Le coup de sifflet final au stade Moulay Abdallah de Rabat a clos la Can Maroc 2025, mettant un terme à un mois de fête. Au-delà du spectacle sur les pelouses et dans les gradins, cette 35e édition laisse surtout un enseignement majeur : la Coupe d’Afrique des nations n’est plus seulement un rendez-vous sportif. Elle est devenue un révélateur puissant de transformations en cours sur le continent.
À côté de grandes affiches et des stars qui ont brillé, elle a révélé plusieurs facettes. La capacité d’un pays à orchestrer, simultanément, la ferveur populaire et la précision organisationnelle, l’intensité du jeu et la maîtrise logistique, la fête et la sécurité. Sur ce terrain invisible, mais décisif, le Maroc a répondu présent.
En assumant pleinement son rôle de pays hôte, le Royaume a inscrit cette édition dans une trajectoire plus large, une sorte de répétition générale : Can 2025, Coupe du monde des clubs 2029, puis Mondial 2030 à l’horizon, coorganisé avec l’Espagne et le Portugal. Dans ce calendrier dense, la fiabilité n’est plus un simple argument ; elle devient un capital stratégique.
Une fois la compétition terminée, l’ambition marocaine apparaît avec plus de netteté. Elle ne se limite pas à la réussite organisationnelle d’un tournoi continental. Elle se lit dans la solidité des infrastructures à tous les niveaux, dans la projection assumée vers le très haut niveau, mais aussi dans une volonté de hisser l’expérience globale pour les joueurs comme pour les supporters aux standards de grandes compétitions internationales.
Certains indices, en apparence secondaires, ont pourtant livré les signaux les plus parlants. Les pelouses, longtemps talon d’Achille des compétitions africaines, ont résisté, même sous des conditions climatiques exigeantes. Le jeu a pu s’exprimer, le spectacle n’a pas été altéré.
Pour les techniciens, ce détail n’en est pas un : il traduit une montée en gamme tangible, ressentie sur le terrain. Et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles tous les favoris ont été au rendez-vous des huitièmes de finale.
Plus marquante encore aura été l’attention portée à l’humain. À Tanger, lors du quart de finale Sénégal et Mali, des supporters non-voyants ont suivi la rencontre grâce à un dispositif combinant audiodescription et technologie tactile. Une initiative discrète dans les bilans statistiques, mais forte dans sa portée symbolique.
Elle rappelle que la réussite d’un événement se mesure aussi à sa capacité à inclure, à ouvrir, à rassembler sans exclure.
Les chiffres, eux, sont venus conforter cette impression générale. Hausse du trafic aérien, affluence soutenue dans les stades, dynamisme visible dans les villes hôtes : la Can a agi comme un accélérateur de flux et d’activités, s’inscrivant dans une dynamique touristique déjà favorable.
Au-delà de grands indicateurs macroéconomiques, ce sont aussi les micro-économies locales, cafés, transports, commerces, services urbains qui ont profité directement de l’événement.
À cela s’ajoute une autre victoire, moins visible, mais tout aussi stratégique : la centralité médiatique. La Can au Maroc a suscité une couverture internationale d’ampleur, avec plus de 5.400 demandes d’accréditation enregistrées par la Caf et plus de 3.800 médias effectivement accrédités.
La bataille des écrans confirme ce changement d’échelle, avec près de 1.000 requêtes liées aux droits de diffusion télévisée. Une exposition qui renforce l’image du Royaume bien au-delà du terrain.
Le Maroc a démontré, durant cette Can, que le succès d’un pays hôte ne se mesure pas seulement aux images diffusées dans le monde. Il se construit aussi dans la fluidité des déplacements, la qualité de l’accueil et la capacité à transformer l’effervescence en souvenirs durables pour les participants.
Sur ce plan, la Can 2025 a laissé une empreinte. Le tournoi terminé, le Maroc peut regarder cette édition comme un jalon. Non pas une fin, mais une étape.
Celle d’un pays qui teste, ajuste et projette le sport comme un levier de développement, d’influence et de transformation.
Ironie du calendrier, c’est au moment où la Can entre dans sa phase de maturité, capte l’attention des sponsors et s’impose dans le paysage médiatique mondial que la Caf décide de la faire basculer vers un rendez-vous tous les quatre ans à partir de 2028.
Cheikhgora.diop@lesoleil.sn

