La victoire du Sénégal face au Maroc en finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a laissé des traces au-delà du terrain. Dix-huit supporters sénégalais ont été condamnés à des peines de prison ferme par la justice marocaine, à la suite d’incidents survenus au stade de Rabat. À travers cette décision, le Royaume chérifien joue-t-il la « prolongation » de la finale ? Toujours est-il que la sévérité du verdict a surpris plus d’un observateur. Après cette condamnation, deux options s’offrent au Sénégal : l’appel ou la grâce. La première paraît risquée. En effet, la procédure d’appel peut s’étendre sur plusieurs semaines, prolongeant ainsi l’angoisse des familles. Si cette voie est empruntée et que la peine est confirmée, le dernier recours résidera dans l’accord de coopération judiciaire signé le 17 décembre 2004 à Rabat. Il convient de rappeler que le Parlement sénégalais a adopté, le 11 mars 2025, le projet de loi n° 03/2025 autorisant la ratification de la Convention sur l’assistance aux personnes détenues et le transfèrement des personnes condamnées.
Cet accord facilite le transfert des prisonniers entre les deux pays. À défaut, il faudra solliciter la grâce royale afin de permettre aux supporters de regagner le bercail et de retrouver leurs familles désemparées. La qualité et l’exemplarité de la coopération entre les deux États méritent d’être préservées. Le football, discipline du fair-play par excellence, doit demeurer un symbole de paix et d’unité. Or, face aux risques de détention à l’étranger, l’enthousiasme des supporters pourrait s’émousser, beaucoup redoutant désormais de se retrouver dans une situation de détresse lors de compétitions internationales. Pour désamorcer cette crise, une implication totale des plus hautes autorités apparaît indispensable afin d’obtenir la libération rapide de ces « vaillants soldats » du football. Devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ousmane Sonko a estimé que la sévérité des peines infligées semblait dépasser le simple cadre sportif, la passion ne devant pas conduire à de telles extrémités.
Tout en regrettant la gestion de ce dossier, malgré les efforts diplomatiques du Sénégal, il a rappelé la nécessité de respecter la souveraineté de chaque État. Dans cette optique, toute initiative susceptible d’accélérer la libération de nos concitoyens mérite d’être saluée. C’est dans cet esprit qu’il convient d’apprécier l’appel de figures politiques et religieuses en faveur d’une voie diplomatique, notamment religieuse, afin de préserver les « siècles d’amitié » unissant les deux nations. Le Sénégal et le Maroc sont étroitement liés par l’histoire, l’économie, la religion et la culture, bref par l’ensemble des secteurs d’activité. Notre pays compte de nombreux adeptes de la Tidjaniya, dont le fondateur, Cheikh Ahmed Tidiane, repose à Fès, au Maroc. Chaque année, des milliers de disciples tidianes s’y rendent en pèlerinage pour se recueillir au mausolée du saint homme. Au-delà du canal diplomatique classique, l’implication des guides religieux, toutes obédiences confondues, pourrait constituer le déclic nécessaire pour favoriser la libération de ces supporters. Une telle démarche pourrait transformer cette crise en geste de clémence, si le roi Mohammed VI y répond favorablement. En définitive, le Maroc comme le Sénégal ont tout à gagner à refermer rapidement cette page sombre de leur histoire commune. L’enjeu est d’éviter qu’un incident sportif ne dégénère en tension durable entre Dakar et Rabat, deux alliés historiques.
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