serigne Touba ont activement contribué à étendre et embellir le lieu de culte.
Véritable cœur spirituel de la cité religieuse, la Grande Mosquée de Touba incarne la réalisation d’une vision prophétique. Dès 1888 (1306 H.), année de la fondation de la ville, Cheikh Ahmadou Bamba en avait lui-même déblayé l’emplacement. Alors que le site n’était encore qu’une étendue sauvage, le fondateur du mouridisme contemplait déjà par la foi l’édifice majestueux qui s’y dresserait.
Unique sanctuaire dont il a formellement ordonné la construction, le projet prit concrètement forme durant sa résidence surveillée à Diourbel. C’est là que le Cheikh posa les premiers jalons de l’œuvre : démarches administratives auprès de l’autorité coloniale, sensibilisation des fidèles et lancement de la collecte de fonds.
À une époque où nul ne pouvait imaginer l’émergence d’un tel monument, Khadimou Rassoul consacrait déjà ses futurs bâtisseurs dans son ode célèbre : Matlabul Fawzayni (« La quête du bonheur des deux mondes »).
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Dans ce poème, il implorait la grâce divine : « Absous les volontaires qui ont bâti l’Édifice si élevé de ma demeure, la Cité Bénite de Touba, de leurs péchés du passé et de l’avenir ; absous tous ceux qui avaient la charge de l’ordonnance des travaux… Absous également tous ceux qui leur sont venus en aide dans cet Édifice qui, par Ta Gloire, s’est érigé – ô combien majestueux – de leurs péchés premiers et derniers ».
Conscient du destin sacré de ce chantier, Serigne Touba confiait simultanément à ses disciples : « Si vous l’entreprenez, Dieu en sera pour autant glorifié ; et en cas de renonciation, Dieu enverrait d’autres êtres pour s’en acquitter, car c’est une œuvre déjà agréée par Lui. »
Il ajoutait que quiconque s’y distinguait recevrait les honneurs ici-bas et dans l’au-delà. Cette immense ambition se matérialisa finalement en 1932, avec le lancement officiel des travaux sous l’égide de son fils et premier successeur, Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké.
Le 4 mars 1932, le premier Khalife donnait le premier coup de pioche marquant le début officiel du chantier. Trente et un ans plus tard, en 1963, l’édifice sacré était inauguré sous le deuxième Khalife, Serigne Fallou Mbacké.
Depuis lors, la Grande Mosquée de Touba n’a cessé de se métamorphoser au gré de la vision de ses guides spirituels. C’est vers 1987, sous le khalifat du grand bâtisseur Serigne Abdou Ahad Mbacké (troisième Khalife), que le sanctuaire connaît sa toute première extension afin de faire face à l’afflux grandissant des fidèles.
Outre cet agrandissement, il érige un nouveau mur d’enceinte, illumine l’esplanade et fait rénover le mausolée de Serigne Touba. Plus tard, sous l’égide de Serigne Saliou Mbacké (cinquième Khalife), la mosquée change radicalement de visage en se parant entièrement d’un précieux revêtement de marbre.
À sa suite, Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké – premier petit-fils de Khadimou Rassoul à accéder au khalifat – inscrit de nombreuses réalisations à son bilan : réfection du mur de clôture, finalisation du réseau d’assainissement de la mosquée et de la ville, pavage des abords de l’édifice et installation de luminaires haut de gamme.
Reprenant le flambeau, Serigne Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké (septième Khalife) couronne la structure en faisant ériger deux nouveaux minarets, portant leur nombre à sept, le chiffre hautement symbolique actuel.
C’est précisément cette trajectoire séculaire que perpétue aujourd’hui l’actuel Khalife général, Serigne Mountakha Mbacké. En donnant le coup d’envoi de travaux majeurs de rénovation et d’embellissement le 19 mars 2026, il ouvre une nouvelle ère historique pour le cœur spirituel du mouridisme.
Souleymane Diam SY

