Plus de cinquante ans au prétoire, Me Yérim Thiam, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Sénégal, décédé le mercredi 4 novembre 2026 à l’Hôpital Principal de Dakar, laisse derrière lui, une empreinte indélébile.
La voix de stentor et le roulement des « r » de Me Yérim Thiam ne feront plus vibrer les murs des salles d’audience. Avec sa disparition, c’est plus d’un demi-siècle de pratique judiciaire qui s’achève. Une carrière au cours de laquelle son nom, tel un label, a été associé à plusieurs grandes affaires ayant marqué la vie politique et judiciaire du Sénégal ainsi que de la sous-région. Avocat depuis 1975 et fils de Doudou Thiam — ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Léopold Sédar Senghor —, Me Yérim Thiam a progressivement bâti son propre parcours dans le monde judiciaire. Sa connaissance approfondie du droit et son expérience lui ont valu la confiance de ses pairs, qui l’ont élu à la tête de l’Ordre des avocats pour deux mandats successifs, de 1996 à 2000.
Son nom s’est également imposé à travers plusieurs dossiers particulièrement sensibles de l’actualité judiciaire. L’une des plus retentissantes reste l’affaire Karim Wade, jugée en 2015 par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), où il faisait partie du collectif d’avocats constitué pour défendre les intérêts de l’État du Sénégal. Trois ans plus tard, en février 2018, il était de nouveau aux avant-postes dans un autre procès à forte résonance politique : celui de Khalifa Sall, ancien maire de Dakar, poursuivi dans l’affaire dite de la caisse d’avance. Aux côtés de Me Félix Sow et d’autres conseils de l’État, il avait pris part aux plaidoiries pour soutenir la position de la partie civile. L’ancien bâtonnier a également porté sa robe au-delà des frontières sénégalaises. Au Burkina Faso, il a participé à la défense du général Djibril Bassolé, poursuivi dans le dossier du putsch manqué de septembre 2015, et figurait aux côtés de ses confrères dans l’équipe de défense de Léonce Koné et d’Hermann Yaméogo. Dans ses interventions publiques, il avait contesté la lecture des faits de l’accusation et dénoncé ce qu’il considérait comme une instrumentalisation politique de la procédure.
Au-delà de ces grands dossiers, la disparition de Me Yérim Thiam laisse un vide profond au sein d’une profession où les aînés jouent un rôle irremplaçable dans la transmission de l’expérience. Le bâtonnier en exercice et les membres du Conseil de l’Ordre ont exprimé leur vive émotion suite à son décès, adressant leurs condoléances à sa famille et à l’ensemble des membres du barreau. L’avocat a été inhumé samedi à Gossas. Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, se souvient d’un « avocat exceptionnel à tout point de vue ». « Il a marqué à jamais le Barreau et la justice par sa brillance, sa forte personnalité et ses plaidoiries, dont il détenait seul le secret. Ses qualités professionnelles faisaient l’unanimité. Jeune avocat, je ne manquais jamais, avec mes confrères, l’occasion d’assister à ses mémorables plaidoiries. Il était phénoménal. Sa voix de stentor nous manquera », témoigne-t-il. Joint par téléphone, Me Mbaye Dieng, ancien associé et proche du défunt, retient de Me Yérim Thiam « un avocat intégral, qui a su remplir pleinement son rôle en choisissant les causes qu’il ressentait, et pour lesquelles il se donnait corps et âme. Il a admirablement mené sa mission lorsqu’il était engagé par des clients, qu’il défendait avec brio grâce à une solide culture juridique de base et à un immense talent ». Poursuivant son hommage, l’avocat évoque une « éloquence naturelle » qui faisait de chacune de ses plaidoiries un véritable délice. « Je l’ai pratiqué comme avocat stagiaire, puis comme avocat à la cour. Ensemble, nous avons plaidé de nombreux dossiers, au civil comme au pénal. Nous avons mené des combats communs, ce qui m’a permis de mesurer toute la grandeur de l’homme », conclut-il.
Hadja Diaw GAYE

