Certains lutteurs ont marqué l’arène par leurs exploits avant de se réinventer ou de se reconvertir après leur carrière sportive. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte leur vie d’après-carrière. Aujourd’hui, coup de projecteur sur Hyacinthe Ndiaye, alias Manga 2, ancien «Roi des arènes » qui dirige actuellement l’Association nationale des anciennes gloires de la lutte.
Manga est un surnom qui lui a été donné par les vieux de Joal-Fadiouth (Mbour). Les anciens y avaient connu un grand champion du nom de Manga Sya. Un lutteur réputé pour ses coups de poing dévastateurs et redoutables.
Grâce à son talent et à sa bravoure, ce lutteur avait acquis une grande considération auprès des patriarches de Joal-Fadiouth. C’est donc en hommage à cette figure locale que les anciens ont décidé de transmettre ce nom au jeune Hyacinthe. Un surnom devenu, au fil des années, une véritable identité sportive.
À Joal, alors qu’il était encore élève, lui et ses camarades profitaient des moments libres pour s’adonner à leur passion. « Puisqu’il n’y avait pas cours les mercredis soir, nous nous retrouvions sur la plage pour lutter entre nous. C’est comme ça que j’ai acquis des techniques de lutte. Et, de fil en aiguille, je suis devenu un grand champion », explique-t-il.
Mais contrairement à certains qui abandonnent très tôt les études pour se consacrer à la lutte, Manga 2 a poursuivi sa scolarité. Malgré sa passion pour la lutte traditionnelle et ses nombreux combats entre camarades, il décroche son Brevet de fin d’études moyennes (Bfem).
Il suit ensuite une formation diplômante qui lui permet de devenir moniteur des sports. Sa carrière professionnelle est ainsi lancée dans l’enseignement de l’éducation physique et sportive.
Il enseigne au collège Jean-de-La-Fontaine de Dakar de 1978 à 1979, puis au Cem Saint-Pierre de 1979 à 1987. En 1987, il rejoint l’École de police, où il restera jusqu’à sa retraite.
Enseignant et lutteur, Manga 2 savait qu’il devait préparer son avenir tout en construisant sa carrière dans l’arène.
Double Less, un défi qui fait date
Manga 2 a effectué plusieurs incursions dans l’écurie de Fass. Il y a affronté de grands noms de cette écurie, notamment Toubabou Dior, Mor Nguer, Mbita Ndiaye et Birahim Ndiaye.
« J’ai eu des fortunes diverses à Fass. J’ai connu des défaites contre Birahim Ndiaye, Toubabou Dior et Mor Nguer. J’avais réussi à me venger contre eux par la suite », souligne-t-il.
Une seule affiche lui a cependant échappé : celle contre Moustapha Guèye. En effet, le 2e « Tigre de Fass » avait réussi à dominer plusieurs champions sérères. Manga 2 a voulu freiner son ascension.
« J’avais déjà arrêté ma carrière. Mais quand Moustapha Guèye avait fait le vide autour de lui face aux champions sérères, j’avais décidé de revenir pour pouvoir l’affronter. Malheureusement pour moi, tous ses proches et dirigeants avaient dit non à la matérialisation de notre combat. J’étais prêt à venger mes parents qu’il avait vaincus », regrette-t-il.
Parmi les épisodes les plus marquants de sa carrière figurent ses deux combats contre Double Less. « Quand je défiais Double Less au stade Iba Mar Diop, j’étais assis à côté de mon mentor Robert Ndiaye et de mon manager Cheikh Diop. Je ne les avais pas avertis de mon intention », raconte-t-il.
Après son défi public, Robert lui avait dit : « Es-tu fou ? Double Less va te détruire ! ».
Il était convaincu de son potentiel et avait rassuré séance tenante son mentor. Robert Ndiaye finira par lui donner sa bénédiction.
Leur premier duel s’achève sur un nul. Mais Manga 2 réussit à battre Double Less lors du remake.
Lorsqu’on lui demande quel a été le combat le plus agréable de sa carrière, Manga 2 hésite. Les souvenirs sont nombreux et chacun renvoie à une période de son parcours.
« Mon premier combat en carrière contre Boy Palmèw m’avait beaucoup ébloui. L’affrontement avait tiré en longueur. J’étais même découragé à un certain moment avant de le vaincre », se souvient-il.
Le succès obtenu contre Mbita Ndiaye constitue également l’un de ses grands moments de joie. Le contexte rendait ce succès encore plus savoureux. Mbita Ndiaye représentait Fass, alors que Manga 2 défendait l’honneur de l’écurie sérère.
« Lorsque j’ai mis Mbita Ndiaye K.-O., j’étais aux anges. Il y avait une grande tension entre Fass et l’écurie sérère. Ce fut une joie pour moi de le terrasser », explique-t-il.
À son apogée, Manga 2 affichait un poids d’environ 130 kg, avec un poids de forme de 125 kg. Un gabarit impressionnant qui, associé à sa technique et à son expérience, lui permettait de s’imposer face à des adversaires redoutables.
Mais toute sa carrière comporte des moments ardus. Pour Manga 2, la défaite la plus amère reste celle concédée contre Mor Nguer lors de leur premier duel.
À cette époque, son objectif ultime était de croiser le fer avec Mbaye Guèye, le « 1er Tigre de Fass ». Le fils de Joal voulait d’abord vaincre Mor Nguer avant de décrocher cette affiche de prestige.
« J’avais vraiment envie de lutter avec Mbaye Guèye. C’était mon plus grand rêve, mais il avait refusé de me tendre la perche », avoue celui qui a fini par réaliser un palmarès de 44 combats, pour 34 victoires, 5 défaites et 5 nuls.
Le sommet de sa carrière reste évidemment son accession au titre de « Roi des arènes » en 1984. Le tournoi royal était composé de deux poules.
Mor Fadam avait dominé la poule A, tandis que Manga 2 avait terminé en tête de la poule B. Les deux athlètes se retrouvent ainsi en finale.
« Lors de notre première finale, il y avait eu un nul. C’est le dimanche suivant qu’on avait organisé la seconde édition que j’avais remportée face à Mor Fadam pour devenir officiellement « Roi des arènes » », raconte-t-il.
Il restera sur le trône pendant dix années. Une longévité exceptionnelle qui demeure l’un des éléments les plus remarquables de sa trajectoire.
Il sera finalement détrôné par Toubabou Dior en 1994. Mais son règne lui avait permis de bénéficier de nombreux privilèges liés à son statut de champion numéro un de ce « sport de chez nous ».
Manga 2 fait également partie des lutteurs de son époque qui avaient réussi à tirer d’importants revenus de leur carrière. Ses cachets, considérables à cette époque, lui avaient permis d’investir et de préparer sa vie après la compétition.
Il a construit sa propre maison à plusieurs étages aux Parcelles Assainies de Dakar.
Après la retraite, une autre vie
Un investissement qui témoigne de sa volonté de ne pas uniquement profiter de ses revenus, mais aussi de préparer l’avenir. Il en aurait d’autres qu’il ne souhaite pas dévoiler.
La retraite sportive n’a jamais signifié pour Manga 2 une rupture avec la lutte. Bien au contraire ! Après avoir quitté les combats, il s’est rapidement reconverti tout en restant actif dans le milieu.
Dans la discrétion, il mène plusieurs autres activités et affaires à Joal-Fadiouth. Mais son engagement le plus visible demeure son implication dans la défense des intérêts des anciennes gloires de la lutte.
Depuis près de vingt ans, il préside l’Association nationale des anciennes gloires de la lutte. Une fonction qui lui permet de rester au contact des anciens champions et de porter leurs préoccupations auprès des autorités et des acteurs du sport.
Son expérience l’a également conduit à intégrer les instances dirigeantes de la lutte. Il a été conseiller au Comité national de gestion (Cng) de la lutte sous Alioune Sarr.
Il était devenu ensuite deuxième vice-président chargé de la lutte traditionnelle sans frappe sous la présidence de Bira Sène.
En décembre 2025, il s’est présenté à l’élection à la présidence de la Fédération sénégalaise de lutte. Il n’a pas remporté le scrutin devant Bira Sène, mais cette candidature illustre son désir de continuer à jouer un rôle dans la gestion et l’avenir de la discipline qui a façonné sa vie.
Manga 2 est également président d’une Asc à l’unité 24 des Parcelles. Il continue ainsi de s’investir dans le mouvement sportif et associatif.
Depuis près de vingt ans, il intervient aussi comme promoteur à travers Manga Productions. Une manière supplémentaire de contribuer au développement de la lutte, cette fois en participant à l’organisation de combats et à la promotion de jeunes talents.
À cela s’ajoutent des actions sociales auxquelles il accorde une importance particulière.Aujourd’hui, Manga 2 n’est plus dans l’arène pour affronter ses adversaires. Le temps des entraînements intensifs, des préparations mystiques, des défis et des combats est révolu. Mais la lutte demeure au centre de sa vie.
Abdoulaye DEMBELE

