Du 9 au 26 mai 2026, l’Office Central de Répression du Trafic Illicite de Stupéfiants (OCRTIS) a mené une série d’opérations coordonnées à travers le pays, ciblant aussi bien les réseaux de drogues synthétiques que les filières de chanvre indien. Bilan : plusieurs dizaines d’interpellations, des saisies dans au moins huit régions et des ramifications internationales.
En moins de trois semaines, l’OCRTIS aura quadrillé le territoire sénégalais du nord au sud, de Dakar à Kidira, de Cap Skirring à Kaolack. Les résultats sont éloquents : réseaux familiaux démantelés, grossistes arrêtés à leur domicile, livraisons interceptées en flagrant délit, et même un ressortissant étranger pris la main dans le sac dans un point de deal des Almadies. La Police nationale parle d’opérations menées « dans le cadre de ses missions régaliennes », mais l’étendue géographique et la diversité des profils arrêtés révèlent une pression inédite sur les filières de distribution.
Des opioïdes de contrebande au cœur des marchés ruraux
L’un des aspects les plus préoccupants de ce bilan concerne la circulation de médicaments opioïdes puissants dans des zones rurales. À Diaobé, dans la région de Kolda, un artisan soudeur a été arrêté le 9 mai pour « vente illicite de médicaments et exercice illégal de la pharmacie » , son fournisseur, lui, a pris la fuite. À Kidira, le 21 mai, c’est un individu circulant à moto qui a été intercepté au marché avec 120 comprimés de Tapentadol Rayol sur lui. Un produit classé parmi les analgésiques opioïdes les plus puissants, dont la présence dans des marchés hebdomadaires de l’intérieur du pays traduit une pénétration inquiétante des circuits informels.
Diamniadio : un réseau international démantelé
C’est sans doute l’opération la plus significative du lot. Le 12 mai, les agents de la Brigade Régionale des Stupéfiants de Dakar ont démantelé à Diamniadio « un réseau international dirigé par des ressortissants étrangers » . Sept individus ont été interpellés, dont une femme qui, selon les enquêteurs, « avait repris la gestion du trafic de son conjoint en voyage ». La saisie comprenait du Kush, cette drogue de synthèse ravageuse, dont la consommation explose dans les quartiers populaires — ainsi que du Tramadol et des tablettes non identifiées envoyées en analyse.
Dakar-banlieue : des opérations chirurgicales
Dans la capitale et sa périphérie, les agents ont privilégié les techniques d’infiltration et de surveillance. À Ndande, une opération d’achat surveillé a permis de mettre en confiance un trafiquant avant de procéder à son arrestation à domicile. À Yeumbeul, c’est un assaut au troisième étage d’un immeuble suspecté de servir de « lieu de conditionnement » qui a abouti à l’interpellation simultanée du grossiste et de son revendeur posté en sentinelle au rez-de-chaussée. À Kounoune, le distributeur arrêté s’approvisionnait à Rufisque ; à Keur Massar, deux suspects ont été pris dans un garage informel avec un kilogramme de chanvre et un couteau.
Cap Skirring, zone touristique sous surveillance
L’interpellation de deux individus le 20 mai à Cap Skirring mérite une attention particulière. La localité, haut lieu du tourisme en Casamance, est présentée dans le communiqué comme une « zone touristique » où les agents ont surpris les suspects « en flagrant délit de détention et de trafic de drogues dures » . 112 pierres de crack ont été saisies. Un signal d’alarme pour une destination qui ne peut se permettre de voir son image écornée par l’installation de réseaux de deal.
Des complices toujours en fuite
Si les bilans sont fournis, les enquêteurs rappellent que plusieurs affaires restent ouvertes. À Diaobé, le fournisseur du dealer de Tapentadol court toujours. À Kidira, « un acolyte est activement recherché ». L’OCRTIS précise que « les investigations se poursuivent activement pour appréhender les complices en fuite » , et que l’ensemble des preuves : drogues, armes blanches, espèces, téléphones et véhicules, a été « consigné pour mise sous scellés ».
Les chefs d’inculpation retenus varient selon les cas : association de malfaiteurs, exercice illégal de la pharmacie, trafic de stupéfiants, blanchiment de capitaux, complicité et usage.
O.B.N


