Entrepreneure, présentatrice, actrice, auteure et formatrice, Merry Bèye cumule les métiers. Dans la vraie vie, elle cumule surtout les rêves qu’elle a refusé de laisser dormir. Entre le Sénégal et le Vietnam, entre les plateaux et les pages d’un roman, entre la légitimité qu’on lui conteste et celle qu’elle finit toujours par imposer, portrait d’une femme qui a fait du doute un point de départ, jamais un point final.
Le public croit connaître Merry Bèye. Il connaît surtout ses rôles. « Lorsque les caméras s’éteignent, je suis avant tout une femme, avec ses forces, ses doutes, ses rêves, ses fragilités et ses responsabilités », confie-t-elle. Épouse, mère, fille, amie et surtout, dit-elle, « une femme qui continue de se construire ». Sous toutes ses casquettes, bat la même curiosité : apprendre, créer, transmettre, être utile. Elle aime les discussions qui ne s’arrêtent pas à la surface, l’écriture, ces instants où elle ne doit plus rien à personne. Et dormir. « Je pense qu’il est important de savoir déposer ses différentes casquettes pour rester connectée à qui l’on est réellement », dit-elle.
Sénégalaise, héritière d’une mémoire vietnamienne, elle a grandi à la croisée de deux mondes. Du Sénégal, le sens de la famille, du partage, du lien. Du Vietnam, la discipline, la persévérance, cette capacité têtue à avancer. « Elle peut être plurielle et devenir une force », dit-elle de son identité.
Derrière l’assurance publique, une peur plus discrète : celle de ne pas être assez. « Est-ce que je suis assez bonne ? Crédible ? Est-ce que les autres vont me prendre au sérieux » ? Elle a fini par apprivoiser cette voix. « J’ai compris avec le temps que la confiance en soi ne signifie pas ne plus avoir de doutes. Elle signifie apprendre à avancer malgré ses doutes », affirme-t-elle. Une conviction qu’elle transmet aujourd’hui dans ses formations : « On ne naît pas forcément avec cette assurance, on la construit. »
Une vie guidée par les rêves
En 2014, elle prend une décision qui va infléchir toute sa trajectoire : essayer de réaliser le plus de rêves possible, pour ne jamais avoir à se demander un jour : « Et si j’avais essayé ? » Elle ne regarde pas son parcours comme une suite de métiers, mais comme « une succession de rêves que j’ai décidé d’explorer ».
Le premier fut l’écriture, dès huit ans. « Je n’ai pas appris à écrire. Pour moi, c’est un don que Dieu m’a donné et dont je suis profondément fière », avoue-t-elle. Puis vinrent la communication, le journalisme, la télévision, l’entrepreneuriat, le cinéma. Une seule constante : « Je raconte, je communique, je crée, je transmets ».
L’acting n’a pas été une rupture, mais l’aboutissement d’un rêve tenu à distance. Après le théâtre à l’école et le Model United Nations, une phrase de son père, grand amateur de la série Idoles, s’installe et attend son heure : « Je te verrais bien dans la série. »
Plus tard, Ibou Guèye, d’Evenprod, lui accorde sa confiance sans casting classique. « C’est toi que je veux pour le rôle », lui dit-il. Merry devient Maître Merry Badiane, avocate ; clin d’œil pour cette diplômée en droit des affaires, major de promotion en communication. « J’avais parfois l’impression de réviser certains de mes cours », dit-elle des textes juridiques de la série. Des juristes lui demanderont pourquoi elle n’a pas choisi le barreau. Devenir avocate faisait bien partie de ses rêves, mais le journalisme et l’acting ont pris le dessus.
Des personnages comme autant de miroirs
« À la télévision, je suis généralement moi-même. Dans l’acting, je dois mettre mon identité de côté pour entrer dans celle d’un personnage », fait-elle savoir. Il lui faut observer, écouter, accepter de ne pas tout maîtriser tout de suite. « La caméra était la même, mais la personne que je devais lui montrer était différente », indique-t-elle.
Merry Badiane, dure et fermée sous sa carapace. Halima, dans Haïr Lover, incapable de dire non. Nabou, dans Borom Keur, douce, croyante, mais qui sait poser ses limites. C’est à Nabou qu’elle s’identifie aujourd’hui le plus. « Un caractère affirmé et une capacité à ne pas se laisser faire, celle qui se rapproche le plus de la femme que je suis aujourd’hui », explique-t-elle.
« Maître Badiane m’a révélé certaines de mes forces et de mes fragilités. Halima m’a fait réfléchir sur le besoin d’être aimée et sur la difficulté de dire non. Et Nabou correspond davantage à la femme que je suis devenue. C’est aussi cela que j’aime dans l’acting : il nous renvoie à nous-mêmes», estime-t-elle.
Prouver moins, travailler davantage
Être une femme, entreprendre, changer de secteur : autant de raisons, invisibles, mais réelles, de devoir justifier sa place. « J’ai appris à ne pas consacrer toute mon énergie à convaincre les autres de ma valeur. Je préfère la consacrer à travailler, à progresser, à produire des résultats. La légitimité se construit dans la durée », indique-t-elle.
Ce que le public ne voit pas derrière les plateaux et les réussites : « La fatigue et l’épuisement émotionnel », reconnaît-elle. « Être une femme forte ne signifie pas être invulnérable. La vraie réussite, ce n’est plus seulement de faire beaucoup de choses. C’est aussi de réussir à ne pas me perdre en chemin », précise-t-elle.
Avec Pixe ME, son agence, elle navigue entre communication digitale, production audiovisuelle, événementiel, formation. « Au fond, tous mes projets ont un point commun : communiquer, créer, transmettre et accompagner », souligne-t-elle. Mais elle apprend « à déléguer, à savoir dire non ».
Son plus grand risque aura été de choisir, plusieurs fois, l’incertitude plutôt que le confort : « J’ai toujours préféré me demander ‘’qu’est-ce qui peut arriver si j’essaie ?’’ plutôt que ‘’qu’est-ce qui se serait passé si je n’avais pas essayé ?’’ ».
L’écriture est son premier territoire. « Le Train de la Vie » et « Pluies de vie », qu’elle appelle « mes aînées » et « mes enfants », témoignent de deux âges de sa vie. « Je ne veux pas opposer la femme qui a écrit le premier recueil à celle qui a écrit le second. Elles sont toutes les deux moi », indique-t-elle.
Championne d’Afrique puis du monde de Vovinam Viet Vo Dao, elle y a appris que le talent seul ne suffit jamais. « On gagne pendant tous les entrainements qui ont précédé, pendant toutes les fois où l’on a eu envie d’abandonner, mais où l’on a continué », affirme-t-elle. Une philosophie glissée dans toute sa vie professionnelle.
Une visibilité qui oblige
Engagée auprès d’Onu-Femmes contre les violences faites aux femmes, elle rappelle : « Nous sommes toutes des femmes. » Merry Bèye refuse d’opposer émancipation et identité culturelle ou religieuse. « Je pense simplement qu’il faut apprendre à distinguer ce qui relève réellement de nos valeurs de ce qui relève parfois de constructions sociales qui limitent la liberté des femmes », affirme-t-elle.
Son combat : choisir sa vie, prendre la parole, décider, entreprendre, créer, diriger et exister pleinement.
Issue de la promotion de feu Kéba Mbaye, Merry Bèye a été ambassadrice des deux premières éditions de Jigeen Gëstu Digital. Elle a aussi été distinguée cette année meilleure animatrice TV par le Galsen Icône, après avoir déjà reçu le Festic Award (2018), le Real Gaindé et le prix de la Meilleure présentatrice TV aux Only Women Awards (2025).
Elle ne voit toutefois pas ces récompenses comme une finalité. « Je les considère plutôt comme des rappels de responsabilité. Je ne veux pas seulement être visible. Je veux être utile », souligne-t-elle, estimant n’avoir « probablement plus grand-chose » à prouver aux autres.
À elle-même, en revanche, elle sait qu’il lui en reste. « Je cherche à être pleinement moi-même, à être utile et à laisser une empreinte qui dépasse ma propre personne », soutient Merry Bèye.
Son histoire n’est pas terminée. Elle s’écrit encore. Pas pour cocher toutes les cases, mais pour donner une chance à chacun de ses rêves.
Par Samba Oumar FALL

