«Bienveillance coupable ». J’emprunte cette formule au professeur de français au collège en France, Cécile Chabaud. Invitée du 13/14 du jeudi 29 janvier de France Inter.
(https//I.franceinter.fr), elle a appelé à garder l’exigence, non sans accuser l’institution (l’école) d’une « bienveillance coupable », parce que cédant aux desiderata de l’élève. Comme elle, dans une vidéo devenue virale sur le réseau social TikTok, le professeur de français au lycée Passy Saint-Honoré et auteur de « Foi de prof » (édition du Rocher) en France, Harold Cobert, invité de l’émission « Points de vue » sur Le Figaro TV, s’exprimant sur la baisse du niveau scolaire des élèves déclarait, sans ambages, que cela est lié à la baisse des exigences. « Je crois que c’est précisément parce que l’on baisse nos exigences dans les programmes que le niveau scolaire baisse. Théoriquement, je n’ai pas le droit de le faire, mais je sanctionne les fautes d’orthographe. Et désormais, certains élèves passent de 35 à 5 fautes parce qu’ils prennent le temps de se relire et d’apprendre ».
Pour lui, « si l’on met l’exigence plus haut, les élèves font ce pour quoi ils sont là, c’est-à-dire qu’ils s’élèvent ». Comme en France, au Sénégal, la baisse du niveau scolaire est également une réalité et la dictée n’est plus ce qu’elle était. Jadis, avec cinq fautes, l’élève avait 0/20. Puis, on est passé à 10 fautes pour avoir zéro. Ensuite, dans l’épreuve de Langue et communication (LC) au Cfee, le format insère la dictée dans la section « Ressources » sous forme d’un texte à corriger généralement. Or, la dictée demeure un outil fondamental pour l’évaluation de l’orthographe lexicale et grammaticale. Elle est perçue comme un pilier pour la valorisation des compétences linguistiques des jeunes apprenants. Pas étonnant donc que le niveau de français, langue de travail, connaît une baisse continue qui inquiète, aussi bien les autorités, les enseignants que les parents. La chute vertigineuse du nombre d’élèves dans les filières scientifiques n’est, en réalité, liée qu’à la non-maitrise de la langue d’enseignement, le français. Comment traiter un problème si l’on ne comprend pas l’énoncé ?
Au moment où l’on se lance dans la refonte du système éducatif, le pays ne peut perdre de vue l’une des bases fondamentales de toute éducation : la rigueur. Car, l’éducation – processus de développement et de formation d’un individu sur les plans physique, intellectuel, moral et social, à travers l’acquisition de connaissances, de compétences et de valeurs -, ne saurait réussir sans allier rigueur et flexibilité. Ne pas faillir, mais ne pas aussi faiblir. Notre école n’éduque plus, elle enseigne. L’élève agresse verbalement et physiquement l’enseignant. Comme en Occident. Et les exemples sont légion. Pourtant, dans « La République », le philosophe grec Platon, abordant la relation maître-élève sous l’angle de l’autorité, de l’éducation par le jeu et de la transmission de la sagesse, mettait en garde contre l’effondrement de l’autorité éducative. « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leur parole, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là en toute beauté et toute jeunesse le début de la tyrannie », disait Platon.
« Le dilettantisme n’a pas sa place dans la formation des élites de demain », aimait répéter notre regretté professeur au Département d’Histoire de l’Ucad, Mbaye Guèye. En Afrique, en général, et au Sénégal en particulier, nous n’avons pas réussi à intégrer, dans notre système éducatif, notre manière d’éduquer, nos valeurs, nos us et coutumes, notre culture… Notre système est tout simplement extraverti, copiant des valeurs de l’Occident dont la plupart sont antinomiques aux nôtres. Nous devons inculquer, dès le préscolaire et l’élémentaire, nos valeurs fondamentales de respect, de courage, d’endurance, de solidarité, de pardon, d’empathie…Comme dans le lël (circoncision) où le simple regard de l’ancien est vite compris par le circoncis. daouda.mane@lesoleil.sn

