L’élection du Général (2S) Birame Diop (65 ans) à la présidence de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) constitue bien davantage qu’une distinction honorifique pour le Sénégal. Elle place un Sénégalais à la tête de l’organe exécutif de la principale organisation régionale ouest-africaine, chargée de transformer les décisions des chefs d’État en politiques concrètes au bénéfice de plus de 400 millions de citoyens.
Cette désignation, pour un mandat de quatre ans (2026-2030), traduit la confiance des États membres dans la diplomatie sénégalaise et dans l’expertise du Général Birame Diop en matière de paix, de sécurité et de gouvernance.
Un poste clé au cœur de l’exécutif communautaire
Contrairement à la présidence tournante de la Conférence des chefs d’État, essentiellement politique et exercée pendant un an, le président de la Commission assure la direction permanente de l’administration communautaire. Il est basé au siège de l’institution, à Abuja, capitale du Nigeria. C’est là que se trouve l’organe exécutif de la Communauté, et c’est là que le Général Birame Diop prendra officiellement ses fonctions le 1ᵉʳ septembre 2026. Il est le plus haut responsable exécutif de la CEDEAO et veille à la mise en œuvre des décisions prises par les chefs d’État et de gouvernement.
La Commission est l’institution chargée d’exécuter la mission, la vision et les objectifs définis par les traités et protocoles de la CEDEAO, conformément au Traité de Lagos de 1975, révisé en 1993. Elle est composée de départements techniques et de directions spécialisées et emploie des fonctionnaires statutaires, des experts et des agents issus des quinze États membres, reflétant la diversité culturelle, linguistique et professionnelle de l’Afrique de l’Ouest.
À la tête de cette administration, le président coordonne les activités des commissaires et des directions, prépare le budget communautaire, pilote les grands programmes régionaux et rend compte de leur exécution aux organes décisionnels. Il représente également la Commission auprès des partenaires internationaux et veille au bon fonctionnement de l’ensemble de l’appareil communautaire.
Influence diplomatique
Cette fonction revêt aujourd’hui une importance particulière. La CEDEAO est confrontée à des défis majeurs : la lutte contre le terrorisme, les transitions politiques, la relance du commerce intra-régional, la sécurité alimentaire, les effets du changement climatique ainsi que la réforme de l’organisation dans un contexte marqué par le départ de plusieurs États membres.
Le président de la Commission joue un rôle central dans la coordination des réponses communautaires, la mobilisation des financements et le suivi des engagements pris par les États. Il impulse les politiques régionales dans des secteurs clés comme les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la libre circulation des personnes et l’intégration économique.
Le poste offre également une forte influence diplomatique. Le président de la Commission représente la CEDEAO auprès de l’Union africaine, des Nations unies, de l’Union européenne, de la Banque mondiale ou encore de la Banque africaine de développement. Il conduit les négociations avec les partenaires techniques et financiers et intervient régulièrement comme facilitateur dans les crises politiques ou sécuritaires de la sous-région. Cette visibilité internationale confère à son titulaire un rôle majeur dans les débats sur l’avenir de l’Afrique de l’Ouest.
Une première historique pour le Sénégal
L’élection du Général Birame Diop marque un tournant dans l’histoire de l’organisation. Il devient le premier Sénégalais à diriger l’organe exécutif de la CEDEAO depuis sa création en 1975. Aucun ressortissant sénégalais n’avait occupé cette fonction, ni à l’époque du Secrétariat exécutif (1975-2007), ni depuis sa transformation en Commission en 2007.
Autre fait inédit, Birame Diop est le premier militaire à accéder à cette responsabilité, jusque-là confiée exclusivement à des diplomates ou à des technocrates civils. Avant lui, cette fonction a notamment été occupée par le Sierra-Léonais Abass Chernor Bundu, le Gambien Momodou Munu, les Guinéens Édouard Benjamin et Lansana Kouyaté, le Ghanéen James Victor Gbeho, le Burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo, le Béninois Marcel Alain de Souza, l’Ivoirien Jean-Claude Kassi Brou et, plus récemment, le Gambien Omar Alieu Touray.
Cette nomination témoigne de la confiance accordée au parcours du Général Diop, ancien ministre des Forces armées et ancien conseiller militaire du Secrétaire général des Nations unies, reconnu pour son expertise dans les domaines de la paix, de la sécurité et des opérations internationales.
Une victoire diplomatique qui renforce le leadership du Sénégal
Au-delà des responsabilités administratives, cette élection représente une importante victoire diplomatique pour Dakar. Elle récompense plusieurs mois de concertations et confirme la crédibilité du Sénégal comme acteur de stabilité, de dialogue et d’intégration régionale. Les autorités sénégalaises y voient la reconnaissance du rôle historique joué par le pays au sein de la CEDEAO et de son engagement constant en faveur de la paix, de la démocratie et du développement.
Pour le Général Birame Diop, le défi est désormais de transformer cette confiance politique en résultats concrets. Dans un contexte où l’organisation cherche à renforcer son efficacité et sa cohésion, son mandat sera notamment évalué à l’aune de sa capacité à accélérer l’intégration économique, consolider les mécanismes de sécurité collective, restaurer la confiance entre les États membres et rapprocher davantage la CEDEAO des préoccupations des populations.
Plus qu’une distinction personnelle, cette élection place le Sénégal au cœur de la gouvernance ouest-africaine et lui confère une responsabilité majeure dans la conduite des réformes qui façonneront l’avenir de la Communauté.
Par Cheikh Gora DIOP


