Chargée d’élaborer les rapports nationaux sur le climat et le développement à la Banque mondiale (Country Climate and Development Reports, Ccdr), le Dr Arame Tall consacre sa carrière à préparer l’Afrique aux défis du changement climatique. Climatologue de renom, elle n’a jamais perdu de vue son objectif : mettre la science au service du développement et convaincre que l’Afrique ne peut plus attendre pour se préparer aux bouleversements climatiques.
À 17 ans, elle quitte le Sénégal pour les États-Unis grâce à une bourse d’excellence. Vingt-cinq ans plus tard, la meilleure élève du Concours général 2002 est devenue l’une des voix africaines les plus reconnues sur les politiques d’adaptation au changement climatique. Dr Arame Tall n’a jamais perdu de vue son objectif : mettre la science au service du développement et convaincre que l’Afrique ne peut plus attendre pour se préparer aux bouleversements climatiques. De Columbia à Johns Hopkins, des Nations unies à la Banque mondiale, où elle pilote aujourd’hui les rapports nationaux sur le climat et le développement, Dr Arame Tall a consacré sa carrière à préparer l’Afrique aux défis du changement climatique.
À l’écouter raconter son parcours, on comprend vite que rien n’a été laissé au hasard. Pourtant, Dr Arame Tall refuse l’idée d’un destin tout tracé. Derrière la climatologue reconnue internationalement se cache une petite fille timide, passionnée de lecture, élevée dans le culte de l’excellence par des parents convaincus que l’éducation est le plus sûr des passeports pour l’avenir. « À chaque étape de ma vie académique, ma mère était présente. C’est sur ses genoux que j’ai appris à lire », confie-t-elle. Ce sont ces premières années, faites de discipline, de curiosité et d’un amour insatiable des livres, qui ont façonné son parcours. Élève à l’école Waca, elle appartient à la première génération sénégalaise à préparer le baccalauréat international. « L’école constituait toute notre vie. Du matin au soir, week-ends compris, nous ne faisions qu’étudier », se rappelle-t-elle avec un brin de fierté. Cette soif d’apprendre se traduit très tôt par des performances exceptionnelles. À peine adolescente, elle passe le Bfem en candidate libre, avant même la classe de troisième. Puis vient l’année 2002. Lors du premier Concours général organisé sous la présidence d’Abdoulaye Wade, elle est sacrée meilleure élève du Sénégal et remporte plusieurs premiers prix. « Le Concours général a été un véritable game changer. Il m’a fait voir les étoiles et a révélé à la jeune fille timide que j’étais alors que les sommets étaient accessibles. Ce fut un couronnement précoce », dit-elle.
Interdisciplinarité
Cette reconnaissance nationale marque un tournant décisif. Elle poursuit : « Au-delà des récompenses et des honneurs, cette distinction nationale est restée gravée dans mon cœur à jamais, forgeant la conviction que l’on peut réussir par les études, mais aussi par l’amour de la Nation qui m’a tant donné. » Il s’ensuit une bourse d’excellence qui l’emmène aux États-Unis, au Smith College, dans le Massachusetts. Là encore, elle refuse de s’enfermer dans une seule discipline. « Je me suis intéressée aux sciences de l’environnement, que j’ai choisies comme matière principale, avec une spécialisation en politique internationale et en anthropologie. Cette interdisciplinarité m’a solidement préparée à une carrière internationale dans l’environnement », affirme-t-elle. Son véritable déclic intervient à l’université Columbia, où elle se spécialise, dans le cadre de son master, en changement climatique. Sous la direction de chercheurs mondialement reconnus, elle découvre l’ampleur des bouleversements qui attendent particulièrement le continent africain. « Mes professeurs m’ont ouvert les yeux sur les impacts futurs du changement climatique en Afrique et sur le fait que nos États n’y étaient nullement préparés. C’était la chronique d’une catastrophe annoncée. J’en ai fait ma mission de vie. »
Cette mission devient le sujet de sa thèse à l’université Johns Hopkins. À l’époque, le changement climatique n’occupe pourtant qu’une place marginale dans les débats internationaux. Son propre directeur de recherche s’interroge sur la pertinence du sujet. « Il m’a demandé : « Pourquoi t’entêtes-tu à étudier la gouvernance du changement climatique ? » En quoi le changement climatique serait-il important pour le développement de l’Afrique ? » » Elle tient bon. Deux ans plus tard, son directeur reconnaît s’être trompé et qualifie son travail de « sujet le plus transformateur du département ». Pour le Dr Arame Tall, cette expérience reste une leçon de vie. « Lorsque l’on a des convictions bien fondées, il ne faut laisser personne vous en détourner », fait-elle entendre.
Mobilisation des financements
Depuis, sa carrière s’est construite au croisement de la science et de l’action publique. En 2013, elle contribue à réunir la communauté scientifique africaine autour de la première Conférence panafricaine sur le climat et le développement, afin de rapprocher les chercheurs des décideurs politiques. Quelques années plus tard, à la Banque mondiale, elle participe à l’élaboration du premier plan directeur d’adaptation au changement climatique de l’institution. De l’avis du Dr Arame Tall, la science climatique est aujourd’hui un outil de décision incontournable pour tout planificateur du développement, gestionnaire des risques ou chef d’entreprise.
« La climatologie n’est pas une boule de cristal, mais elle offre des prévisions utiles pour décider, par exemple, de construire une route, de dimensionner un barrage, de protéger une ville côtière ou de préparer les investissements agricoles. Autant de choix qui doivent désormais intégrer les projections climatiques », renseigne-t-elle. Elle revendique également avec fierté son rôle dans la mobilisation de financements internationaux destinés aux pays africains. « J’ai pu appuyer les gouvernements dans la mobilisation de financements pour l’agenda climatique national, des dollars allant directement dans la poche des éleveurs, des agriculteurs, des femmes et des jeunes qui se battent au quotidien pour un mieux-être face à un climat de plus en plus hostile. »
Mais malgré les progrès accomplis, son constat reste lucide.
Les effets du changement climatique s’accélèrent tandis que les réponses tardent encore. « Les impacts du changement climatique, l’explosion démographique et la pression foncière forment un véritable cocktail explosif », alerte-t-elle. Pour elle, les pays africains auront besoin de stratégies conjointes pour faire face à ces pressions combinées, tout en continuant à offrir des débouchés et de nouveaux emplois verts à la jeunesse. Son engagement dépasse les laboratoires et les institutions internationales. Marraine de Miss Maths et Miss Sciences, édition 2025, elle a choisi de poursuivre son combat pour l’éducation des filles dans les sciences afin de susciter des vocations. Dr Arame Tall espère voir émerger une nouvelle génération de scientifiques africains, capables de conjuguer sciences exactes, sciences sociales et intelligence artificielle pour répondre aux défis du continent.
Par Maguette Guèye DIÉDHIOU

