C’est une évidence de dire que le vélo fait partie du train-train quotidien des Strasbourgeois. Ainsi, un système a été mis en place pour mieux faciliter l’usage de ce moyen de locomotion. Il s’agit de Vélhop, le service de vélo partagé de l’agglomération de Strasbourg. Il a été créé en 2010.
Camille Janton est la responsable de ce service. Rencontrée sur son lieu de travail, non loin de la gare, elle explique que Vélhop est un service public de location de vélos. « Aujourd’hui, nous avons 35 modèles de vélos. Nous proposons des mécaniques, des électriques et des vélos cargos. On a aussi des vélos pour les personnes à mobilité réduite. Il y en a donc pour toutes les couches de la société », explique-t-elle.
Bien entendu, les prix diffèrent selon le type d’engin choisi. « Aujourd’hui, résume Camille Janton, 6.500 vélos sont disponibles en location pour les habitants de l’Euro métropole de Strasbourg, ainsi que pour les visiteurs ponctuels, les touristes et les voyageurs d’affaires. En moyenne, environ 4.000 personnes se déplacent chaque jour à deux-roues dans l’agglomération strasbourgeoise ».
Place des Halles de Strasbourg (nord-est de la France, sur la rive gauche du Rhin, à la frontière avec l’Allemagne). Située au coeur de la ville, elle est souvent très animée. Magasins de grandes marques et autres échoppes bien achalandées y offrent leurs produits.
En cette matinée du vendredi 21 novembre 2025, le thermomètre affiche -3°. Un froid terrible. Mordant. Il ne laisse aucun répit et impose de se couvrir soigneusement.
Robert, qui habite en plein centre-ville, n’a rien laissé au hasard dans sa technique pour bien rester au chaud : bonnet enfoncé sur la tête, écharpe bien serrée, manteau épais et gants parfaitement ajustés. La quarantaine bien entamée, au physique athlétique, il a fini ses courses et s’apprête à monter sur son vélo, son moyen de transport qu’il utilise quotidiennement depuis plus de 15 ans maintenant.
« Je l’utilise pour aller au travail, pour mes déplacements personnels, mais également pour déposer mes enfants à l’école et les récupérer à la descente », explique-t-il. Restaurateur de son état, Robert ajoute que l’un des avantages du vélo, c’est la rapidité. « On gagne énormément de temps aux heures de pointe. En plus, avec le vélo, le parking est gratuit », se réjouit-il.
À l’instar de Robert, de nombreux Strasbourgeois privilégient ce mode de déplacement. Les vélos sont visibles dans tous les coins et recoins du centre de Strasbourg et de ses environs. Ils attirent l’attention de tout touriste qui foule le sol alsacien pour la première fois.
C’est le cas de la Sénégalaise Salimata Aw. « Je suis impressionnée par les vélos. On en voit partout dans la ville », s’émerveille la jeune journaliste du groupe Futurs Médias (Ndlr : groupe de presse sénégalais appartenant au chanteur Youssou Ndour), stagiaire de Médias & Démocratie dans le cadre du cycle de la formation/jumelage Dakar-Strasbourg. « Si l’on pouvait avoir la même chose à Dakar, ce serait top. On respirerait de l’air pur dans la capitale sénégalaise », ajoute-t-elle, tout en continuant de prendre en photos la kyrielle de vélos cadenassés stationnés çà et là, attendant le retour de leurs propriétaires.
Eh oui, contrairement à Dakar où les vrombissements des moteurs et les klaxons des véhicules créent un concert de pollution sonore, à Strasbourg, c’est la sérénité. Le calme. Ici, les gens pédalent plus qu’ils ne roulent. Aller d’un point A à un point B n’a rien de compliqué. Les bicyclettes empruntent uniquement des pistes cyclables.
650 km de pistes cyclables
Rarement au contact des automobilistes, ils traversent boulevards et carrefours sans grande frayeur, dans un climat apaisé. Visiblement, à Strasbourg, les voitures cohabitent paisiblement avec leurs cousins à deux roues.
« C’est une réalité », affirme Guillaume, un jeune de 35 ans, qui travaille sur la politique de transport et de mobilité de la ville. Il se déplace à vélo depuis ses 18 ans et affirme avoir opté pour ce moyen de transport pour des raisons économiques : les véhicules valent trop cher. « Une voiture coûte au moins 20.000 euros. Or, avec 200 euros, on peut se procurer un vélo en bon état », dit-il.
Si le vélo est aujourd’hui ancré dans la pratique quotidienne des Strasbourgeois, c’est parce qu’une bonne politique a été mise en oeuvre par les autorités locales. C’est du moins la conviction de l’adjointe au maire de la ville, Marina Lafay. Strasbourg n’a ainsi pas seulement investi dans les systèmes de vélos partagés. Elle a aussi beaucoup fait dans le développement des infrastructures dédiées aux deux-roues.
« Il y a plus de 650 km de pistes cyclables sur l’agglomération. Ce qui favorise des déplacements sécurisés dans toute la ville», renseigne-t-elle. Poursuivant son argumentaire, l’adjointe au maire de Strasbourg indique que plus de 11% des déplacements sur l’ensemble de l’agglomération sont effectués à vélo. Ce qui, à ses yeux, est une proportion forte, mais pas encore suffisante.
« L’objectif, c’est d’arriver d’ici à 2030 à près de 20% des déplacements effectués à vélo », renchérit-elle. Une bonne nouvelle : un ambitieux projet de pistes cyclables est en cours de réalisation. « C’est le ring à vélo, une ellipse qui contournera le centre-ville. Il sera livré avant le marché de Noël», promet Marina Lafay.
Autre aubaine : la subvention pour l’achat de vélos électriques. Ce système, d’après elle, connaît un grand succès. « Les vélos abandonnés, on les récupère, on les répare et on les donne aux gens à revenus moindres ».
En chômage depuis deux mois, Hélène, croisée à quelques encablures de la gare, avoue que le vélo est un moyen de transport avantageux. « Il est pratique, écologique et économique. Et puis, il demeure une activité physique bonne pour la santé », souligne-t-elle, avant de remonter en selle et reprendre sa route.
Strasbourg pédale vers une ville plus respirable
L’usage croissant du vélo dans les rues de Strasbourg inspire. Certains en profitent pour développer une activité génératrice de revenus. C’est le cas de Thomas Landré et de Jean-Baptiste. Ces deux hommes ont mis en place un café-vélo dénommé Aven Bike, sis au quartier Tribunal de Strasbourg.
L’endroit est convivial et agréable. C’est un espace où les gens peuvent réparer leurs vélos et boire leur café. Mais pas seulement. Dans la salle, divers accessoires de vélos assurent le décor. Des casques, selles, antivols, tee-shirts sont proposés à la vente. C’est également un espace de rencontres pour la communauté locale. Il accueille, en outre, des télétravailleurs et des étudiants… pas forcément cyclistes !
« L’idée, dit Thomas Landré, c’était de créer un lieu convivial autour du vélo où l’on peut accueillir les clients qui ont besoin de faire des réparations, qu’ils puissent s’installer, profiter des lieux le temps qu’on satisfasse leurs besoins ».
Selon lui, pour mettre en place cet atelier, ils se sont inspirés de ce qui existe en Suède, pays dans lequel la conjugaison entre café et une autre activité se pratique beaucoup. « Cela fait plus de dix ans que nous sommes ici et les gens aiment bien fréquenter ce lieu », se félicite-t-il.
Derrière une vitre, au milieu d’outils suspendus, Jean-Baptiste s’affaire autour d’un cadre de vélo monté sur des pieds d’atelier. La concentration au maximum. Imperturbable. Il explique que l’atelier fonctionne sans rendez-vous et est ouvert du lundi au samedi.
« Les réparations simples comme les ajustements ou le changement de pièces en stock peuvent être effectuées rapidement, souvent dans la journée ou la demi-journée. Si une pièce doit être commandée, le délai maximal est d’une semaine ». Il ajoute : « Chaque jour, on répare en moyenne entre 10 à 15 vélos ».
Toutefois, il prévient qu’il y a des périodes où les journées sont un peu embouteillées. En guise d’exemple, il révèle que « cet été, il est arrivé qu’on répare 40 vélos par jour ». Les pannes les plus courantes concernent les crevaisons, le changement de pneus et le freinage.
« Les coûts dépendent des pannes. S’il ne s’agit que d’un réglage, seul le réglage est facturé. S’il faut changer une pièce, le coût appliqué est le prix de la pièce, plus une main-d’oeuvre pour son changement ». Quoiqu’il en soit, Aven Bike s’efforce d’être cohérent sur ses tarifs et de rester dans une tranche de prix pratiquée par ses confrères vélocistes.
Par Aliou DIOUF (De retour de Strasbourg)

