Sur la Vdn 3, une fine couche blanche enveloppe la route depuis quelques jours. Ce voile opaque, ce n’est pas une simple brume. C’est la trace visible d’un air lourd, chargé de pollution. Au moment où les moteurs ronronnent, les klaxons éclatent, c’est l’air lui-même qui étouffe, rendant chaque souffle plus difficile, occasionnant des toux de plus en plus fréquentes.
Cette scène est devenue banale dans la capitale sénégalaise, devenue, aujourd’hui, l’une des villes les plus polluées du monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Avec ses millions d’habitants concentrés sur moins de 1 % du territoire national, Dakar porte un lourd fardeau. Embouteillages incessants, véhicules vieillissants crachant des fumées toxiques, industries polluantes, feux ouverts de déchets : tout concourt à saturer l’air que nous respirons.
Les conséquences sanitaires sont dramatiques : asthme, bronchite, chronique, maladies cardiovasculaires, sinusites, cancers… En 2023, la Banque mondiale estimait que la pollution atmosphérique était responsable de 4,2 millions de décès dans le monde, chaque année, touchant en particulier les pays comme le Sénégal.
Malgré l’ampleur du fléau, la réaction reste timide. Les véhicules polluants continuent de circuler sans contrôle, les transports en commun demeurent archaïques, et la dépendance aux combustibles solides pour cuisiner expose surtout les femmes et les enfants à des fumées dangereuses à l’intérieur des foyers. Les feux de déchets ouverts restent monnaie courante, aggravant encore la situation.
Il est urgent que cette fatalité cesse. Il est temps, pour nos dirigeants, de faire preuve d’une volonté politique forte. Il faut d’abord renforcer la réglementation sur les émissions des véhicules et des industries, en imposant des contrôles stricts et en interdisant les engins les plus polluants. Le développement massif de transports publics durables (bus électriques, tramways, pistes cyclables) doit devenir une priorité nationale.
La transition énergétique doit aussi s’accélérer, en garantissant un accès élargi à l’électricité propre et en encourageant l’usage de cuisinières moins polluantes. Par ailleurs, un réseau national de surveillance de la qualité de l’air, transparent et accessible, doit être déployé pour informer la population et anticiper les pics de pollution.
La gestion des déchets doit être repensée avec fermeté, en interdisant formellement les brûlages à ciel ouvert et en renforçant les collectes et traitements. Depuis 2009, le Centre de gestion de la qualité de l’air existe, mais il doit désormais s’imposer comme un véritable outil de lutte. Il doit s’inscrire dans un programme national de prévention des maladies respiratoires, intégré dans la politique sanitaire globale.
Respirer est un droit fondamental, pas un privilège. Chaque jour de retard dans la lutte contre la pollution est un jour de trop, un jour où des vies sont perdues. Le Sénégal est à la croisée des chemins : continuer à étouffer sous un air toxique, ou agir enfin, avec courage et détermination, pour que chaque Sénégalais puisse respirer un air sain. Le temps des promesses est révolu. L’heure est venue d’agir, pour notre santé, notre dignité et notre avenir.
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