Situé au cœur du Saloum, dans la région de Kaolack, Kembou est un village où tout semble être une urgence. Cette localité rurale, nichée à quelques kilomètres de Keur Madiabel, souffre d’un déficit criant en infrastructures de base et d’un enclavement qui accentue le quotidien de ses habitants.
KAOLACK– À Kembou, le sentiment d’abandon est largement partagé. Routes dégradées, manque d’infrastructures sanitaires, insuffisance des équipements scolaires… Tout ou presque relève de l’urgence. Dès l’entrée du village, le constat saute aux yeux. Les pistes sablonneuses et difficilement praticables compliquent le déplacement des populations, particulièrement pendant l’hivernage. Durant cette période, les habitants éprouvent d’énormes difficultés à rejoindre les centres urbains les plus proches pour se soigner ou écouler leurs productions agricoles.
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« Nous avons l’impression d’être abandonnés. Chaque hivernage est une épreuve. Les véhicules refusent souvent de venir jusqu’ici et nous sommes obligés de parcourir plusieurs kilomètres pour trouver un moyen de transport », déplore Ousmane Diouf, un notable du village. Habité principalement par les Sérères et les Peuls, Kembou doit également faire face à d’importantes difficultés d’accès à l’eau potable, aux soins de santé et à certains services administratifs.
Selon le vieux Diouf, les élèves sont contraints de parcourir de longues distances pour poursuivre leur scolarité dans les localités voisines. « À partir d’un certain niveau d’études, nos enfants sont obligés de quitter le village. C’est pénible pour eux en raison des longues distances, mais aussi pour nous, les parents », explique-t-il. À l’en croire, cette situation favorise l’abandon scolaire et réduit les chances de réussite.
L’accès aux soins, un véritable casse-tête
Les infrastructures existantes souffrent d’un manque d’entretien et de moyens. Les salles de classe sont insuffisantes pour accueillir l’ensemble des apprenants dans des conditions satisfaisantes. Les parents d’élèves réclament la construction de nouvelles salles de classe, l’affectation d’enseignants supplémentaires et l’amélioration des équipements pédagogiques. « Nous voulons simplement offrir un avenir meilleur à nos enfants, mais sans infrastructures adéquates, cela devient très difficile », ajoute Ousmane Diouf.
Sur le plan sanitaire, l’éloignement des structures de santé expose les habitants à des risques importants. En cas d’urgence médicale, les évacuations vers les centres de santé les plus proches se transforment en véritable course contre la montre.
« Pour les consultations ou les urgences, les malades doivent parfois être évacués vers Keur Madiabel ou Kaolack, avec toutes les difficultés liées au transport. La situation est particulièrement pénible pour les femmes enceintes. Les routes sont impraticables et arriver à destination relève souvent du miracle », témoigne Seynabou Faye, une habitante du village. Dans cette localité de la commune de Keur Socé, la construction ou le renforcement des infrastructures sanitaires de proximité apparaît comme une nécessité.
Agriculture, élevage : piliers de la résilience
Une telle mesure permettrait de réduire considérablement les risques liés aux retards de prise en charge. « Nous ne demandons pas des privilèges. Nous voulons simplement avoir accès aux mêmes services que les autres citoyens de ce pays », lance l’imam Salif Bâ, notable respecté de Kembou.
Malgré les nombreuses difficultés, les populations de Kembou font preuve d’une remarquable résilience. Elles s’activent quotidiennement dans l’agriculture et l’élevage, principales activités économiques de la localité. « Nous sommes dans le Saloum, une zone réputée pour la culture de l’arachide. Nous sommes tous des cultivateurs et c’est essentiellement cette activité qui nous permet de tenir », renseigne Ousmane Diouf.
Outre l’arachide, d’autres spéculations, telles que le mil, le niébé et la pastèque, sont cultivées. Quant aux femmes, elles développent de petites exploitations maraîchères destinées à la consommation familiale et à la commercialisation.
« Ces jardins villageois sont d’une importance capitale pour nous. Le peu d’argent que nous tirons de la vente de nos légumes nous permet de faire face aux petites dépenses du foyer », se réjouit Khady Diouf, membre du regroupement des femmes de Kembou. Déterminées à participer activement au développement de leur localité, elles sollicitent davantage d’appuis afin de mieux valoriser leurs productions et d’améliorer ainsi leurs revenus.
Par Mamadou THIAM (Correspondant)

