Dix-huit supporters sénégalais impliqués dans les arts survenus dans les tribunes du Stade Mo- hammed VI, lors de la finale tumultueuse de la 35° édition de la Coupe d’Afrique des Nations, ont été lourdement condamnés par le Tribunal de grande instance de Rabat. Des peines allant de trois à douze mois de prison ferme pour «<hooliganisme ». La qualification interroge. Elle simplifie. Mais lorsqu’un tribunal décide de frapper fort, les mots deviennent parfois des instruments d’exemplarité. Nos supporters ne sont pas des hooligans au sens européen du terme. Ce ne sont ni des bandes or- ganisées ni des semeurs de chaos professionnels. Ce sont des patriotes, amoureux viscéraux de leur équipe nationale. Certains ont traversé l’Europe pour être présents à ce rendez-vous continental. Ce qui devait être une fête du football africain s’est mué en scène d’affrontements, de tensions et de confusion.
Payer d’une peine de prison une réaction sans doute excessive mais née, selon leurs proches, du refus d’être humiliés, voilà qui sonne comme une double peine. La justice a tranché. Mais le cœur, lui, hésite. Dans leur for intérieur, face au silence prudent de Dakar, ont-ils regretté d’avoir fait le déplacement? Peut-être pas. Ils ont le << Ngor >> et le << Jom >> au coeur. Cette fibre patriotique qui fait vibrer les tribunes et transcende parfois la raison. S’il fallait refaire le voyage pour défendre l’honneur du Lion, beaucoup le referaient.
Du point de vue marocain, la sévérité peut se com- prendre autrement. Il s’agit de rappeler l’autorité de l’État, d’envoyer un signal dissuasif aux débor- dements futurs, d’affirmer la souveraineté judiciaire sur son territoire. Toute nation protège son ordre public. Toute justice entend se faire respecter. L’exemplarité est un langage universel & tribu-
naux.
Mais l’histoire entre le Sénégal et le Royaume du Maroc n’est pas une histoire ordinaire. Elle est sé- culaire, spirituelle, économique, humaine. Elle s’est tissée dans les «<zaouias », dans les échanges com- merciaux, dans les coopérations universitaires et diplomatiques. Elle dépasse le simple cadre d’un contentieux sportif.
C’est précisément parce que la justice a suivi son cours que la diplomatie doit maintenant emprunter le sien. Une diplomatie multiforme: politique, re- ligieuse, économique. Une diplomatie de conviction et de fraternité. Il existe, depuis 2024-2025, un cadre d’accords judiciaires entre Dakar et Rabat couvrant notamment l’entraide pénale et les mé- canismes d’extradition. Ces instruments ne sont pas décoratifs. Ils sont faits pour être activés lorsque l’humanité doit compléter la rigueur du droit. Passons l’étape émotionnelle. Respectons la justice marocaine. Mais œuvrons, sans délai, pour une issue politique et humaine. Une grâce royale ne serait pas un désaveu de la justice; elle serait un geste d’apaisement, un rappel que les relations entre nos deux peuples valent plus qu’un soir de tribune enflammée.
Nos dix-huit compatriotes ont fauté? Peut-être. Ont-ils déjà payé? Assurément. La diplomatie sé- négalaise a aujourd’hui l’occasion de démontrer que la fraternité africaine n’est pas un slogan, mais une pratique.
Le football divise le temps d’un match. Les nations, elles, se construisent dans la durée.
Par Abu Oumar

