Une clameur de soulagement a traversé les travées du tribunal de grande instance de Kolda le 17 juin 2026. Bangoura Baldé, chef du village de Bougna Mangal (commune de Dialambéré, département de Kolda), a retrouvé la liberté après une condamnation d’un mois avec sursis. Interpellé, le 12 juin, par la gendarmerie de Dabo, il s’était illustré dans la contestation de l’affectation de terres à un projet de plantation de palmiers à huile.
KOLDA – Une chaleur lourde écrase le béton brut du tribunal de grande instance de Kolda le mercredi 17 juin 2026. Soudain, les imposantes portes en bois de la salle d’audience pivotent. Un cri strident déchire le silence suivi d’une clameur massive. « Il est libre ! » Bangoura Baldé, le chef du village de Bougna Mangal (commune de Dialambéré, département de Kolda), apparaît sur le perron, le visage marqué, mais digne. Interpellé, vendredi 12 juin, par la gendarmerie de Dabo pour avoir mené la fronde contre l’accaparement des terres, l’homme vient d’être condamné à un mois avec sursis. Autour de lui, les accolades sont vigoureuses, les larmes de soulagement coulent, mais sous l’euphorie, la colère gronde encore. Cette libération désamorce la bombe judiciaire, mais la poudrière foncière du Fouladou reste intacte. Derrière cette liesse populaire, le bruit de fond est celui d’une révolte paysanne. Dans cinq communes de la région de Kolda (Dialambéré et Médina Chérif pour le département de Kolda ; Bonconto, Wassadou, Saré Coly Sall pour Vélingara), le vrombissement des engins agricoles n’a pas encore résonné, mais le projet d’implantation massive de palmiers à huile, une initiative de la société agro-industrielle Swami Agri, s’affiche déjà comme un spectre destructeur. Pour les villageois, céder ces terres ancestrales équivaut à un arrêt de mort. Pour les multinationales, la Casamance est le dernier eldorado vert d’un Sénégal au foncier saturé. L’onde de choc de cette arrestation a traversé les frontières. Depuis la France, les vidéos de soutien s’enchaînent sur les réseaux sociaux. Parmi elles, le réquisitoire au vitriol de Yaya Diallo, grande figure socialiste originaire de Sinthiang Koundara (département de Vélingara).
Joint au téléphone au milieu du tumulte de la diaspora parisienne, sa voix, hachée par l’indignation, siffle dans le combiné. « La place de ce chef de village n’est pas en prison, elle est dehors ! Il est inadmissible qu’on jette un notable au cachot simplement parce qu’il dresse un rempart pour protéger l’intérêt de ses populations», dit-il d’emblée. Pour ce cadre politique et ancien point focal de Pastef/Les Patriotes à Paris, le Fouladou est devenu le terrain de chasse de « prédateurs fonciers » ultra-agressifs.
L’écho de la diaspora, le cri du cœur de Yaya Diallo
Et le constat s’accompagne d’une violente charge contre les élites locales, dans un grésillement de colère. « À Wassadou, plus de 1.000 hectares ont été cédés à une seule et unique personne ! C’est une exagération intolérable ! », dénonce-t-il. Pour éteindre l’incendie, la diaspora et les manifestants de Kolda tournent désormais leurs regards vers le sommet de l’État. Yaya Diallo invoque un précédent historique, un symbole fort du nouveau régime, faisant vibrer la corde politique. « J’en appelle à la sagesse du président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Quand ses parents ont été touchés à Ndengueler, il s’est mobilisé », assure M. Diallo. Le Fouladou, poursuit-il, demande aujourd’hui le même traitement. Ce dernier rappelle au gouverneur que cette question ne se réglera pas à coups de verdicts et de matraques, mais avec humanité. Pendant ce temps, un soleil d’hivernage décline sur Kolda. Le chef Bangoura Baldé a repris la route de Bougna Mangal sous les escortes improvisées des motos-taxis. Le calme est revenu au tribunal, mais dans la brousse du Fouladou, le face-à-face entre les populations et le mégaprojet de palmiers à huile ne fait que commencer.
Ibrahima KANDÉ (Correspondant)

