La fumée du feu de la crise israélo-palestinienne empêche souvent de voir les braises dans lesquelles baigne le Liban depuis plusieurs décennies. Ce pays semble valser dans des dynamiques conflictuelles internes et des tensions structurelles qui, dans la région du Levant, peuvent devenir existentielles pour cet État. En marge de l’opération « Epic Fury » menée depuis fin février 2026, conjointement par Israël et les États-Unis, le Liban, dans le sud de son territoire et aussi dans la banlieue sud de sa capitale, considérés comme des fiefs du mouvement chiite Hezbollah, fait l’objet de bombardement avec un lourd passif humanitaire et une crise sécuritaire permanente. N’étant pas en conflit directement avec Israël ni avec un autre pays voisin, le Liban paie néanmoins pour des pots qu’il n’a pas cassés.
C’est ainsi qu’au mois d’avril dernier, il a subi une centaine de bombardements qui ont visé plusieurs quartiers du centre de Beyrouth, sa banlieue sud, ainsi que des villes et des villages de l’Est et du sud. Au moins 254 personnes sont mortes, selon un bilan de la défense civile comptabilisé le 9 avril 2026. Cet engrenage venant de l’extérieur vient se superposer à une autre crise interne qui est latente depuis les années 80 et 90. Durant cette période, la guerre civile libanaise était au plus profond et a duré plusieurs décennies. Ce conflit d’alors avait ainsi mobilisé une partie du monde pour sa résolution. Plus de trente ans après, le Liban peine à sortir de ce cycle de crise sécuritaire qui, comme un carcan, l’enferme dans des situations inextricables. Si dans cette guerre américano-iranienne, l’arrêt des bombardements israéliens sur le Liban a été au cœur des négociations pour un cessez-le-feu, cela a donné du répit sur le front militaire à Beyrouth. Il faudra aussi voir si les négociations directes entre le Liban et Israël, qui n’ont pas discuté depuis plusieurs décennies, peuvent donner une issue à la crise interne et externe que subit le pays du Cèdre. Ainsi, Beyrouth peut espérer se sauver de cet engrenage qui le concerne de loin. C’est un pays symboliquement symptomatique des tensions intra et inter confessionnelles communautaires qui minent et mènent la vie au Moyen-Orient. Y ramener la paix aiderait à l’étendre dans toute la zone où les positions extrémistes de part et d’autre, chez des organisations musulmanes, juives, chrétiennes, druzes rendent encore plus difficile tout rapprochement. La guerre civile de 1975 à 1990, opposant des factions, avait comme soubassement ces contradictions et dissensions sur fond de confessionnalisme. Les séquelles de cette parenthèse ont ainsi laissé des fractures et cassures dans la société qui, en plus d’être tiraillée par la crise économique, reste aussi fissurée sur le plan religieux.
Au Liban, c’est une mosaïque communautaire largement polarisée, politisée et surtout parrainée de l’extérieur qui se fait face. Chez les musulmans où cohabitent sunnites, chiites, druzes, alaouites, ismaéliens, les tensions ne manquent pas de même que chez les chrétiens divisés entre maronites, Grecs orthodoxes, catholiques, arméniens. Face à cette carte confessionnelle très diversifiée et divisée, des étincelles, aussi petites soient-elles, peuvent raviver les braises incandescentes des années 80-90. Il faudra ainsi faire en sorte que les influences extérieures des pays sunnites comme l’Arabie Saoudite ou chiite comme l’Iran soient amoindries pour ne pas aggraver la fracture de la société libanaise. C’est cela qui éteindra les braises dans lesquelles ce pays baigne depuis des décennies. Le Liban retrouvera ainsi son éclat de « la perle du Moyen-Orient » comme il était surnommé…
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