Administrateur civil de formation, Jean-Pierre Coly, est né le 20 novembre 1980 à Dakar, tout en restant profondément attaché à ses racines ziguinchoroises. Un attachement qu’il revendique sans jamais s’y enfermer, se définissant avant tout comme un Sénégalais, façonné par un parcours personnel et professionnel à l’échelle nationale.
Il parle d’une petite voix, mélange de timidité et de retenue. Il faut parfois lui demander de hausser légèrement le ton pour bien l’entendre. Un sourire gêné, puis la voix s’élève… avant de retomber aussitôt, presque naturellement. On tend alors davantage l’oreille pour mieux saisir ses mots.
Et pourtant, l’homme que l’on a en face de soi est un enfant de la chorale, habitué aux harmonies où les voix masculines alternent entre ténor et basse. Lui appartient sans doute à la basse. « Oui, je suis voix basse », bingo !
De même, lorsqu’il se décrit comme impulsif – qu’il s’efforce de canaliser, selon ses mots -, l’étonnement est palpable. D’ordinaire, les impulsifs sont nerveux, à fleur de peau. Jean-Pierre Coly dégage l’inverse. Chez lui, tout respire le calme et la maîtrise. Costume impeccable, regard posé, allure sobre : le natif de Dakar, originaire de Ziguinchor, offre une belle synthèse du Sénégalais contemporain.
Alors, se sent-il plus Dakarois que Ziguinchorois ? Sa réponse épouse la finesse des gens d’esprit : « Moi, je me sens avant tout Sénégalais. D’autant plus que, avec mes activités professionnelles, j’ai eu la chance de parcourir presque tout le pays », confie-t-il d’un ton malicieux.
Fils de fonctionnaire, il a grandi au rythme des mutations de son père, policier. De Saint-Louis à Ziguinchor, en passant par Dakar, il découvre très tôt la diversité géographique, culturelle et sociale du Sénégal. Une véritable école de la vie qui forge chez lui une connaissance intime du pays et de ses réalités.
S’il voit le jour dans la capitale sénégalaise et a vécu jusqu’à l’âge de six ans à Saint-Louis, ancienne capitale de l’Aof, c’est à Ziguinchor qu’il entame véritablement son parcours scolaire. Il revient ensuite à Dakar après l’obtention du baccalauréat.
Après des études secondaires au lycée Djignabo, il est orienté, en 1999, vers le département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, où il obtient, en 2007, un Diplôme d’études approfondies (Dea). Il intègre ensuite la Fastef, d’où il sort professeur d’histoire-géographie en 2009.
Pendant deux ans, il enseigne au lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack, une expérience fondatrice qui ancre en lui le sens du service public et le goût de la transmission.
Une attirance pour l’action publique
Mais l’enseignement n’épuise pas ses ambitions. Attiré par l’action publique, il prépare parallèlement le concours de l’École nationale d’administration (Ena), qu’il réussit. À l’issue de sa formation, il est affecté, en 2014, au ministère de la Femme et de l’Enfance, où il travaille auprès du secrétaire général.
Cette première immersion dans l’administration centrale lui permet de s’aguerrir et de mieux comprendre les rouages de l’État. « Au début, je n’occupais pas de poste précis, mais j’ai énormément appris aux côtés du secrétaire général du ministère », raconte-t-il.
En 2015, il rejoint le ministère de l’Économie et des Finances, à la direction de l’investissement, où il occupe successivement plusieurs postes stratégiques : chef de la division des financements multilatéraux, chef de la division du suivi, de l’audit et du contrôle des projets et programmes, puis chef de la division de l’appui à la mise en œuvre des projets et programmes, couvrant l’ensemble des financements extérieurs, bilatéraux comme multilatéraux.
Cinq ans plus tard, à la suite de la scission du ministère, il opte pour un détachement à la Loterie nationale sénégalaise (Lonase), à la demande de l’ancien directeur général, Lat Diop, avec qui il avait déjà collaboré au ministère de l’Économie et des Finances.
Bien qu’ils n’appartiennent pas au même camp politique, cela ne les empêche nullement de travailler ensemble, illustrant une conception élevée du service de l’État, où l’intérêt national prime sur les clivages partisans. « Nous avions une relation fraternelle, de grand frère à petit frère. Nous savions faire la part des choses entre engagement politique et activité professionnelle », explique-t-il.
Jean Pierre Coly devient donc successivement conseiller spécial, directeur des moyens généraux, coordonnateur des marchés, puis directeur de grands projets, un poste nouvellement créé en 2023.
À ce niveau stratégique, il est chargé de valoriser et de renforcer le patrimoine de la Lonase, notamment dans le domaine immobilier, avec une vision axée sur l’anticipation, la diversification des revenus et l’intégration des enjeux du numérique. Une mission qu’il conçoit comme un levier de solidité et de pérennité pour l’institution.
Avec l’arrivée du nouveau directeur général, Toussaint Manga, il est confirmé à ce poste.
Se former d’abord avant de faire la politique
Sur le plan politique, l’engagement de Jean-Pierre Coly remonte à sa jeunesse au Parti démocratique sénégalais (Pds), avant une mise en retrait volontaire en 2007 afin de privilégier sa formation intellectuelle et professionnelle.
Convaincu que la politique doit être un service et non un métier, il estime qu’un engagement crédible repose d’abord sur une solide compétence professionnelle. « La politique ne doit pas être un métier, mais un moyen de servir. Et pour servir, il faut d’abord avoir un métier, forgé par la formation », affirme-t-il.
Il maintient cette ligne de conduite jusqu’à la radiation d’Ousmane Sonko de la Fonction publique, un événement qui le pousse à sortir de sa réserve. Il décide alors de s’engager pleinement.
Approché dès 2014 par Matar Sène, trésorier de Pastef, il avait jusque-là préféré rester sympathisant. Cette fois-ci, il franchit le pas. « Quand un fonctionnaire est radié pour ses convictions politiques, c’est toute la fonction publique engagée dans l’opposition qui est menacée », explique-t-il.
De 2016 à 2023, il choisit de travailler en retrait au sein du parti. À partir de 2022, il intègre le mouvement des cadres, au sein de la commission Finance, Économie et Planification, où il participe à l’élaboration des éléments de langage destinés aux débatteurs.
Depuis 2024, il milite à la base, à Affiniam son village d’origine, répondant à l’appel du président de Pastef, Ousmane Sonko, invitant les cadres à retourner sur le terrain et à se mettre au service des populations.
Une démarche qui prolonge un engagement plus ancien, déjà inscrit dans l’action de développement local. En effet, Jean Pierre Coly est très investi dans la vie associative et communautaire : scoutisme, chorale, syndicalisme estudiantin, parrainage d’associations d’élèves et d’étudiants, appui à des projets sociaux et religieux, notamment la reconstruction de l’église d’Affiniam et le soutien à la mosquée de Gabalang.
Autant d’initiatives qui traduisent son attachement au développement local et à la cohésion sociale. Et il s’apprête à poser un autre acte à caractère social pour son village.
« Grâce à l’appui de partenaires et aux cotisations des militants, on a pu acquérir une photocopieuse, deux ordinateurs et cinq imprimantes ainsi que des dons de tables-bancs. Tout ce matériel est destiné à l’école du village », détaille-t-il.
Homme de convictions et profondément révolté par l’injustice, il assume une personnalité tenace, difficile à faire fléchir lorsqu’il est convaincu du bien-fondé de sa position.
Marié depuis 2012 et père de deux enfants, Jean-Pierre Coly conjugue engagement professionnel, militantisme, vie familiale et passion pour le sport, notamment le football, la Formule 1 et le MotoGP.
Un parcours guidé par une constante : se mettre, partout où il passe, au service de l’État, de la société et des citoyens.
Par Elhadji Ibrahima THIAM

