Le rapport mondial 2024 des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, publié par l’Unesco pour le compte d’Onu-Eau, est sans ambiguïté : à mesure que le stress hydrique progresse, l’eau devient un facteur de fragilisation des sociétés et d’exacerbation des conflits.
À l’approche de la Conférence des Nations Unies sur l’eau prévue à Abou Dhabi en décembre 2026, ce constat donne une profondeur stratégique aux discussions engagées à Dakar les 26 et 27 janvier 2026.
À l’échelle mondiale, 2,2 milliards de personnes restent privées d’un accès sûr à l’eau potable et 3,5 milliards à des services d’assainissement adéquats. En 2022, près de la moitié de la population mondiale a subi une pénurie d’eau sévère au moins une partie de l’année.
Ces chiffres rappellent que la crise de l’eau n’est plus seulement environnementale ou sociale : elle est devenue un enjeu de paix et de sécurité internationale.
L’Afrique concentre une part importante de cette vulnérabilité. 19 États sur 22 étudiés par l’Onu sont en situation de pénurie hydrique, alors même que près des deux tiers des ressources en eau douce du continent sont transfrontalières. Pourtant, la coopération reste limitée.
Cette tension structurelle trouve un écho direct au Sénégal, pays à la fois relativement stable sur le plan hydrique et profondément dépendant de mécanismes de gestion partagée.
Au plan interne, les fragilités du modèle sénégalais sont bien documentées par le rapport 2022 de la Cour des comptes dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement.
La Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), pilier de la sécurisation de l’eau potable, supporte un niveau d’investissement très élevé pour répondre à la croissance urbaine, notamment à Dakar. Entre 2015 et 2019, ses charges annuelles ont largement dépassé les ressources tirées des redevances, couvrant parfois moins du quart des besoins réels.
Cette situation rend le système structurellement dépendant des financements extérieurs, posant la question de sa soutenabilité à long terme dans un contexte de stress hydrique croissant.
L’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), elle, apparaît encore plus vulnérable. La Cour des comptes souligne une insuffisance chronique des ressources propres, une forte dépendance aux bailleurs et une couverture territoriale inégale des infrastructures.
L’Omvs et l’Omvg constituent des exemples reconnus de coopération, mais elles sont aujourd’hui confrontées à de nouvelles pressions liées au changement climatique, à l’intensification agricole et aux besoins énergétiques.
Le rapport de l’Unesco rappelle que seuls quelques aquifères africains font l’objet d’accords formalisés, alors même que la rareté de l’eau alimente tensions communautaires et conflits locaux dans le Sahel.
Dans cette perspective, les trois leviers défendus par le Sénégal lors de la réunion préparatoire de Dakar (intégration des politiques de l’eau, pérennisation du cadre onusien et renforcement de la coopération) prennent une dimension concrète.
Abou Dhabi 2026 sera donc un double test.
Un test diplomatique, pour savoir si la communauté internationale peut faire de l’eau un vecteur de coopération plutôt qu’un facteur de conflits. Et un test national, pour le Sénégal, appelé à démontrer que la paix par l’eau commence aussi par des services durables, équitables et financièrement viables.
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