Le 1er septembre dernier, le Sénégal concluait un accord avec le Fonds monétaire international et amorçait une stratégie de gestion de sa dette extérieure dans le cadre commun du G20. Aucun État ne choisit volontiers une telle voie. Cette décision répondait toutefois à une réalité : la dégradation des conditions de financement sur le marché régional rendait de plus en plus incertain le renouvellement des emprunts arrivant à terme. Ne parlons pas des autres sources de liquidités, elles étaient échaudées par la dégradation continue de la note souveraine du Sénégal. L’urgence consistait alors à consolider le programme avec le Fmi, obtenir les premiers décaissements et réaménager certaines obligations financières pour desserrer l’étau.
Les finances publiques restent sous pression. Après avoir atteint 13,4% du Pib en 2024, le déficit budgétaire a été ramené à 6,4% en 2025, avant de repartir à la hausse pour s’établir à 7,6% en 2026. Pour 2027, les prévisions budgétaires tablent sur un déficit de 4,7% du Pib. Le retour à la norme communautaire de 3%, initialement annoncé pour 2027, est ainsi repoussé à 2029. Cette trajectoire est d’autant plus difficile à infléchir que les perspectives de croissance demeurent modestes : 2,7% en 2026 et 2,4% en 2027.
Mais depuis « la relance » opérée lundi dernier par le président du Pastef et titulaire du perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, la perspective d’un jour nouveau est fragilisée par l’absence d’entente politique autour de la stratégie adoptée et de sa traduction budgétaire, à savoir la loi de finances rectificative pour 2026 et la loi de finances initiale pour 2027. Hier, Bloomberg a annoncé une nouvelle chute de la valeur des obligations du Sénégal. Le calendrier financier laisse pourtant peu de marge de manœuvre. Au dernier trimestre de 2026, le Sénégal devra mobiliser 1 .544 milliards de FCfa pour honorer le service de sa dette. La pression sera encore plus forte au premier trimestre de 2027, avec une charge estimée à 1.918 milliards de FCfa dans la loi de finances initiale pour cette année-là. Au total, plus de 3.400 milliards de FCfa devront être réunis en six mois pour faire face aux seules échéances de la dette. En intégrant les besoins de financement du déficit budgétaire, les montants à mobiliser pourraient dépasser 4.000 milliards de FCfa. En clair, l’argent qui entre dans les caisses (recettes) sert plus à rembourser nos emprunts qu’à investir et à financer le programme de développement adossé à la vision « Sénégal 2050 ». C’est dans ce contexte que plusieurs centrales syndicales annoncent une grève générale de trois jours à partir d’aujourd’hui…
Les tensions persistent dans les secteurs de l’éducation, de la santé et d’autres branches d’activité. À ces difficultés s’ajoutent les créances impayées de l’État envers les entreprises privées, évaluées à près de 1.956 milliards de FCfa, ainsi qu’un lourd passif social. Politiquement, le pouvoir issu de la présidentielle de mars 2024 a choisi de révéler « une dette cachée », ce qui a mis le Sénégal sur la liste rouge de la communauté financière internationale.
Le Fonds monétaire international a pris au mot le gouvernement d’alors et suspendu provisoirement l’accord qui nous liait, d’autant que sa responsabilité était aussi engagée. La suite a coulé de source : dégradation des notes souveraines, durcissement des conditions de prêt et rétrécissement des marges de manœuvre budgétaires. Pendant presque deux ans, le marché financier de l’Umoa a été le recours et là aussi, au cours des derniers mois, la confiance se dégradait de plus en plus, les prêteurs préférant s’engager sur des crédits à (très) court terme. La confiance…
Après la nomination d’un nouveau Premier ministre, il y a quatre mois, la situation a changé et le dialogue a repris avec les bailleurs de fonds. Aujourd’hui, l’absence d’un compromis politique, même minimal, risque de remettre en cause l’engagement du Fmi. Or, sans le soutien de l’institution, la confiance des investisseurs et des créanciers sur les marchés pourrait s’éroder davantage, compliquant encore les conditions de financement de l’État. La menace de la majorité parlementaire de ne pas voter les textes soumis par le gouvernement, avec l’argument de la défense du pouvoir d’achat enrobé de la demande de transparence sur les fonds secrets, au-delà de creuser les lignes de fracture entre les forces politiques, même si sa mise à exécution n’induira pas une paralysie de l’État (le shutdown comme aux États-Unis n’est pas envisageable sous nos cieux), appelle de franches « discussions générales », comme il est de coutume dans tous les Parlements en démocratie. Se parler sans le couteau entre les dents. Envisager des concessions. Trouver des consensus. Élaborer des amendements intelligents. En somme, faire de la (vraie) politique pour l’intérêt de la communauté…
samboudian.kamara@lesoleil.sn

