Inspectrice des impôts et domaines, Ndèye Nangho Dioum s’intéresse également aux questions foncières. Cela a d’ailleurs favorisé la publication de son ouvrage : « Gouvernance des biens communs et comptabilité patrimoniale au Sénégal ». Une manière pour cette passionnée d’agriculture et amoureuse des études de contribuer à enrichir et à approfondir le débat public.
Toute souriante, entourée de proches amis et collègues dans une salle bondée de monde, l’inspectrice des impôts et des domaines Ndèye Nangho Dioum procède à la cérémonie de lancement et de dédicaces de son ouvrage titré : « Gouvernance des biens communs et comptabilité patrimoniale au Sénégal ».
Pour la spécialiste, cette production est à la faveur de sa formation en économie et en développement durable, laquelle lui a permis de s’interroger, entre autres, sur la configuration de notre droit foncier et domanial. Ndèye Nangho ne manque pas de préciser qu’au Sénégal, ce droit est perçu, d’une part, comme l’apanage des juristes et, d’autre part, des inspecteurs et contrôleurs des impôts et domaines, juristes également pour la plupart.
L’idée exacte de ce livre lui est venue une journée de septembre 2021, devant l’épreuve de spécialité du concours professionnel de l’Ena. « Le sujet était : « La protection du Domaine public et la promotion de l’investissement privé au Sénégal ». Et devant l’épreuve, nous étions dans un dilemme. Comment aborder le sujet ? Rester dans l’approche traditionnelle juridique, qui ne me convainquait pas, ou bien nous risquer à développer une autre approche qui réponde davantage à des sensibilités économistes et sociologiques », explique-t-elle.
C’est donc à travers cet ouvrage que l’inspectrice des impôts et domaines interroge la durabilité de nos modes d’allocation des ressources naturelles, notamment foncières. À son avis, cette soutenabilité vise à concilier trois objectifs : l’efficacité économique, l’équité sociale et celle intergénérationnelle.
Perfectionniste
En effet, soutient Mme Dioum, durant son parcours professionnel et académique, elle a eu l’impression que les juristes sénégalais ne concevaient pas un commerce juridique ou, à tout le moins, une transférabilité de droits sans une appropriation absolue par l’immatriculation. Or, dans le monde, il n’existe pas que le droit civiliste d’inspiration française. Encore que depuis lors, ce droit s’est bien réformé. « Ceci n’est pas le cas au Sénégal. Et c’est là que l’approche politico-économique par les biens communs et les faisceaux de droit ostromiens peut être intéressante », dit-elle.
L’ouvrage tourne donc autour de la dialectique entre Domaine national, droits réels, titre foncier, commerce juridique, droit des sûretés et le foncier comme actif financier et économique. Sans occulter que la terre est le socle des activités humaines, traditionnelles comme davantage modernes. Ndèye Nangho Dioum s’est ainsi offert un exercice d’interrogation, à savoir comment chercher un équilibre entre toutes ces vocations du foncier.
Après un bac S1 (composantes mathématiques et sciences physiques) obtenu en 2010 au Collège Sacré-Coeur de Dakar, Ndèye Nangho a intégré la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Ucad (Faseg). Cette trajectoire a été motivée par sa passion pour l’économie. Elle se souvient, en 2008, étant alors en classe de seconde, de l’affaire Jerome Kerviel et de la grande crise financière internationale de la même année.
Par la suite, « par le plus heureux des hasards », elle réussit au concours de l’École nationale d’administration (Ena), cycle B, en 2013, alors qu’elle était en année de Licence 3. En sortant un jour de la bibliothèque universitaire de l’Ucad, elle vit un très grand attroupement, bien plus que d’habitude, au niveau du tableau d’affichage. « C’est comme ça que j’ai été informée de l’ouverture du concours. Je me suis également rappelé que mon père et moi avions discuté de cette école quelques années avant son rappel à Dieu, alors que nous passions par devant. À la différence des étudiants en Droit, je n’avais pas forcément l’Ena en ligne de mire. Ma cible, c’était plutôt l’École nationale de la statistique et de l’analyse économique (Ensae, Ndlr) », dit-elle en riant.
Après son admission à l’Ena, elle poursuit en parallèle sa Licence 3 à la Faseg. « Je faisais la navette entre les deux : l’université et l’Ena, entre cours et examens. Je ne me voyais pas renoncer à ce premier diplôme universitaire parce que j’ai réussi à un concours administratif. L’un ne doit pas exclure l’autre », ajoute-t-elle.
Après sa formation à l’Ena, Mme Dioum devient contrôleuse des impôts et domaines en 2015. « J’ai servi, à ce titre, au niveau de l’assiette fiscale du Centre des services fiscaux de Dakar Plateau entre 2016 et fin 2018. Par la suite, j’ai exercé au niveau des services de contrôle fiscal de la Direction des moyennes, puis celle des grandes entreprises, toujours comme contrôleur des impôts et domaines », indique-t-elle.
Entre-temps, consciente de la nécessité d’approfondir ses connaissances académiques, Ndèye Nangho est retournée à la Faseg en 2017, où après le Master 1 en Sciences économiques, elle a suivi un Master en Pratique du développement, formation plutôt axée sur le développement durable. En même temps, elle gravit les échelons sur le plan professionnel et passe avec succès le cycle A de l’Ena.
Passionnée d’agriculture, sensible à la nature
« J’ai pu réussir, en 2021, au concours professionnel du cycle A de l’Ena pour passer à la hiérarchie supérieure. J’exerce donc depuis 2024 comme inspectrice des impôts et domaines. Là je suis retournée dans les services de contrôle fiscal de la Direction des moyennes entreprises après un bref passage au Centre des services fiscaux de Mbour où j’ai rempli les fonctions de chef du Bureau de la fiscalité », confie-t-elle.
Durant son parcours, Ndèye Nangho Dioum a été marquée par deux expériences. « Je peux dire que ce sont deux expériences qui se sont muées en une seule ou alors sont arrivées simultanément : c’est la publication de cet ouvrage qui me vaut votre égard aujourd’hui et ma réussite au concours professionnel du cycle A de l’Ena », dit-elle, toute fière.
Pour l’experte, c’est moins le résultat qui est important que tout le parcours et les sacrifices consentis. À l’en croire, tout ancien de la hiérarchie B devenu cadre de la hiérarchie A éprouve ce sentiment. Il s’agit, à ses yeux, d’un véritable parcours du combattant, qui exige capitalisation et résilience sur une longue période.
« Ne serait-ce que parce que vous vous soumettez, une deuxième fois, à un concours entre collègues fonctionnaires, tous aussi talentueux les uns que les autres, pour un nombre de places très limité —souvent entre deux et cinq pour des centaines de candidats. Ainsi, même si cela ne saurait constituer une fin en soi dans une vie riche de multiples expériences, c’est un aboutissement que les intéressés mesurent à sa juste valeur », assure Ndèye Nangho.
Concernant le livre, dit-elle, c’est le fait d’en assumer les écrits, de les présenter, de les expliquer, de les porter dans différents cadres, qui a été une expérience nouvelle et fort enrichissante. « J’ai été accompagnée en cela par d’éminentes personnalités et professeurs, reconnus pour leur savoir et leur expertise, et qui m’ont malgré tout prêté une oreille attentive à ce moment crucial », confie l’inspectrice des impôts et domaines.
À côté de ses obligations professionnelles, Ndèye Nangho Dioum est une passionnée de l’agriculture. « J’aime bien l’agriculture et la vie dans le monde rural de manière générale. Sortir de Dakar est à chaque fois une bouffée d’air pour moi.
Aussi, je suis de nature très sensible à mon environnement immédiat comme en tant que citoyenne du monde. Toutes les questions qui y touchent m’intéressent. J’interroge cet environnement et sa structuration sous différents angles. Et cela me vaut des prises de positions assumées dans les cadres d’expression qui siéent pour chaque sujet », révèle-t-elle.
Par Demba DIENG

