Le 14 août 1997, Thiès referme un siècle d’histoire religieuse. À 107 ans, El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène s’éteint, laissant derrière lui une œuvre bâtie pierre après pierre depuis l’enfance.
Né vers 1890 à Thiès, il est le fils de Tafsir El Hadji Ahmadou Barro Ndiéguène, arrivé dans la ville en 1885 après vingt années de formation religieuse à Rufisque auprès de Serigne Birane Cissé. C’est dans le quartier de Nginth, devenu depuis Keur Mame El Hadji, que le patriarche installe sa zawiya tidiane et fonde le daara familial. Le jeune Ahmadou Sakhir grandit dans ce sillage, formé à l’exigence d’un Islam rigoureux et à la gestion d’une cité religieuse déjà influente.

À la mort de son père en 1936, il prend le relais et devient le premier khalife de la lignée Ndiéguène. Sous son magistère, l’aura religieuse de Thiès s’étend : il occupe également la fonction de premier imam ratib de la ville, consolidant le rayonnement de la zawiya bien au-delà du Cayor. Pendant plus de soixante ans, il perpétue le gamou initié par son père, forme des disciples et veille à la transmission du savoir islamique dans une région alors en pleine expansion urbaine.
Sa disparition, le 14 août 1997, ouvre une nouvelle page pour la famille Ndiéguène : c’est son petit-fils, Serigne Mounirou Ndiéguène, qui reprend le flambeau du khalifat. Mais le nom d’Ahmadou Sakhir Ndiéguène continue de résonner à Thiès. Érigé en établissement public de santé de niveau II par décret en décembre 2000, l’hôpital régional de la ville, construit en 1979 et mis en service en 1980 est rebaptisé en son honneur à la faveur de la réforme hospitalière et de sa réhabilitation par la coopération japonaise, devenant le Centre hospitalier régional El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène.
Depuis, dans les couloirs du Centre hospitalier régional El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène, ce sont des vies que l’on sauve, sous le regard, discret mais tenace, d’un homme qui, de son vivant, en avait déjà sauvé tant d’autres par la foi.
Cheikh Gora DIOP


