À Kaolack, bat le cœur opérationnel de l’Anida, mais c’est sur la terre rouge du Sud que se joue l’avenir agricole du Sénégal. Face au mirage mortel de l’émigration clandestine, les exploitations familiales de l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole transforment le monde rural et la vie des villages. Voyage au cœur d’une révolution silencieuse qui vise la souveraineté alimentaire à l’horizon 2050.
KOLDA – Le ronronnement d’une pompe solaire se fait entendre, puis l’eau jaillit, limpide. Nous sommes à Kolda. Ici, l’accès à l’eau n’est plus un mirage, mais le moteur d’un changement radical. Sur un hectare, le destin d’une famille bascule. « Avant, l’hivernage condamnait les paysans à ne travailler que trois ou quatre mois par an. Le reste du temps ? Le néant », explique Mamour Guèye, directeur technique de l’Anida.
Depuis Kaolack, véritable tour de contrôle logistique de l’agence, il orchestre le déploiement de ces infrastructures sur l’ensemble du territoire national. Le constat est sans appel : libérer le potentiel agricole exige de briser la saisonnalité.
Le modèle de la ferme familiale « Natangué » tient en une équation simple, mais redoutablement efficace : un quart ou un demi-hectare sécurisé par une clôture grillagée, un réseau d’irrigation goutte à goutte, un système solaire, un point d’eau permanent et un poulailler. Un kit d’autonomie complet.
Le résultat ? Le temps de travail est multiplié par quatre. Les exploitants produisent désormais douze mois sur douze. « En sécurisant l’eau, nous offrons un outil de production permanent à ces familles », martèle Mamour Guèye, le regard brillant de fierté.
Dix ans après le lancement des premières fermes familiales en 2016, le succès est palpable. La terre produit sans relâche, générant une onde de choc économique qui dépasse largement le cadre de la cellule familiale.
Autour de la ferme, c’est tout un village qui s’anime et se reconstruit. Des commerçantes viennent acheter les récoltes pour les revendre sur les marchés locaux. Des jeunes trouvent un emploi lors des semis, de l’entretien ou des récoltes. D’autres se lancent dans la transformation des produits agricoles.
Au-delà des rendements, ces fermes recréent une cohésion sociale et une dynamique communautaire. Cette réussite constitue une arme puissante contre le drame de notre époque : l’émigration clandestine. « Ces fermes représentent une alternative concrète pour les jeunes tentés par la migration irrégulière, une voie souvent synonyme de mort et de pertes inestimables pour notre nation », affirme le directeur technique. En offrant des perspectives économiques sur place, l’Anida contribue à combattre le désespoir.
Cap sur 7.500 fermes à l’horizon 2050
Le défi reste immense. La demande des femmes et des jeunes est forte. Sous l’impulsion du directeur général, Sémou Selbé Diouf, l’Anida passe à la vitesse supérieure. Une nouvelle orientation stratégique a été définie et validée dans le cadre d’un projet d’envergure nationale visant la création de 7.500 fermes familiales «Natangué» supplémentaires. L’État du Sénégal est attendu pour mobiliser les ressources budgétaires nécessaires. L’enjeu est historique : atteindre l’autosuffisance et la souveraineté alimentaires d’ici à 2050. Sur le terrain, la dynamique ne faiblit pas. La région de Kolda compte déjà plus de 100 fermes fonctionnelles. Grâce au soutien du Fonds vert pour le climat, 20 nouvelles exploitations sont en cours d’aménagement dans la région, parallèlement à 20 autres à Ziguinchor, notamment à Niaguiss, où les chantiers avancent à grands pas.
Dans le sud du pays, la reconquête de la souveraineté alimentaire n’est plus un simple slogan politique. C’est une réalité qui se cultive chaque jour, douze mois sur douze.
Mamour Guèye balaie du regard une parcelle verdoyante qui tranche avec l’aridité environnante. Le directeur technique de l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida) ne cache pas sa fierté. Ici, à Kolda, la ferme familiale Natangué n’est plus un concept : c’est une réalité qui transforme des vies. « Nous ne faisons pas que de l’agriculture, nous créons de la dignité et de la cohésion sociale », martèle-t-il, un brin ému. « Grâce à la maîtrise de l’eau, à un forage solaire et à une clôture sécurisée, nous multiplions le temps de travail par quatre », se réjouit-il.
Sur un demi-hectare, une famille peut désormais produire toute l’année. La ferme devient ainsi un véritable pôle de développement. « Nous fournissons un outil de travail clé en main, et non une simple aide », explique le technicien.
Mais l’impact ne s’arrête pas au bénéficiaire. Le village entier en profite. Les riverains s’organisent autour du commerce des produits frais et les jeunes trouvent de l’emploi lors des semis ou des récoltes. C’est la naissance d’une nouvelle économie locale, créatrice de valeur et de cohésion sociale.
Par Ibrahima KANDÉ (Correspondant)

